L’Egypte se trouve une voix

Partage international no 271mars 2011

Ahdaf Soueif, auteur et journaliste égyptien écrit dans The Guardian : « Le monde a suivi avec attention cette lutte entre un gouvernement tenace, brutal et corrompu, et un grand rassemblement de citoyens armés avec rien d’autre que des mots, de la musique, de la légitimité et de l’espoir. Nous avons senti avec force et clarté le soutien du monde extérieur, et ce qui s’est passé ici au cours de ces deux dernières semaines renforcera la voix et le pouvoir des citoyens partout dans le monde. »

Les bulletins de A. Soueif à la BBC décrivent le ressenti du peuple égyptien : « Ce qui se passe dans les rues en Egypte est tout simplement extraordinaire, il s’agit de millions de gens qui arrivent à faire réentendre leur voix et à l’utiliser à nouveau […] L’ambiance sur la place Tahrir est comme une foire, où les produits mis en valeur seraient la politique, l’économie, le gouvernement, l’histoire, ainsi que la loi […] Les gens portent leurs propres banderoles avec leurs propres messages. Le plus courant est « rhal ! » (partez !).
« Chaque personne qui arrive sur la place apporte quelque chose : des médicaments pour les cliniques de plein air qui soignent encore les personnes blessées par la police de Moubarak et par les milices sauvages, des couvertures pour les milliers de personnes qui dorment dehors la nuit, des packs d’eau, des biscuits… »
« Tahrir est devenu notre espace d’expression civique où des gens de gauche, des libéraux ainsi que les Frères musulmans discutent, chantent et dansent ensemble… Et une chose que Tahrir nous a déjà donné, c’est une sorte d’identité… »
« Ils nous accusaient d’être divisés, extrémistes, ignorants, fanatiques – eh bien ici nous sommes dans la diversité, inclusifs, accueillants, généreux, raffinés, créatifs, spirituels…
Cette grande révolution dont nos rues et nos foyers sont le théâtre est celle du peuple égyptien qui réclame son Etat, son héritage, sa voix, sa personnalité. Soyez avec nous. »

Quelle était l’ambiance sur la place après la démission de H. Moubarak ?
« Le vendredi soir, l’Egypte était en liesse. Des chants, des bruits de tambours et des cris de joie résonnaient d’Alexandrie jusqu’à Assouan. Lorsque l’on faisait référence au régime défunt, c’était pour dire : « qu’on nous rende notre argent ». Sinon les trois chants suivants dominaient. Le premier disait : « Levez votre tête bien haute, vous êtes Egyptiens », en réponse aux quatre décennies d’humiliations, de désespoir que dut subir le peuple égyptien sous l’ancien régime. Le second disait : « Nous nous marierons, nous aurons des enfants », et reflétait les espoirs des millions qui avaient désespérément besoin de travail et de logements et qui pour cela devaient risquer leurs vies pour traverser illégalement la mer pour se rendre en Europe ou le désert pour rejoindre la Libye. Le troisième chant disait : « Que tous ceux qui aiment l’Egypte viennent et aident à la reconstruction du pays. » Et le samedi, ils joignirent le geste à la parole : ils vinrent et nettoyèrent la place après leur révolution.
« Je sens que je dois rester concentré sur ce bébé, cette révolution qui vient juste de naître. Je dois la garder chaque seconde en sécurité dans mon esprit et mon cœur jusqu’à ce qu’elle grandisse et se stabilise un peu. Quatre-vingts millions d’entre nous ressentent la même chose en ce moment même. »
[Sources : The Guardian, BBC, G.-B.]

Le journaliste de New York Thomas Friedman décrit des scènes qui ont lieu sur la place :
« Sur la place Tahrir un homme barbu court dans tous les sens en hurlant à en perdre la voix :« Je me sens libre ! Je me sens libre ! »
Hosam Khalaf, un ingénieur, place Tahrir avec sa femme et sa fille, déclare : « Lorsque nous nous trouverons face à Dieu, nous pourrons au moins dire que nous avons tenté quelque chose. »
Ce n’est pas un événement d’ordre religieux et les Frères musulmans ne mènent pas la danse. Il s’agit d’un événement égyptien. Vous voyez des filles laïques côtoyer des femmes voilées. Vous voyez des parents qui portent leurs bébés en arborant des insignes où l’on voit écrit : « Moubarak doit partir ». Vous voyez des étudiants en jeans côtoyer des paysans en robes. Ce qui les unit tous est un grand désir de pouvoir contrôler leur avenir […]
Tout en marchant, mon cerveau me disait : « Calme-toi – ce genre d’histoire n’a jamais de fin heureuse. Ce sont toujours les méchants qui gagnent ici. Et mes yeux me disaient : « Regarde ce qui se passe et prends des notes. C’est complètement nouveau. »
[Sources : International Herald Tribune, New York Times, E.-U.]

Le Dr Ismail Serageldin, directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, qui fut protégée par un cordon formé par le personnel de la bibliothèque ainsi que par des manifestants pendant les 18 jours de protestation, a déclaré :
« Le pouvoir moral de la non-violence n’a jamais été si bien employé afin d’obtenir plus de liberté, plus de justice et poser les fondations de lendemains meilleurs […] Au cours de ces 18 jours qui secouèrent le monde, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des musulmans et des chrétiens, des riches et des pauvres se rassemblèrent comme jamais auparavant. L’armée n’a jamais rien tenté contre les millions de manifestants. Tous se sont unis et ont montré la véritable nature du peuple […]
Je salue la jeunesse d’Egypte qui mena la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Alors que nous honorons la mémoire de ceux qui perdirent la vie, que nous saluons le sacrifice des blessés et célébrons la détermination de ceux qui sont restés jusqu’au bout, créons la nouvelle Egypte en étant inspirés par la vision d’une société à visage humain où il y aurait, si l’on s’en tient aux paroles immortelles [citation de Gandhi, NdlR] : Pas de politique sans principes ; pas de richesse sans travail ; pas de commerce sans moralité ; pas de plaisir sans conscience ; pas d’éducation sans caractère ; pas de science sans humanité […] ».
 « Une vision où l’on jugerait les gens sur la qualité de vie des plus pauvres d’entre eux et non sur la taille de leurs armées ou la hauteur de leurs immeubles. Oui ! Vous avez changé l’Egypte pour toujours, et maintenant nous suivrons votre leadership et nous nous joindrons à vous dans la tâche qui consiste à bâtir la nouvelle Egypte. »
[Source : bibalex.org, Egypte]

Egypte
Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)