Oxfam et les crises alimentaires en Afrique

Partage international no 217septembre 2006

Dans un récent rapport, la confédération humanitaire Oxfam met en évidence la nécessité pour la communauté internationale d’accroître la réflexion et l’action pour subvenir efficacement aux besoins des Africains nécessiteux et malnutris.

Intitulé les Causes de la faim : vue d’ensemble sur la crise alimentaire en Afrique, ce rapport signale que le nombre moyen d’urgences alimentaires en Afrique a presque triplé depuis le milieu des années 1980. Les interventions d’urgence n’offrent souvent qu’une solution partielle, et il est vital d’accroître le soutien à long terme à l’agriculture, à l’infrastructure et au système de protection sociale dans les pays vulnérables. Si une assistance alimentaire est appropriée dans certaines situations, le rapport montre que l’aide arrive souvent trop tard et s’avère trop coûteuse et trop politisée. Il constate aussi que les ravages du HIV, les conflits et les changements climatiques sont des causes majeures de crises alimentaires pour lesquelles une solution existe.

Selon Jeremy Hobbs, directeur général d’Oxfam International : « Le cycle des calamités et de l’insécurité alimentaire dans certaines régions africaines pourrait être interrompu si le monde traitait directement les causes de ces crises. Bien que les dépenses en aide humanitaire augmentent, les donateurs et les gouvernements n’apportent pas de soutien suffisant aux stratégies à long terme. »

Le rapport est paru au moment où les menaces de crise humanitaire se renouvelaient au Niger, où au moins un million de personnes connaissent une grave insécurité alimentaire pendant la période annuelle d’improductivité des récoltes, de juillet à octobre. En Afrique de l’Est, près de onze millions de personnes ont besoin d’aide d’urgence. Un haut représentant des Nations unies compare la situation à « un tsunami silencieux », et régulièrement, les appels de l’Onu n’apportent pas les fonds escomptés.

La distribution basique d’aide alimentaire reste le principal moyen de la communauté internationale pour lutter contre l’insécurité alimentaire. En dépit de l’orientation bienvenue de certains des grands donateurs, qui commencent à acheter l’aide alimentaire dans les pays en développement, la majeure partie de cette aide est toujours importée, ce qui signifie qu’il peut se passer jusqu’à cinq mois avant qu’elle ne soit distribuée et qu’elle peut coûter jusqu’à 50 % de plus que des denrées locales.

Selon ce rapport, bien que l’aide alimentaire puisse jouer un rôle important dans les cas d’urgence et sauver des vies, il ne faudrait pas l’envisager comme la réponse incontournable à l’insécurité alimentaire, en particulier quand la pauvreté est la cause principale de famines. D’autres solutions innovantes, telles que les dons en argent, les bons alimentaires ou les programmes de travaux rémunérés, peuvent s’avérer plus appropriées. Malgré l’augmentation des dépenses d’aide humanitaire de ces dernières années, on peut mesurer l’excès de confiance accordé aux solutions à court terme au fait que l’aide pour la production agricole en Afrique subsaharienne a chuté de 43 % entre 1990-1992 et 2000-2002.

Les conflits armés, le HIV et les changements climatiques engendrent les crises alimentaires africaines :

– Les conflits africains sont à l’origine de plus de la moitié des crises alimentaires du continent. La situation actuelle au Darfour, qui compte 3,4 millions de dépendants de l’aide alimentaire, montre ce qu’un conflit engendre la plupart du temps comme crise humanitaire dévastatrice.

– Le sida a anéanti de façon terrifiante la ressource-clé de la production de nourriture, les personnes. D’ici 2020, on estime qu’un cinquième de la main-d’œuvre agricole des pays d’Afrique subsaharienne aura succombé au virus.

– Le changement climatique ravage les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles et des éleveurs nomades. Des chercheurs prédisent que d’ici 2080, environ 60 millions d’Africains supplémentaires seront menacés par la famine, en raison de l’augmentation des températures au niveau mondial.

J. Hobbs poursuit : « Cela coûterait beaucoup moins au monde d’investir sérieusement dès à présent en s’attaquant à la racine de la faim, plutôt que de conti-nuer à attribuer une aide trop faible et trop tardive, comme c’est le cas en Afrique depuis près d’un demi-siècle. »

Selon le FAO, la proportion d’aide alimentaire d’urgence a presque doublé ces vingt dernières années. Mais Oxfam affirme que des solutions sont possibles et propose les actions suivantes :

– Les Etat donateurs, et particulièrement les Etats-Unis, doivent réexaminer leur politique d’aide alimentaire, ne pas assortir de conditions leurs contributions et envisager d’accroître la proportion de denrées achetées localement. Ils doivent assurer un travail d’interventions plus spécifiques pour soutenir les plus vulnérables.

– Les Etats africains devraient adhérer aux promesses du sommet de l’Union africaine de 2003 selon lesquelles ils s’engageaient à augmenter les dépenses agricoles jusqu’à 10 % de leur budget. Ils devraient également établir des projets de protection sociale à long terme destinés aux personnes en insécurité alimentaire chronique et rendre disponibles des ressources pour les besoins prévisibles.

– Les agences d’aide, les donateurs, l’Onu et les Etats devraient recourir plus souvent à des solutions innovantes, comme la distribution d’argent, afin de garantir aux populations pauvres d’Afrique une assistance plus souple et pérenne.


Sources : Oxfam International
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)