La vérité sortant d’une valise diplomatique ?

Partage international no 209février 2006

Les ambassadeurs ont connaissance de secrets politiques et récemment un certain nombre de diplomates importants ont décidé, en dépit des sanctions encourues, de rendre publiques certaines informations compromettantes. Aujourd’hui, Craig Murray, ancien ambassadeur britannique, a été rappelé de son poste en Ouzbékistan, après avoir révélé que le gouvernement britannique savait que certains des renseignements qu’il recevait étaient obtenus sous la torture.

C. Murray a été mis en demeure, en raison du secret-défense, d’enlever certaines informations hautement sensibles d’un ouvrage à paraître, où il relate son séjour en tant que diplomate en Ouzbékistan. Loin de se soumettre à la demande du Foreign Office, C. Murray a décidé de publier l’information sur Internet. Un des textes qu’il a rendu publics était le contenu de télégrammes qu’il avait envoyés à Londres, entre 2002 et 2004, afin d’attirer l’attention du gouvernement sur le fait que les renseignements obtenus par les services de sécurité ouzbeks étaient « entachés de torture ».

Les informations de Craig Murray suscitent des doutes sur les affirmations de Jack Straw, ministre des Affaires étrangères, selon lesquelles la Grande-Bretagne n’avait pas « à sa connaissance » utilisé des renseignements obtenus sous la torture. Un autre document encore plus choquant, émanant du Foreign Office prétend, dit-on, expliquer pourquoi les informations obtenues sous la torture ne sont pas en infraction avec la Convention des Nations unies contre la torture.

Condolezza Rice, secrétaire d’Etat américaine, a également été confrontée à de vives critiques européennes concernant le traitement infligé par les Etats-Unis aux terroristes présumés. Elle a admis que Washington avait pratiqué des « déplacements » de terroristes présumés [des transferts de détenus vers d’autres pays pour qu’ils y soient interrogés], mais toujours en informant les autres pays et certainement jamais s’il y avait un risque que la torture puisse être utilisée. Le vice président Dick Cheney a cependant déclaré en public que la CIA devrait être exemptée de l’interdiction de pratiquer la torture en ce qui concerne les terroristes présumés.

United Press International a relaté que, selon une « source diplomatique », le Foreign Office avoue en privé croire que la CIA a utilisé le territoire britannique pour déplacer des prisonniers devant être « livrés » à un troisième pays en vue d’y être interrogés. Bien que le Foreign Office n’ait pas été au courant à l’époque des vols de la CIA, on le dit « extrêmement préoccupé » à l’idée d’éventuelles retombées politiques.

Les informations concernant l’usage du territoire britannique pour les transferts effectués par la CIA ont été niées par le ministre des Affaires étrangères Jack Straw. S’adressant à la Commission parlementaire des Affaires étrangères, il a déclaré : « A moins de nous mettre tous à croire aux théories de conspirations, selon lesquelles les responsables officiels mentent, je mens, Condolezza Rice ment, il n’existe simplement aucune vérité dans les informations selon lesquelles le Royaume Uni aurait été impliqué dans ces transferts. »

De récentes informations selon lesquelles la CIA auraient des prisons secrètes en Europe de l’Est et ailleurs sont également étudiées. Il existerait, dit-on, des camps de prisonniers dirigés par les Etats-Unis, ou la CIA, dans un certain nombre de pays : Cuba, l’Irak et l’Afghanistan, et peut-être également la Pologne, la Roumanie, l’île de Diego Garcia et sans doute l’Egypte. Toutes ces affirmations et leurs démentis demandent encore à être soigneusement vérifiés et prouvés. Mais un ancien colonel de l’armée américaine (chef d’état major de l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell, de 2002 jusqu’au début 2005) a indiqué que les circonstances de la mort de soixante-dix à quatre-vingt-dix prisonniers étaient « contestables ».

Royaume Uni
Sources : The Gardian, G.-B.
Thématiques : politique
Rubrique : Les mensonges dévoilés (Le 15 février 2003, à Londres, Maitreya a été filmé sous les traits d’un Antillais, lors de la marche pour la paix (voir PI, avril 2003). « Je suis fier aujourd’hui d’entendre mes frères et mes sœurs dire la vérité et dénoncer les mensonges. C’est tellement magnifique ! » a-t-il déclaré. Depuis, les mensonges sont de plus en plus dénoncés.)