Partage international no 209 – février 2006
Du 13 au 18 décembre 2005, près de 10 000 manifestants se sont rassemblés à Hong Kong, pendant la conférence de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), au Centre des conventions, pour protester contre la pauvreté et l’insécurité économique subies par les pays les plus pauvres du monde comme résultat direct de la politique de l’OMC, et pour suggérer des alternatives.
Les manifestants comprenaient des paysans, des petits fermiers et des pêcheurs des Philippines, d’Indonésie, de Taiwan, de Thaïlande et de Corée. Parmi les nombreux groupes représentés, des centaines de femmes ont défilé, représentant les femmes de paysans à faible revenu qui souffrent des pires effets de la mondialisation agressive imposée par les nations les plus riches et des multinationales. La « Caravane pour la justice et la souveraineté des peuples » a réuni des indigènes d’Asie et des fermiers dont le gagne-pain et les cultures sont menacés par l’OMC, et réclamé que leurs pays ouvrent leurs marchés. Un groupe de 100 fermiers sud-coréens s’est déshabillé, a revêtu des gilets de sauvetage et a plongé dans la Baie de Hong Kong pour atteindre à la nage le centre de conférence barricadé. De nombreux habitants se sont joints aux manifestants.
Les manifestations bruyantes et colorées – de quelques centaines de personnes au début jusqu’à 7 000 pour la marche du dernier jour – ont été plutôt pacifiques. Mais la violence a éclaté quand la police a bloqué une marche autorisée tandis que des rapports arrivaient affirmant que les délégués à la conférence étaient sur le point d’accepter un compromis favorisant largement les pays riches aux dépens de la demande-clé des manifestants : la fin des subventions agricoles à l’Europe et aux Etats-Unis qui sont en train de détruire le gagne-pain des fermiers des pays pauvres du monde entier.
Environ 1 000 manifestants, des fermiers coréens et sud asiatiques en majorité, ont été arrêtés et laissés sans information ou sans accès à des traducteurs.
« Nous voulions seulement marcher devant le Centre des Conventions afin d’exprimer notre opinion, » a précisé Lee Chang Eun de la Fédération des syndicalistes coréens.
José Bové, leader d’un mouvement d’agriculteurs français, a réclamé leur libération, ajoutant : « Ce ne sont pas des terroristes ou des criminels. Ce sont des fermiers et des travailleurs demandant que leurs droits soient respectés. Nous n’avons pas le droit de parler aux délégués, que ce soit au sujet du riz, du coton, ni de rien d’autre. C’est pourquoi nous sommes en colère. C’est pourquoi nous résistons à la mondialisation. »
Aftab Alam Khan, chef de la campagne pour la justice commerciale d’Action-Aid, a critiqué l’issue de la conférence. « Il est désappointant et frustrant que les pays pauvres aient été dupés une fois de plus , écrit-il dans The Guardian, journal britannique. La déclaration finale reflète les intérêts de quelques pays riches, comme les Etats européens et les Etats-Unis, plutôt que ceux de plus de 100 pays en voie de développement, représentant les quatre cinquièmes de l’humanité… En échange de quelques offres symboliques, des concessions importantes ont été soutirées aux pays pauvres dans les domaines des services et des produits manufacturés : cela forcera les pays pauvres à ouvrir des secteurs-clés de service public comme la santé, l’éducation et l’eau. Nous nous inquiétons de l’ouverture de secteurs industriels vulnérables à la concurrence déloyale d’industries plus avancées et de puissantes corporations multinationales. Les mouvements protestataires démontrent « le niveau de désespoir atteint par les personnes les plus pauvres du monde en raison d’accords commerciaux qui favorisent les riches et trahissent les pauvres ».
Tri-Heru Wardoya, fermier de Sumatra, approuve : « Le libre-échange commence à détruire la vie des cultivateurs de riz et de maïs. Les gens de mon village ne gagnent que 20 dollars par mois et utilisent des méthodes traditionnelles… Comment peuvent-ils entrer en compétition avec les riches entreprises internationales ? »
Mais M. Kahn espère dans le futur : « Une chose positive a surgi de ce sommet : la formation d’une nouvelle alliance puissante entre les pays pauvres du monde. Tous les principaux pays en voie de développement – les G20, G33 et G90 – se sont réunis pour la première fois à l’OMC. »
Lieu : Hong Kong, Chine
Date des faits : 13 décembre 2005
Sources : www.indymedia.org ; The Guardian, The Observer, G.-B.
Thématiques : Société, politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
