Partage international no 212 – avril 2006
La sécheresse qui, depuis cinq ans, frappe la Corne de l’Afrique l’a plongée dans la situation la plus grave qu’elle ait connue depuis 40 ans, menaçant de mort par famine 11 millions de personnes dans les semaines à venir. Elle a même eu raison de la prospérité du Kenya, un pays normalement fertile, dont l’agriculture non seulement suffit à ses besoins, mais est exportatrice. Les maigres récoltes et les réserves en eau quasi inexistantes y déciment le bétail, les chameaux et les ânes qui assurent le transport et fournissent le lait et les revenus indispensables à nombre de paysans, et commencent même à faire des ravages dans la population. Le président Mwai Kibaki estime à près de 3,5 millions le nombre des plus menacés et a déclaré son pays en état de « catastrophe nationale ».
James Morris, chef du Programme alimentaire mondial des Nations unies, avertit que les stocks onusiens de maïs et de riz seront épuisés d’ici mars 2006, sans parler des autres ressources qui font déjà défaut. Si l’on ne trouve pas dans l’immédiat 189 millions de dollars, ce sont des millions de gens qui seront condamnés à mort par malnutrition. « La situation dans la Somalie voisine est également alarmante », dit-il, et il appelle les milices en guerre à « mettre de côté leurs différents et à garantir le libre passage de l’aide alimentaire pour prévenir une catastrophe humanitaire ».
Pour Dominique Nutt, responsable des situations d’urgence à l’ONG britannique Christian Aid, c’est « une crise qui menace de se transformer en désastre. Il y a partout des cadavres de bétail et les gens ont déjà vendu tout ce qu’ils avaient pour se procurer de la nourriture. Ce sont les dernières semaines où la population pourra subvenir à ses besoins vitaux sans aide. » Bien que la sécheresse soit à l’origine de la crise actuelle, l’ONG a décidé de centrer son action dans la région sur la réduction de la pauvreté – car c’est la pauvreté qui donne à cette sécheresse son acuité, comme le montre le cas de la Zambie : les pluies abondantes tombées dans la région de la capitale Lusaka y promettent de bonnes récoltes. Pourtant, conséquence prolongée de la sécheresse des années 2004-2005, plus de 1,2 million de Zambiens connaissent la faim et dépendent d’une aide alimentaire. Selon Mundia Sikatana, ministre de l’Agriculture, les dons de 150 000 lots d’engrais et de semences lancés il y a quelques temps par le gouvernement n’était qu’une « goutte d’eau dans l’océan », dans la mesure où plus d’un million de petits fermiers qui auraient dû en bénéficier, sont déjà en butte à des difficultés insurmontables. L’état catastrophique du réseau routier rural, par exemple, rend presque inaccessible les marchés locaux. Mais surtout, le sida et diverses maladies chroniques, comme la tuberculose, ont fait des ravages dans la population, notamment paysanne : nombre de fermiers ne sont plus en état de travailler dans leurs champs, comme l’indique Samuel Banda, de l’ONG locale Push. D’où la paralysie des activités agricoles qui caractérise cette fin de saison, et la famine qui s’étend à une grande partie du pays. En outre, la chute de l’espérance de vie (de 50 à 32 ans en quelques années), fait passer sur les épaules des plus « âgés » la charge du soin et de l’éducation des enfants. Ainsi, la moitié des 500 élèves d’une école primaire souffrent de malnutrition.
Mais le Kenya, la Somalie et la Zambie ne sont pas les seuls à se trouver dans cette situation. En janvier 2006, le FAO avait déjà avertit que 27 pays subsahariens avaient un besoin urgent de l’aide internationale.
Afrique
Sources : BBC News
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
