Partage international no 154 – juin 2001
Une chaîne de télévision danoise, la KRO (Société de diffusion catholique), a produit une série d’émissions (couronnées par un prix) sur les enfants extraordinaires qui vivent souvent dans des situations de pauvreté ou de difficultés extrêmes, comme les guerres ou les catastrophes naturelles.
La première dressait le portrait d’une fillette bolivienne de 12 ans, Andrea Guellar. Son histoire est en fait l’histoire d’une lutte, menée sur fond de trafic de drogue et de toxicodépendance massive, de corruption, de forte criminalité et d’extrême misère. Elle vit à Santa Cruz, une ville dont l’économie dépend depuis longtemps de la cocaïne, et qui est d’ailleurs connue sous le nom de « Coke City ». Une ville où les barons de la drogue font fortune en une nuit ; et où s’entassent des milliers de pauvres sans emploi, parmi lesquels les Indiens Chiquitana, venus avec l’espoir de trouver une place dans les laboratoires de cocaïne installés dans les palais somptueux de la ville ou disséminés dans les jungles qui bordent la périphérie. Sous la pression croissante de la communauté internationale, les barons, moyennant d’énormes « indemnisations », ont dû mettre fin à leurs activités. Mais les dégâts étaient déjà faits : les comportements et les habitudes nés autour de la drogue étaient déjà solidement ancrés dans la population, une population dont l’arrêt forcé de la production de cocaïne, par le chômage massif qu’elle a entraîné, n’a fait qu’accroître la misère.
Tel est le monde où naissent les enfants, où ils doivent se battre pour survivre et se frayer tant bien que mal un chemin. Pour la plupart, c’est une charge trop lourde à porter, et ils succombent en masse – à la maladie, aux mauvais traitements, à la sous-alimentation, à la violence de la rue. Ils vivent souvent dans un tel état de faim et de désespoir que, très tôt dans leurs courtes vies, ils croient pouvoir y échapper en cédant à une forme ou une autre de dépendance.
Andrea
Tel était le monde d’Andrea. Sa mère, alcoolique, incapable de s’occuper de ses six enfants, en laissa la charge à sa mère et à un frère. Celui-ci parvenait à nourrir tout son monde jusqu’à ce que la crise financière, ayant créé un chômage massif dans la région, le laisse sans ressources. La grand-mère Tranquilina a eu beau faire toutes sortes de petits boulots, cela n’a pas suffit ; l’eau et l’électricité ont été coupées. Andrea a dû prendre un emploi de domestique (pour un salaire de 60 francs par semaine). Enfant illégitime et non déclarée, elle n’existe officiellement pas et n’a aucun droit, que ce soit à la santé, aux aides sociales, et même à l’éducation – ce qui lui ôte toute perspective d’emploi décent. Sa vie a été une suite de mauvais traitements. Mais cela ne l’a pas empêchée de rejoindre un groupe d’enfants, connu sous le nom de Defensores del Pequeño Mundo, dont elle est maintenant la responsable. Répartis en brigades, ils s’épaulent mutuellement, discutent de leurs problèmes et mettent au point des campagnes d’aide aux autres enfants. Quand ils ont connaissance de cas de maltraitance, ils vont voir les parents, pour leur expliquer pourquoi il est important de ne pas battre leurs enfants et les convaincre de changer de comportement. L’émission suit Andrea et ses camarades du groupe des « Défenseurs » dans une de ces interventions, qui permettra finalement à un jeune garçon d’aller à l’école.
Andrea collabore avec d’autres organisations, qui s’occupent aussi des enfants des rues – lesquels survivent par le vol, la drogue, et par toutes sortes d’expédients.
« Nous résolvons nos problèmes ensemble ; nous parlons avec d’autres enfants qui connaissent les mêmes expériences, et pouvons ainsi nous aider, explique-t-elle. Nous devons aider tout le monde. » – « Notre but central, déclare quant à lui Francesco Pifarr, directeur de l’association internationale Defensa de los Niños, située à Santa Cruz, c’est de travailler, par l’intermédiaire des brigades, à faire prendre conscience partout et à tous des Droits de l’Enfant.
