Rapport du millénaire sur l'évaluation des écosystèmes
Partage international no 201 – mai 2005
« Les activités humaines exercent une telle pression sur les fonctions naturelles de la Terre que la capacité des écosystèmes à assurer la survie des générations futures est mise en péril. » Telle est la conclusion du Rapport du millénaire sur l’évaluation des écosystèmes (RMEE), l’enquête la plus complète jamais publiée sur l’état de la planète. « Le RMEE s’intéresse particulièrement aux services fournis par les écosystèmes (aux bienfaits que les hommes en retirent) et analyse comment une altération de ces services a affecté le bien-être des populations, et les affectera encore plus gravement dans les décennies à venir. Il propose aussi des solutions aux niveaux local, national et mondial pour améliorer la gestion des écosystèmes et ainsi contribuer au bien-être des hommes et vaincre la pauvreté. »
Lancé en juin 2001 par le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, le RMEE vient juste de paraître. D’après les conclusions de cette étude, conduite par 1 300 experts de 95 pays, l’humanité a progressé en terme de bien-être et de développement économique, mais au prix de la destruction de son environnement.
Les activités humaines causent de graves dommages à l’environnement : « Près de 60 % des écosystèmes marins et terrestres qui soutiennent la vie sur la planète sont en danger car ils ne sont pas exploités selon des critères de durabilité. »Les scientifiques sonnent l’alarme : l’état de santé et la fertilité de la planète ne pourront que décliner au cours des cinquante prochaines années si des changements radicaux n’interviennent pas immédiatement. Il résulte de leurs travaux que nous avons tellement pillé et pollué les écosystèmes que « la dégradation de 15 des 24 écosystèmes étudiés va probablement entraîner des conséquences dramatiques sur nos conditions de vie. On peut s’attendre à l’apparition de nouvelles maladies, à des modifications brusques de la qualité de l’eau, à la création de « zones mortes » le long de nos côtes, à l’effondrement de l’industrie de la pêche, et à d’importantes modifications du climat. »
Le rapport s’est focalisé sur quatre domaines principaux :
– L’homme a modifié les écosystèmes au cours des cinquante dernières années plus rapidement et plus profondément qu’à aucune autre époque de son histoire. Principalement pour répondre à l’augmentation de nos besoins – nourriture, eau douce, bois pour la construction et l’industrie, fibres et combustibles. On a converti plus de terres à l’agriculture depuis 1945 qu’au cours des XVIIIe et XIXe siècles réunis. Plus de la moitié des engrais azotés synthétiques utilisés sur la planète l’a été depuis 1985. Toutes ces activités ont entraîné une dégradation irréversible de la biodiversité, avec 10 à 30 % des espèces de mammifères, d’oiseaux et d’amphibiens menacées d’extinction.
– Les modifications des écosystèmes qui ont le plus servi l’augmentation du bien-être général et le développement économique ont entraîné la dégradation d’autres services. Seuls quatre services fournis par les écosystèmes ont connu une amélioration au cours des cinquante dernières années : l’augmentation des récoltes, du bétail et de la production aquacole, et la séquestration du carbone à des fins de régulation du climat. Deux services – la pêche et la disponibilité de l’eau douce – ont atteint des niveaux qui ne permettent même plus de répondre à la demande.
– La dégradation des services fournis par les écosystèmes pourrait augmenter de façon significative dans la première moitié de ce siècle et ainsi compromettre la réalisation des Objectifs du millénaire des Nations unies. Dans les quatre cas de figure envisagés pour le futur, on prévoit des progrès dans la lutte contre la faim, mais plus lents que ce qui serait nécessaire pour diminuer par deux le nombre de personnes souffrant de la faim à l’échéance 2015. Les experts annoncent que des modifications des écosystèmes tels que la déforestation ont des conséquences sur le taux des maladies comme la malaria et le choléra, ainsi que sur les risques d’émergence de nouvelles maladies. Si la malaria, par exemple, avait été éliminée il y a 35 ans, le produit national brut de ce continent aurait augmenté de 100 milliards de dollars.
– Renverser cette tendance à la dégradation des écosystèmes tout en maintenant la satisfaction des besoins croissants de l’humanité est possible, mais demandera des changements politiques et institutionnels qui ne sont toujours pas prévus. Le rapport mentionne diverses options qui permettraient de conserver les écosystèmes en réduisant la nécessité de compromis aux effets négatifs, en influençant positivement les autres écosystèmes. La protection des forêts, par exemple, permet à la fois de préserver la faune et la flore, de produire de l’eau douce, et de réduire le gaz carbonique dans l’air.
Les solutions sont entre nos mains. Même si ce rapport dresse un bilan inquiétant, ses conclusions peuvent donner quelque espoir si nous sommes prêts à introduire des changements profonds dans nos relations avec l’environnement. Nous devrons modifier nos comportements vis-à-vis de la nature à tous les niveaux de décision, en prêtant attention aux signaux d’alarme, et établir de nouveaux rapports de coopération entre les gouvernements, les entreprises et la société civile.
Sources : millenniumassessment.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Environnement ()
