Les adolescents, nouveaux philanthropes

Partage international no 242octobre 2008

Un nombre croissant d’adolescents de la baie de San Fransisco s’investissent dans des activités caritatives, notamment internationales. Selon Robert Rhoads, qui donne un cours sur l’activisme des jeunes à l’Université de Californie à Los Angeles, la sphère d’activité des jeunes s’étend de plus en plus au monde entier. D’après lui, c’est le résultat direct de l’accroissement des systèmes de communication, d’un accès facilité aux voyages internationaux, et des nombreux contacts internationaux entre écoles et universités.

Après le 11 septembre 2001, de nombreux écoliers ont pris conscience de la politique mondiale, déclare Robert Freeman, professeur d’histoire au lycée de Los Altos, au sud de San Fransisco, qui a créé une association caritative appelée « Un dollar pour la vie ». « Je pense que le 11 Septembre leur a révélé l’injustice de notre société, et les a convaincus que nous ne pouvons plus résoudre les problèmes du monde avec la compétition et la poursuite de l’intérêt personnel », ajoute-t-il.

Un dollar pour la vie fut créé en 2006, à la suite d’une réflexion de R. Freeman et de Margaret Lewis, étudiante au lycée de Los Altos. Ils se disaient que si chacun des 23 millions d’étudiants américains donnaient un dollar, ils pourraient avoir un impact sensible sur la pauvreté mondiale. M. Lewis entreprit alors une série de conférences dans les lycées des environs. Elle montrait des photos prise lors d’un séjour de sept semaines dans une famille d’un village kényan, près de Nairobi.

« En tant qu’adolescente, j’ai l’impression que tout le monde me demande de comprendre le monde, mais de ne pas le transformer, poursuit M. Lewis. J’ai défié les étudiants en leur rappelant qu’à notre âge, nos parents étaient des hippies rebelles – qu’attendons-nous ? Nous pouvons donner un dollar de notre argent de poche. »

L’idée a fait tâche d’huile, et les étudiants qui ont rejoint le mouvement Un dollar pour la vie ont déjà collecté 26 000 dollars. Suffisamment pour bâtir une salle de classe pour des enfants kényans, amener 60 bureaux dans une salle d’école vide du Malawi, acheter deux vaches pour un orphelinat kenyan et envoyer 452 bicyclettes en Afrique, afin d’éviter à des enfants de devoir marcher plusieurs kilomètres pour aller à l’école.

Les élèves ont aussi mis de jeunes Népalaises à l’abri d’une vie d’esclave sexuelle. Ils ont collecté suffisamment de fonds pour acheter 20 porcelets à la Nepal Youth Opportunity Foundation, association qui donne des animaux à des familles extrêmement pauvres, afin de les dissuader de vendre leur fille à des maisons closes. Lorsque les porcelets ont grandi, les parents peuvent les vendre 50 dollars chacun – autant que les trafiquants de filles paieraient pour leur fille. D’autres jeunes impliqués dans Un dollar pour la vie sont revenus récemment d’un projet au Népal, où ils ont fait construire une école de trois classes pour les 84 élèves de l’école primaire, qui avaient cours sous un arbre.

L’expérience de M. Lewis l’a décidée à réaliser des documentaires et à devenir une activiste humanitaire. « Nous sommes la génération du 11 Septembre, nous avons grandi en regardant notre pays faire la guerre, déclare-t-elle, comment pourrions-nous ne pas être intéressés par les œuvres humanitaires mondiales. »

Cette année, la fondation John et Marcia Goldman de la baie de San Francisco a donné 10 000 dollars au collège d’Eastside à Palo Alto pour fonder le projet « Donne ». Les collégiens, dont la majorité proviennent de familles à revenus modestes, ont passé l’année à rechercher des associations à but non lucratif, avant de décider de donner leur argent aux associations locales dédiées au cancer, au sida et à la prévention de la leucémie. Les élèves ont organisé une vente aux enchères, un buffet et le recyclage de canettes pour trouver 350 dollars supplémentaires.

Pour la plupart des collégiens, c’était la première fois qu’ils donnaient de l’argent à une œuvre de charité. « Maintenant, je suis moins égoïste, affirme Lalo Lopez, âgé de 13 ans. Avant je pensais, les tumeurs au cerveau je n’en n’ai pas, alors pourquoi est-ce que je m’y intéresserai ? Mais maintenant, je veux aider. » Désormais, Karina Macias, 13 ans, se préoccupe davantage de donner que de recevoir. « Je ne savais pas que rendre les autres heureux amenait une si profonde satisfaction », déclare Kate. Le projet « Donne » a eu tellement de succès que les élèves ont planifié une nouvelle levée de fonds l’année suivante – cette fois-ci pour des actions en Afrique.

A l’âge de 15 ans, Sasha Mironov de San Mateo (Californie) a participé au lancement d’une souscription pour un puits au Tchad à l’attention des réfugiés du Darfour, ainsi qu’à un programme en Israël destiné à rapprocher les enfants arabes et israéliens.

Elle a aussi levé des fonds pour le projet « Pain » à Berkeley, programme de formation culinaire destiné aux personnes à faibles revenus et aux chômeurs. Au total, Sasha a récolté 8 000 dollars en écrivant des lettres à des amis ou à sa famille. « Je pense que j’ai un impact sur le monde, même si je ne suis qu’une adolescente », affirme-t-elle.

L’été 2007, Sasha est allée en Thaïlande, à l’occasion d’un séjour à bas prix destiné aux adolescents. Elle a photographié des réfugiés birmans vivant dans des huttes faites de feuilles, sans électricité, sans eau courante et sans toilettes. Elle témoigne :« J’ai été frappée par l’accueil chaleureux de ces gens, par la façon dont ils aimaient la vie. J’ai aussi vu combien leurs conditions de vie pouvaient être améliorées. »

A la fin de sa troisième année de lycée, en mai 2008, Sasha a récolté 4 000 dollars, et les a envoyés en Birmanie. « Pour être une personne humaine, il faut sortir de chez soi et aider les autres », affirme-t-elle.

Pour plus d’information : One Dollar for Life : www.odfl.org

Etats-Unis
Sources : San Francisco Chronicle, E.-U.
Thématiques : Société
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)