Pnud : Rapport mondial sur le développement humain 2007
Partage international no 233 – février 2008
Le Rapport mondial sur le développement humain 2007 nous invite à nous préoccuper de l’impact du changement climatique sur le développement : les efforts accomplis en faveur de l’accès à la nourriture, la santé et l’éducation pourraient être sapés.
Intitulé La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé, le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) décrit une image inquiétante des conséquences du réchauffement climatique mondial. Il démontre que le monde se dirige vers un « point de basculement » qui pourrait enfermer les pays les plus pauvres dans une spirale infernale, laissant des millions de personnes dans la malnutrition, le manque d’eau, et sans moyen de subsistance.
« En fin de compte, le changement climatique est une menace pour toute l’humanité. Mais se sont les pauvres, ceux qui n’ont pas de responsabilité dans la crise écologique actuelle, qui en subiront les effets les plus graves », a déclaré Kemal Dervi, administrateur du Pnud.
Ce rapport arrive à un moment clef des négociations sur l’établissement d’un accord multilatéral qui fera suite au protocole de Kyoto, après 2012.
Les pays développés doivent montrer l’exemple, et d’ici 2050, diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 % par rapport au niveau de 1990.
Le rapport préconise plusieurs solutions : la taxation carbone, le marché des droits à émission,la régulation des consommations d’énergie et une coopération internationale pour financer les transferts de technologies à basse émission de carbone.
L’auteur du rapport avertit que les différences de capacité d’adaptation sont une cause importante d’accroissement des inégalités à l’intérieur et entre les pays.
« Nous lançons un appel à l’action, pas une invitation au défaitisme, a déclaré l’auteur Kevin Watkins. En travaillant ensemble résolument, nous pouvons gagner la bataille contre le changement climatique. Laisser cette fenêtre d’opportunité se refermer serait un échec moral et politique, sans précédent dans l’histoire de l’humanité. »
S’inquiétant des 2,6 milliards d’humains vivant avec moins de deux dollars par jour, les auteurs préviennent que le changement climatique pourrait avoir pour conséquence de ralentir, puis de réduire à néant les progrès faits depuis des générations.
Les principales menaces identifiées sont les suivantes :
– destruction des systèmes agricoles résultant de la sécheresse, de l’élévation des températures, de pluies imprévisibles, amenant 600 millions de personnes supplémentaires à souffrir de malnutrition. Les régions semi-désertiques du Sud Sahara africain, qui ont déjà les plus grandes concentrations en pauvreté du monde, verraient des pertes de productivité de 25 % d’ici 2060 ;
– pénurie d’eau pour 1,8 milliard de personnes supplémentaires d’ici 2080, notamment dans de vastes régions de l’Asie du Sud et du Nord de la Chine, en raison du recul des glaciers et des modifications dans le rythme des précipitations ;
– déplacement de 330 millions de personnes à cause d’inondations dans les régions côtières et l’embouchure des fleuves. Plus de 70 millions de personnes au Bangladesh, 22 millions au Vietnam et six millions en Basse Egypte risquent d’être touchées ;
– impacts sur la santé, avec 400 millions de personnes supplémentaires exposées au paludisme.
Sur la base d’études récentes, le rapport montre que les coûts humains potentiels liés au changement climatique ont été sous-estimés : les catastrophes climatiques telles que sécheresses, inondations, ouragans seront plus fréquentes et intenses ; elles sont déjà une des causes importantes de la pauvreté et des inégalités et le changement climatique augmentera leur impact.
« Pour des millions de personnes, ces événements sont un voyage sans retour vers la pauvreté », souligne le rapport. Non seulement, ils menacent les vies, causent des souffrances, mais aussi, ils détruisent les biens, génèrent la malnutrition et éloignent les enfants des écoles. En Ethiopie les enfants ayant été exposés à une sécheresse ont 36 % de probabilité supplémentaires de souffrir de malnutrition : cela concerne deux millions d’enfants.
Comment éviter un changement climatique dangereux
« Si chaque habitant des pays émergents émettait autant de CO2 qu’un habitant d’Amérique du Nord, nous aurions besoin de l’atmosphère de neuf planètes », commente K. Watkins. A ce sujet, le rapport émet une série de propositions :
– les pays riches devraient diminuer leurs émissions de 80 % d’ici 2050, avec un premier palier de 30 % d’ici 2020 (par rapport à leur niveau de 1990) ;
– les pays en voie de développement devraient diminuer leurs émissions de 20 % d’ici 2050 (par rapport à leur niveau de 1990). Mais ces diminutions commenceraient en 2020 et seraient financées par une aide internationale et un transfert de technologies.
Les scenarii sur les futures émissions renforcent l’échelle du défi qui nous attend. En suivant les tendances actuelles, les émissions de CO2 augmenteraient de 50 % d’ici 2030 – un dangereux changement climatique ne serait plus évitable. « Le problème de fond est que notre système énergétique mondial n’est pas compatible avec les systèmes écologiques qui nourrissent la planète, commente K. Watkins. Le rendre compatible nécessitera un changement fondamental des lois, des subventions économiques et de la coopération internationale. »
Le rapport identifie un certain nombre d’actions, dont les plus importantes :
– Taxes carbone. Elles seraient une forte incitation au changement de comportement des investisseurs. Elles pourraient être compensées par des diminutions des taxes sur le travail.
– Normes de régulation plus strictes. Le rapport demande aux gouvernements d’adopter des normes plus strictes pour les émissions de carbone des véhicules, des immeubles et des appareils électriques.
En se basant sur un modèle économique, le Rapport indique que le coût de stabilisation des gaz à effet de serre à 450 parties par million (ppm) pourrait se limiter à 1,6 % du PIB mondial d’ici 2030.
« Le coût de l’inaction se révèlerait beaucoup plus élevé, que cela soit en termes économiques, sociaux ou bien humains ». Le coût d’évitement du changement climatique représente moins des deux tiers des dépenses militaires actuelles.
Des efforts d’adaptation sous-estimés
Les pays riches investissent massivement dans des infrastructures sophistiquées de défense contre les aléas du climat. Au contraire, dans les pays en voie de développement, « les gens sont abandonnés à eux-mêmes, ils surnagent ou sombrent avec leurs seules ressources, glissant ainsi vers un monde de l’apartheid de l’adaptation », écrit Desmond Tutu, archevêque du Cap (Afrique du Sud).
Selon le rapport, à ce jour, l’aide multinationale mondiale n’est que de 26 millions de dollars. A titre de comparaison, c’est l’équivalent d’une semaine de dépenses du Programme de défense contre les inondations en Grande-Bretagne.
Le rapport préconise des réformes telles que :
– la fourniture par les gouvernements du Nord, d’ici 2015, de 86 milliards de dollars annuels de financement supplémentaire, pour l’amélioration des infrastructures et l’adaptation (environ 0,2 % de leur PNB) ;
– le renforcement de la capacité des pays en voie de développement à estimer les risques de changements climatiques et à intégrer l’adaptation dans leur planification nationale ;
– l’intégration de l’adaptation au changement climatique dans des stratégies plus larges de réduction des inégalités extrêmes.
Le rapport conclut qu’« une des leçons les plus difficiles enseignées par le changement climatique est que la croissance historique basée sur le carbone, et la consommation extravagante des nations riches qui l’a accompagnée, ne sont tout simplement pas écologiquement durables. En mettant en place les réformes nécessaires, il n’est pas trop tard pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux compatibles, sans sacrifier la croissance économique : une prospérité croissante et la sécurité climatique sont des objectifs compatibles. »
Sources : Pnud
Thématiques : environnement, politique
Rubrique : Divers ()
