Le Centre pour l’intégrité citoyenne contre la désinformation

Partage international no 200avril 2005

Organisation sans but lucratif, le CPI examine des questions de politique publique, aux Etats-Unis ou ailleurs dans le monde. Créé aux Etats-Unis en 1989 par Charles Lewis, journaliste d’investigation, son objectif est de fournir des articles intègres bien renseignés, et d’inspirer une citoyenneté mieux informée, plus exigeante envers son gouvernement. Il coopère avec le consortium international de journalisme d’investigation, réseau de 92 grands éditeurs et reporters dans 48 pays. Le groupe a collaboré à nombre de rapports en ligne ou imprimés sur le crime d’entreprise, les trafics d’armes, le terrorisme, et des faits concernant la politique militaire américaine et les droits de l’homme.

Depuis 1990, le CPI a produit plus de 275 rapports d’enquête et 14 ouvrages. « Chablis de la Guerre » (Windfalls of War) est un rapport sur les contrats du gouvernement américain en Irak et en Afghanistan. La dernière publication du CPI, L’achat du président 2004 (The buying of president 2004) se penche sur les relations entre les grands candidats à la présidence et leurs « patrons de carrière ». Ce livre affirme avoir fourni la seule enquête approfondie sur les principaux candidats, avant même les premiers comités électoraux et les primaires.

Dans un article intitulé Une culture du secret, Charles Lewis s’interroge sur le sort des principes d’accès à l’information et de transparence dans les processus de décision de la démocratie américaine. C. Lewis, qui a reçu des menaces de mort s’il ne se taisait pas, n’est pas prêt de céder. Il donne un exemple de tactiques de persuasion : « Lorsque le CPI a obtenu le projet secret Patriot Act, connu sous le nom de « Patriot II » et se préparait à le mettre en ligne, nous avons reçu des appels du Département de la justice nous suppliant de ne pas le publier. »

Il y a plusieurs éléments qui contribuent à la création d’une société secrète et corrompue – où une apathie publique généralisée se combine à la peur et à la désinformation, avec des médias qui ne tiennent plus leur rôle d’observateur indépendant. C. Lewis parle de la relation étroite entre le pouvoir en place et les médias. « A un moment où discerner la vérité est plus difficile et essentiel que jamais, les grands médias ne sont plus capables de jouer leur rôle de révélateurs de mensonges et d’inexactitudes. Beaucoup d’organes de presse laissent à leur sort des centaines de personnes dans les salles de rédaction, pour s’occuper d’accroître leurs profits en fusionnant avec d’autres. Résultat ? Moins de journalisme d’enquête, une attention moins vigilante sur des gens du pouvoir et, une population plus facile à mystifier. »

Selon lui, le public américain est gravement désinformé : « La ligne qui sépare la vérité du mensonge – entre les faits et la vraisemblance de façade – a été tellement brouillée qu’elle est devenue imperceptible. De plus en plus, tout ce que le pouvoir dit est devenu la réalité perçue par le public, simplement parce qu’ils l’affirment.

Prenez la guerre en Irak. D’après un sondage électoral national, la majorité de ceux qui ont voté G. Bush croyaient qu’on avait découvert des armes de destruction en Irak. Et quelques mois plus tôt, plus de la moitié du pays pensait que Saddam Hussein et l’Irak avaient des relations étroites avec Al Qaïda, ou étaient directement impliqués dans les attentats du 11 septembre. Comment les Américains peut-ils être si tragiquement désinformée, alors que les enquêtes officielles largement diffusées dans les médias, présentent des conclusions contraires ? »

Ajoutez à cela la propagande très habile menée par l’administration Bush. « Le problème est aggravé par la présence de brillants tacticiens de la communication à la Maison Blanche, qui ont intelligemment annoncé des engagements dans des domaines sensibles, mettant à la leçon de sténographie du jour, en insistant sur les mots : No child Left Behind (Aucun enfant laissé pour compte), USA Patriot Act (le pacte des patriotes américains), le Clear Sky (Ciel clair) de la politique environnementale, Healthy Forest Initiative (Initiative pour une forêt saine). Inutile de dire que de tels mots truqués à la Orwell – amplifiés par une couverture médiatique docile et immédiate – se sont glissés insidieusement dans l’usage commun, laissant le public mal équipé, non protégé et vulnérables à une manipulation inattaquable et à vous couper le souffle. »

A propos de l’instauration d’un climat de peur, C. Lewis écrit : « Le 11 septembre a permis à ces pouvoirs de renforcer les prérogatives de la présidence au nom de la sécurité nationale, laissant le champ libre à une nouvelle politique de la terreur qui a singulièrement réduit ce que le public pouvait connaître de son gouvernement. Dès son arrivée au pouvoir, l’administration Bush était complètement hostile à l’ouverture et au droit du public à l’information. »

Détaillant un exemple de corruption, il apporte la preuve de ses enquêtes sur les contrats du Pentagone : « Nous avons produit un rapport intitulé « Les marchés du Pentagone » (outsourcing of Pentagone). Une équipe a examiné plus de 2,2 millions de documents contractuels du Pentagone totalisant 900 milliards de dollars de dépenses sur six ans. Cette enquête de neuf mois a passé en revue les 737 plus gros contractants du Département de la défense qui, en incluant leurs sous-traitants et leurs filiales, ont reçu au moins 100 millions de dollars par contrat.

Selon le CPI les plus gros contractants sont les plus prodigues pour influencer la politique. Pire encore, nous avons trouvé que les contrats sans mise en concurrence, tel celui accordé à Halliburton pour faire des affaires en Irak, totalisent plus de 40 % des contrats du Pentagone depuis 1998. Ceci représente au moins 362 milliards des deniers du contribuable attribués à des sociétés sans mise en concurrence. »


Sources : IPS News
Thématiques : politique, éducation
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)