La communauté Awramba : une lueur d’espoir

Partage international no 271mars 2011

Bien que l’Ethiopie soit l’un des pays les plus pauvres du monde, il s’y trouve des communautés exemplaires riches d’espoir. Dans le nord du pays existe une société remarquable exprimant une pensée progressiste, l’égalité pour tous et un esprit de cohésion.

Zumra Nuru est le fondateur et le leader de la communauté Awramba, à 635 km au nord-ouest d’Addis Abeba, dans la région d’Amhara, entre Bahir Dar et Gonder. Cette communauté compte 403 membres répartis entre 109 foyers, et obéit à quatre règles fondamentales : égalité des sexes ; droits des enfants ; principe de secours aux plus faibles, aux malades et aux anciens ; principe visant à décourager la malhonnêteté, le mensonge, le meurtre et le vol. La communauté croit avant tout à l’honnêteté, au respect et à l’amour pour tous les êtres humains. Les enfants et les femmes sont respectés et vivent sur un pied d’égalité avec les hommes.

A l’âge de quatre ans, Zumra a décidé qu’il était injuste que sa mère soit en permanence épuisée par le travail et abusée par son mari, et que les chrétiens et les musulmans soient divisés par leurs croyances. Dans un rêve fait en 1964, il se voyait en train de créer une communauté unique. Au début, ses idées étaient mal vues par la société éthiopienne traditionnelle, patriarcale et profondément religieuse. Pendant trente ans, il a voyagé de ville en ville à la recherche d’un endroit où établir la communauté de ses rêves. Et il créa Awramba en 1993.

 « Tous ceux à qui je pose la question me répondent que l’humanité a une même racine – certains affirment que cela a commencé avec Adam et Eve, et d’autres préfèrent parler d’Adam et d’Hawa, raconte Zumra. J’ai alors décidé d’ignorer ces idées qui créent des différences entre les êtres humains et d’instituer la vision d’un paradis où chacun trouverait sa place. J’ai toujours rêvé de voir des femmes comme ma mère libérées de la lourde charge de l’entretien d’une famille. Ma vision est celle d’une société qui n’exploite pas la capacité de travail des enfants et qui prend soin des anciens. Et c’est ce j’ai réalisé avec Awramba. »

Un aspect particulier de cette communauté est qu’aucun de ses membres n’appartient à une religion. Elle n’a ni église ni temple. La communauté croit en un être supérieur qui a rendu possible la vie sur Terre. Lorsque Zumra, qui est illettré, est interrogé sur son appartenance ethnique ou religieuse, il répond simplement : « Nous appartenons à tous les groupes ethniques. Après tout, nous sommes tous les créatures d’un Dieu (quel que soit son nom), et nous avons le même père. Comment pourrions-nous en choisir un alors que nous pouvons l’avoir tout entier ? » L’accent est mis sur la façon dont les gens vivent au quotidien, non sur leur appartenance religieuse.

Awramba (ou Awra Amba, qui veut dire le sommet de la colline) possède sa propre école, une maison de retraite pour les anciens et les handicapés, un centre d’accueil pour les enfants, une petite fabrique de confection de vêtements, un moulin, une ferme produisant de la nourriture pour la communauté. Le tissage est l’une des principales activités de la communauté. Des métiers à tisser produisent chemises, robes, écharpes, nappes, couvertures qui sont vendues en magasin ; les bénéfices sont partagés au sein de la communauté. Une maison de thé constitue le centre de la communauté. Des villageois venus d’ailleurs apportent leurs céréales pour les faire moudre dans les moulins d’Awra Amba car ils respectent la communauté pour son honnêteté. Des comités élus gèrent au jour le jour les affaires courantes du village d’Awramba.

L’école se trouve dans un bâtiment dont les murs portent des slogans incitant les élèves à être honnêtes dans tous leurs rapports avec leur prochain. Elle promeut aussi une solide éthique de travail.

La communauté dispose d’une résidence destinée aux anciens, qui leur fournit trois repas par jour, et des volontaires s’occupent des soins quotidiens. Des mères avec de jeunes enfants reçoivent une aide gratuite de garde des enfants afin qu’elles puissent vaquer à leurs tâches habituelles après la naissance. Une personne qualifiée s’occupe des jeunes enfants dont les parents travaillent.

Des gens viennent de loin afin d’étudier la communauté, par exemple des étudiants, des fonctionnaires et des leaders religieux. Awra Amba a fait l’objet d’un documentaire tourné par Paulina Tervo, cinéaste finnoise de Write This Down Films, qui a été attirée par l’atmosphère calme et pacifique de ce village où hommes et femmes de diverses origines ethniques travaillent ensemble à cette expérience unique, fondée par un fermier illettré, qui rejette les normes culturelles et religieuses de la région pour embrasser une fraternité universelle.

Lieu : Awramba, Ethiopie
Sources : france24.com ; africa news.com ; awraamba.com; writethisdownfilms .com
Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()