La nouvelle philanthropie

Partage international no 224avril 2007

Dans un monde où règent de puissants médias, la dernière tendance est de produire des documentaires qui mettent en exergue certains problèmes urgents. Albie Hecht, ancien président de la chaîne de télévision câblée Nickelodeon en est un bon exemple. Il avait toujours soutenu généreusement les œuvres charitables destinées aux enfants, mais quand il a commencé à se soucier de la situation critique des jeunes réfugiés africains, il a décidé d’essayer quelque chose de nouveau. C’est ainsi qu’il a financé un film documentaire sur les enfants d’Ouganda participant à un concours de musique, pendant la guerre civile traumatisante qui a duré vingt années.

Le film, War/Dance, a reçu le prix du meilleur documentaire au festival des films documentaires Sundance dans l’Etat de Utah (Etats-Unis).

D’autres ont suivi. Depuis la parution du film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, qui décrit les causes et les effets du réchauffement climatique, on a assisté à une vague de financements comme celui d’A. Hecht. Le Los Angeles Times les nomme les « filmanthropes ». Bien que leurs buts soient différents, tous attirent l’attention sur les injustices sociales, ou la corruption des gouvernements, ou bien présente une perspective différente des événements historiques dans un but de pardon et de réconciliation.

Ces investisseurs s’impliquent aussi personnellement dans leurs projets ; leur motivation est de contrôler le message. Ted Leonsis, vice-président du fournisseur d’accès Internet America Online, a financé Nanking en 2005.

Ce film décrit les efforts d’un groupe d’Occidentaux pour sauver des milliers de civils chinois d’un massacre par les soldats japonais au début de la Seconde Guerre mondiale. Son but réel est d’encourager la détente culturelle entre le Chine et le Japon.

De même, James D. Stern, directeur de la firme américaine Endgame Entertainment, qui produit d’habitude des comédies musicales à Brodway, a financé et co-produit So goes the Nation (Ainsi va la nation), en 2006. Ce documentaire expose les machinations politiques qui ont fait basculer l’Etat clef de l’Ohio en faveur de George W. Bush lors de l’élection présidentielle de 2004. « J’ai pensé que cet épisode pouvait être source de discorde, a-t-il déclaré, mais, en tant que producteur, c’est une histoire que j’ai beaucoup aimé raconter. »

Selon Mark Urman, directeur du département théâtre de ThinkFilms, la société de distribution de War/Dance, cette forme de philanthropie est contraire au paradigme hollywoodien usuel : « Le profit avant l’humain. » « Bien qu’il y ait toujours eu beaucoup de philanthropie dans le milieu du cinéma, ce phénomène est nouveau : des gens relativement inexpérimentés, établis dans d’autres secteurs d’activité, réalisent des long-métrages de qualité, déclare-t-il. Plutôt que de signer un chèque, vous pouvez faire un long-métrage dévoilant des maux ou bien faisant progresser les activités humaines. » En outre, les films documentaires étant plus rapides à réaliser que les fictions, ils peuvent mieux suivre les préoccupations du public.

Cet accroissement de la « filmanthropie » est peut-être aussi lié à la profitabilité croissante des documentaires. La marche de l’empereur, par exemple, a coûté 8 millions de dollars, et en a rapporté 122 millions à travers le monde.

Cependant, les « filmanthropes » insistent sur le fait que c’est leur cœur qui guide leurs décisions plutôt que leur porte-monnaie.

Ainsi, Charles Ferguson, qui a créé la technologie pour la première page des logiciels Microsoft, et l’a vendue 122 millions de dollars en 1996, affirme qu’il a dépensé une part importante de cette somme pour financer son premier film No End in Sight (La fin n’est pas en vue), un documentaire sur la guerre en Irak, qu’il a écrit et dirigé. C. Ferguson, comme d’autres « filmanthropes », espère que ce film amènera des changements politiques.


Sources : Los Angeles Times, Etats-Unis
Thématiques : Société, environnement, politique
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)