Par-delà la terreur

Un livre de Chris Abbot, Paul Rogers et Johan Sloboda

Partage international no 244décembre 2008

par Erik Hutter

Une des idées les plus répandues dans le monde est que le terrorisme international constitue la menace la plus sérieuse pour notre futur. Pourtant, une autre opinion fait peu à peu son chemin : que le problème du terrorisme international est lié à d’autres problèmes comme la pauvreté et la pollution de l’environnement. Les attentats du 11 Septembre ont montré que les pays occidentaux ne peuvent plus rester isolés du reste du monde. « L’humanité est interconnectée », écrivent Chris Ab-bot, Paul Rogers et John Sloboda, membres de l’Oxford Research Group, groupe indépendant de réflexion sur les questions de sécurité mondiale, qui viennent de publier Beyond Terror : The Truth about the Real Threats to our World (Par-delà la terreur : la vérité sur ce qui menace réellement notre monde).

Selon eux, les quatre menaces principales qui pèsent sur l’humanité sont : a) le changement climatique ; b) la lutte autour des ressources globales ; c) la marginalisation des pays en développement ; d) la militarisation générale.

Ces dernières années, il est devenu évident que le changement climatique n’est pas seulement une question d’écologie mais aussi de sécurité. Selon les auteurs, même le Pentagone considère le changement climatique comme un danger plus grave que le terrorisme. Au cours des cinquante années qui viennent, le changement climatique sera même probablement la première menace à la sécurité mondiale. Pourtant, elle entraîne d’ores et déjà des morts. L’Organisation mondiale de la santé a calculé qu’en 2004, 150 000 personnes sont mortes en raison du changement climatique – pour la plupart dans le sud du continent africain.

Notre sécurité est aussi menacée par la lutte visant à s’approprier des ressources inégalement disponibles. Alors que de grands pays doivent importer du pétrole, sa raréfaction pourrait provoquer un conflit global. Les Etats-Unis ont montré leur intérêt pour les pays riches en pétrole. Ces dernières années, ils ont établi quatre bases militaires en Irak, et la Chine a passé des accords avec l’Iran pour sécuriser ses importations de pétrole. Diminuer la dépendance au pétrole des pays occidentaux est crucial pour faire face au changement climatique, mais aussi pour notre sécurité.

Les auteurs remarquent que d’autres problèmes génèrent plus de victimes. En 2001, année des attentats, 2 500 personnes sont mortes à cause du terrorisme en Amérique. Pourtant, cette année-là, 3 500 personnes y ont succombé à la malnutrition et 14 000 à cause du sida.

Alors qu’en 2001 l’Américain moyen avait cinq fois plus de chances de mourir du sida que dans une attaque terroriste, en 2005 le gouvernement a dépensé 48,5 milliards de dollars pour la sécurité nationale, comparé aux 2,6 milliards consacrés à la lutte internationale contre le sida, qui reste la principale cause de mortalité dans le monde, chez les personnes de 15 à  59 ans. Selon l’Unicef, le sida est le plus grand désastre qui afflige le monde, 70 % des personnes infectées vivant au sud de l’Afrique où le sida fait des millions d’orphelins qui deviennent des recrues faciles pour les gangs et les groupes terroristes. Le sida est non seulement une question de santé, mais aussi de sécurité.

Selon les auteurs, le fossé entre le Nord et le Sud est devenu un « Grand Canyon » économique ; un milliard d’êtres humains vivent avec un dollar par jour. Presque la moitié des 2,2 milliards d’enfants de cette planète vivent dans la misère la plus abjecte. 815 millions d’êtres sont en état de famine, et 10 millions meurent de faim chaque année. Pourtant, il y a assez de nourriture pour tous. Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse toujours plus et les pays en développement sont mis sur la touche par la volonté des Etats-Unis et de l’Europe de maintenir leur domination sur le monde. Combler ce fossé apportera beaucoup plus de sécurité que la prétendue « guerre au terrorisme ». Les bannis de la société cherchent refuge au sein de groupes radicaux, comme on le voit en Arabie saoudite, en Palestine, en Irak. Les Etats-Unis et leurs alliés sont responsables des énormes différences de richesse dans le monde et sont devenus des cibles pour ceux que la frustration submerge. Jamais la guerre ne permettra d’arriver à une sécurité durable. Seule une véritable coopération internationale pourra apporter des solutions aux problèmes de changement climatique, d’accessibilité des ressources, de fossé entre le Nord et le Sud, et d’expansion de la militarisation.

Parmi d’autres mesures, les auteurs suggèrent la création d’une  taxe sur les émissions de CO2 et davantage d’investissements dans les énergiesrenouvelables (éolien, solaire, énergie marémotrice, biomasse) pour remplacer les combustibles fossiles. De plus, nos systèmes internationaux d’échanges commerciaux et d’aide humanitaire devraient être repensés et la dette des pays pauvres annulée. Le terrorisme international peut être combattu par la reconnaissance officielle des revendications politiques des groupes marginalisés. Cette approche doit être combinée avec l’usage des forces de police contre les groupes violents. Chaque fois que cela est possible, un dialogue avec les leaders terroristes devrait être engagé. Les puissances nucléaires devront réduire leur arsenal nucléaire et ne plus développer de nouvelles armes, nucléaires et autres.

Les actions de gouvernements isolés ne pourront amener une sécurité durable. Les Nations-unies réformées deviendront logiquement le forum consultatif au sein duquel les intérêts de chacun pourront être pris en compte. Mais les auteurs ont raison de préciser que les changements nécessaires ne se produiront pas sans la pression de la base, le peuple. Nous pourrions tous consommer moins et faire plus. Chacun de nous peut agir, par exemple en soutenant des causes caritatives et en faisant pression sur nos représentants politiques. Des millions sont déjà engagés dans l’action pour changer le monde. Le message est clair : « Participez ! Le futur dépend de chacun de nous. Assumez-en la responsabilité, maintenant.

(Beyond Terror : The Truth about the Real Threats to our World, par Chris Abbot, Paul Rogers et John Sloboda. Oxford Research Group/Random House, 2007. ISBN 978-1-84-604070-2.)

Auteur : Erik Hutter, correspondant Share international (Pays-Bas).
Thématiques : politique
Rubrique : Compte rendu de lecture ()