L’Amérique latine s’oppose à la politique des Etats-Unis

Partage international no 208décembre 2005

Actuellement, une expérimentation sociale extraordinaire se déroule  en Amérique du Sud : le peuple, manifestant son pouvoir, et des dirigeants, faisant preuve d’indépendance d’esprit, s’accordent pour exiger une société plus juste.

En opposition au président Bush et à sa proposition d’une zone de libre-échange pour les deux Amériques (Free Trade Area of the Americas, FTAA), ainsi qu’à sa politique économique néo-conservatrice et au capitalisme en général, un nouveau rebondissement s’est produit, début novembre, au quatrième Sommet des Amériques, à Mar del Plata (Argentine). Le 4 novembre, un gigantesque défilé s’est terminé dans un stade réunissant plusieurs dirigeants d’Amérique latine et des gens ordinaires. Etaient présents : Hugo Chavez, président du Venezuela, Evo Morales, leader socialiste bolivien, ainsi que des représentants des chômeurs argentins, un lauréat du Prix Nobel de la Paix, des Mères de la place Mai, des chanteurs de tout le continent et le footballeur Diego Maradona.

D. Maradona a conduit cette marche en Argentine, le 4 novembre, afin que « Bush ne mette pas le pied sur le sol argentin ». Le président des Etats-Unis a atterri à Buenos Aires, mais a quitté l’Argentine plus tôt que prévu. Cette marche anti-Bush a connu son point culminant lorsque H. Chavez a baptisé le stade dans lequel plus de 25 000 manifestants s’étaient rassemblés, le « cimetière de la FTAA ».

Une contre-réunion, le troisième Sommet du peuple, s’est également tenu à Buenos Aires, recommandant de suspendre les pourparlers de la FTAA, de combattre les inégalités dans la région, et « de rejeter énergiquement la militarisation du continent décidée par l’empire du Nord ».

Les militants ont également rejeté les accords de libre-échange bilatéraux ou régionaux que les Etats-Unis sont en train de négocier et qui sont basés sur le projet d’accord de libre-échange pour l’Amérique du Nord (Alena : Accord de libre échange Nord-Américain) qui lie le Canada, le Mexique et les Etats-Unis.

Des Amérindiens, des étudiants, des travailleurs, des artistes, des dirigeants religieux, des femmes, des militants pour les droits de l’homme venus de toutes les Amériques ont participé à ce Sommet du peuple.

« Nous exigeons que les pourparlers pour la FTAA soient rompus une fois pour toute, ainsi que l’arrêt des négociations autorisant la lutte contre le terrorisme sur tout le continent, ce que veulent les Etats-Unis », a expliqué M. Gonzalez, syndicaliste argentin et coordinateur du troisième Sommet du peuple.

Les organisateurs ont demandé l’intégration et la coopération des pays de la région, afin qu’ils puissent défendre leur souveraineté face à ce qu’ils considèrent comme un processus de militarisation de la région promu par les Etats-Unis.

Le président Chavez a proposé une Alternative bolivienne pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Alba : un acronyme espagnol signifiant « aube ») afin de remplacer la FTAA controversée. Les opposants régionaux aux accords de libre-échange de G. Bush l’accusent d’accroître les inégalités et de placer les pays les plus pauvres à la merci des plus riches. Cette alternative propose une intégration des régions dans le but de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Alba, selon H. Chavez, « doit être construite à partir de la base…Elle ne peut être constituée par le sommet, l’élite, mais bien par le bas, par nos racines ». Il a cité en exemple la vente de pétrole vénézuélien à prix largement soldé aux 14 pays des Caraïbes, contre des marchandises et des services au lieu d’argent, et à un taux d’intérêt négligeable.

« C’est un tournant dans l’histoire de l’Amérique latine », a proclamé Marcelo Langieri, l’un des 160 dirigeants politiques et culturels à avoir voyagé sur 400 km de Buenos Aires à Mar del Plata dans un train surnommé l’Alba Express, insistant sur ce qu’il considère comme un changement de paradigme dans le dialogue. « Ce n’est pas seulement la FTAA qui a été remise en question, a t-il expliqué, mais également le modèle économique des néo-conservateurs et le capitalisme », et par une personne en position de pouvoir telle que H. Chavez.

Les pancartes brandies par la foule exigeaient : « Stop Bush » et « Bush pirate, sors de Mar del Plata. » Les estimations de nombre de manifestants ont varié de 25 000 dans le New York Times à 50 000 selon les organisateurs.

Bien que le résultat spécifique de ces marches ne soit pas encore clair, il est incontestable que l’opposition populaire envers G. Bush et sa politique a créé un mouvement puissant que des dirigeants, notamment H. Chavez, désirent utiliser à l’avantage de l’Amérique du Sud.

Amérique du Sud
Date des faits : 4 novembre 2005
Sources : The Nation, Argentine
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)