Appel mondial à l’action contre la pauvreté

Partage international no 205septembre 2005

Le sommet du G8 qui s’est tenu en juillet 2005 à Gleeneagles a été précédé d’un appel à une mobilisation mondiale contre la pauvreté et le changement climatique – deux thèmes sur lesquels le Royaume-Uni, qui assure actuellement la présidence du G8, cherchait à obtenir un accord de la part de ses partenaires. Sous la bannière de la campagne « Abolissons la pauvreté », des centaines d’associations caritatives organisèrent à Edimbourg le 2 juillet, le samedi précédant le Sommet, un meeting qui réunit près de 250 000 participants, de tous âges et de tous les secteurs de la société. Vêtus de blanc pour la plupart, ils firent une chaîne humaine autour de la ville, symbolisant le brassard blanc servant d’emblème à cette campagne. L’ambiance était à la fois optimiste, paisible et déterminée, et à 15 heures, l’on respecta une minute de silence émouvante.

Des figures bien connues de la politique, du spectacle et de diverses obédiences religieuses prirent la parole. Le politologue Jonathan Dimbleby rejeta l’idée que cette campagne ne mènerait à rien : « Les cyniques vous disent que vous perdez votre temps. Si vous les écoutez, il n’y aura jamais de changement. »

Le cardinal O’Brien, chef de l’Eglise catholique d’Ecosse, lut un message de Benoît XVI : « Les habitants des pays les plus riches devraient se préparer à accepter le coût de la réduction de la dette en faveur des nations les plus endettées, et presser leurs dirigeants de tenir leurs engagements de réduire la pauvreté dans le monde, et plus particulièrement en Afrique, d’ici 2015. » Le cardinal, s’exprimant ensuite à titre personnel, demanda aux chefs d’Etat réunis « d’écouter la voix de leurs citoyens : les pauvres ne cherchent pas la charité, ils cherchent la justice ».

Des collaborateurs de Share International d’Ecosse et du nord de l’Angleterre confectionnèrent des pancartes pour la marche, portant comme slogan « Seuls le partage et la justice apporteront la paix ». Ils tinrent également un stand d’information et participèrent aux divers ateliers organisés. Tous se sont sentis émus et dynamisés par cet événement. Selon Tom Richardson, un collaborateur de Share International de Glasgow : « Les gens se sentaient vraiment concernés par toutes ces questions, et le fait de participer à cette manifestation vous faisait sentir à quel point le pouvoir populaire gagne sans cesse en force et en influence dans le monde. »

Ce même 2 juillet, les musiciens Bob Geldof et Bono, ainsi que l’écrivain R. Curtis, organisèrent huit concerts dans le monde – à Tokyo, Londres, Philadelphie, Berlin, Johannesburg, Rome, Moscou, Cornwall et Barrie – avec des audiences gigantesques. Contrairement aux concerts Live Aid organisés vingt ans plus tôt, ils n’avaient pas pour but de récolter des fonds, mais simplement, en galvanisant les gens, d’envoyer un message sans équivoque aux dirigeants réunis au Sommet.

Le discours de N. Mandela au concert de Johannesburg fut retransmis aux autres manifestations. « Tant que la pauvreté persiste, il n’y a pas de liberté », a-t-il déclaré, en pressant les dirigeants du monde à ne pas « regarder ailleurs » mais « à agir avec courage et vision ». « Quelquefois, a-t-il ajouté, il revient à une génération d’être grande. Vous pouvez être cette génération. Laissez fleurir votre grandeur. Naturellement, la tâche ne sera pas facile. Mais ne pas l’accomplir serait un crime contre l’humanité contre lequel je demande maintenant à tous les hommes de réagir. » Au concert de Londres, des stars comme le groupe U2, les Pink Floyd et Madonna furent ovationnés et l’acteur Brad Pitt introduisit ainsi un des spectacles : « Affirmons notre refus de voir un enfant mourir toutes les trois secondes simplement parce qu’il n’a pas les médicaments que vous avez et que j’ai. Affirmons notre refus de voir que notre droit à la vie dépend de notre lieu de naissance. »

Les concerts et la manifestation ont fortement attiré l’attention des médias, qui en ont immédiatement compris le message – la nécessité de la justice. Tout le monde sentait que l’on peut et que l’on doit changer les choses, et que les gens les plus ordinaires peuvent y contribuer. Des millions de personnes portaient des brassards blancs, ont assisté aux concerts, discuté des questions citées plus haut, brandi des bannières de la Campagne « Abolissons la pauvreté » et se sont unis dans une gigantesque manifestation. Pour Khy Griffin, étudiant allemand qui participait au concert de Berlin : « Les dirigeants doivent écouter, sans quoi nous nous mobiliserons pour pousser les électeurs à les congédier. La force de ce que nous ressentons ici est si évidente qu’ils ne peuvent nous ignorer. » Jackie Clark, venu avec un ami au concert de Philadelphie, rapporte : « Ils nous ont dit que la pauvreté en Afrique tue l’équivalent de deux 11 septembre par jour. Un argument qui touche au cœur beaucoup d’Américains. Je me suis senti concerné par cette cause. Il est difficile à notre nation de comprendre ce qu’est la pauvreté abjecte et la souffrance ; ce sont des réalités trop loin de son expérience. Ce concert a donné une voix à chacun d’entre nous, et maintenant, on peut parler. C’est un peu comme de voter. Nous étions tous ici pour voter pour le changement. Nous sommes tous venus dans ce seul but. »

Plusieurs jours après, les dirigeants du G8 parvenaient à un accord sur les questions de la pauvreté, du commerce et de l’environnement – un accord fait de bonnes surprises et de déceptions. Dans leur communiqué final, entre autres engagements concernant la pauvreté et l’environnement, ils ont convenu de doubler l’aide au développement et de la porter à 48 millions de dollars d’ici 2010, ainsi que d’effacer la dette de 18 pays africains.

Les écologistes ont peut-être été les plus déçus, certains ayant même été jusqu’à dire que ce sommet n’avait fait aucun progrès sur le changement climatique – notamment en raison du blocage du président Bush. Cependant, pour les associations engagées dans la Campagne, ce sommet a accompli un important pas en avant pour mettre fin à la pauvreté, même si beaucoup reste à faire ; il faut notamment maintenir la pression sur les dirigeants pour qu’ils tiennent leurs engagements. Elles ont aussi remercié le public pour les avoir accompagnées et fait en sorte que ces questions ne puissent plus être ignorées. L’association Christian Aid a reconnu l’incidence de cette démonstration de force sur les résultats du Sommet : « Que vous ayez porté un brassard blanc, envoyé des courriels, ou que vous ayez fait partie des 250 000 manifestants venus faire entendre leur voix à Edimbourg, c’est grâce à vous si la pauvreté mondiale s’est retrouvée parmi les priorités de l’ordre du jour du Sommet de cette année. »


Sources : The Guardian, The Observer, BBC Online, Grande-Bretagne
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)