La désertification prive des millions de pauvres de leurs moyens d’existence

Partage international no 227juillet 2007

par Hama Arba Diallo

Bonn, Allemagne

« La désertification est l’un des processus de dégradation de l’environnement les plus alarmants dans le monde », avait affirmé l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Peu médiatisé, ce problème concerne pourtant un tiers de la surface du globe, et menace 1,2 milliard de personnes dans plus de cent pays.

Les nations les plus pauvres sont souvent les plus affectées par la désertification. Les deux tiers des pauvres de la planète vivent sur des terres affectées par la sécheresse, et la moitié d’entre eux survivent directement grâce à une production agricole menacée par ce fléau. Ces gens en sont réduits à rechercher des solutions à court terme qui nuisent encore davantage à l’environnement et perpétuent le cycle de la désertification et de la misère.

La Convention de lutte contre la désertification des Nations unies reconnaît qu’il s’agit de protéger les populations tout autant que l’environnement des zones affectées. Dans le discours qu’il a prononcé pour marquer la Journée mondiale contre la désertification (17 juin), le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré : « La mise en œuvre de la Convention, qui associe les objectifs de développement aux objectifs environnementaux, est de plus en plus urgente. » Les thèmes de cette journée soulignent les liens entre désertification et changement climatique, ainsi que la synergie avec les deux Conventions de Rio, dont l’objectif ultime est le développement durable. En effet, bien que la désertification soit due en partie à des comportements humains comme l’intensification des cultures et des pâtures, les changements climatiques jouent un rôle important dans ce processus.

Dans ce domaine, les sujets d’inquiétude abondent. Des recherches récentes ont démontré que si les courants marins se déplaçaient de deux à trois degrés supplémentaires en direction des pôles au cours de ce siècle, des zones désertiques telles que le Sahara pourraient s’étendre dans le sens nord-sud, peut-être de plusieurs centaines de kilomètres.

De toutes façons, nous subissons déjà les effets du changement climatique dans de nombreux secteurs : les surfaces cultivables se réduisent et l’eau se raréfie. La répartition des pluies se modifie et les inondations, les périodes de sécheresse et les feux de forêt deviennent plus fréquents et plus sévères. Les images d’événements climatiques extrêmes, diffusées avec une régularité croissante sur nos écrans de télévision, nous rappellent inlassablement le prix que nous devons payer pour avoir ignoré cet environnement qui pourvoit à notre subsistance.

Le changement climatique nous affecte tous, mais plus particulièrement les communautés rurales pauvres. En Afrique surtout, ce changement menace d’exacerber la désertification, les périodes de sécheresse, les famines, et, par conséquent, la misère, les conflits et l’émigration forcée. La désertification est déjà responsable de l’augmentation de l’immigration forcée, et des bateaux de plus en plus nombreux, remplis de gens ayant risqué leur vie dans l’espoir de pouvoir mieux se nourrir ailleurs que chez eux, débarquent sur les plages d’un certain nombre de pays européens. Si les changements climatiques empirent, c’est plus d’un milliard de personnes – un septième de la population mondiale actuelle – qui pourraient être chassées de chez elles d’ici 2050.

Si l’impact du changement climatique sur la désertification ne fait de doute pour personne, on a prêté bien moins d’attention à l’impact de la dégradation des sols sur le réchauffement climatique. La Commission d’évaluation de l’écosystème souligne que les sols désertiques contiennent environ un quart des réserves mondiales de carbone organique, et presque toutes celles de carbone non organique. La perte de végétation augmente les émissions de carbone tout en réduisant son absorption, et l’on estime que les déserts produisent environ 4 % des émissions de carbone dans le monde. En stoppant la perte des sols, en fertilisant les terres dégradées et en restaurant la végétation, une lutte concertée contre la désertification pourrait réduire l’émission de gaz à effet de serre, ce qui, à son tour, aurait un impact bénéfique sur le changement climatique.

Il conviendrait donc de coordonner les stratégies de lutte contre la désertification et le changement climatique, qui sont deux manifestations majeures du même défi environnemental. Ensemble, ces dernières risquent fort de nous empêcher d’atteindre les objectifs de développement que nous avons fixés à l’horizon 2015. Une approche coordonnée permettrait donc à la fois de protéger notre environnement et d’aider à préserver les moyens de survie de millions de gens parmi les plus pauvres de notre planète.

Auteur : Hama Arba Diallo, politicien burkinabé, a été fonctionnaire à l’ONU.
Sources : IPS
Thématiques : environnement, politique
Rubrique : Divers ()