Le monde ne sera plus jamais le même

Assemblée du Jubilé 2000

Partage international no 151mars 2001

Lancé à l’occasion du Jubilée chrétien dans le but de faire annuler la dette du tiers monde, « Jubilée 2000 » est devenu un mouvement international rassemblant de multiples associations [et coordonné pour la France par le CCFD]. Parmi les nombreuses assemblées de clôture tenues dans le monde, qui toutes ont insisté sur la nécessité d’intensifier les efforts, celle de Londres a été marquée par l’annonce faite devant 5 000 participants par le chancelier de l’Échiquier, Gordon Brown, de l’annulation de la dette des 41 pays les plus pauvres. Voici les principaux passages de son discours.

« […] Parti comme la protestation d’un petit nombre, le mouvement Jubilée 2000 s’est transformé en une coalition fondée sur la conviction simple et évidente que le poids de la dette, impossible à rembourser, qui pèse sur les pays les plus pauvres, est moralement injustifié […].

Cette coalition pour la justice, par l’ampleur et la portée qu’elle a prises, est devenue en elle-même la preuve vivante que, si nous sommes séparément impuissants, ensemble, nous avons le pouvoir. Un réseau de solidarité nous a tous rassemblés : citoyens et nations, riches et pauvres, dans un seul et même univers moral, assez fort pour changer le monde […].

Notre cause, c’est chacun des 30 000 enfants qui succombent chaque jour dans leur combat pour la vie du fait de maladies que nous pouvons prévenir. Notre cause sait qu’une injustice quelque part dans le monde menace la justice partout, menace chacun des 200 millions d’hommes et de femmes qui vivent dans une pauvreté extrême qui n’a rien d’inéluctable. Des hommes et des femmes qui vivent aujourd’hui même aux limites de la survie, et dans un tel état de faim qu’il n’est souvent pas d’aide plus précieuse à leur apporter qu’une poignée de nourriture. Notre cause ‑ car aussi longtemps qu’il y a des pauvres, c’est toute notre société qui est appauvrie ‑ c’est de transformer l’existence honteusement dégradée d’un milliard d’êtres humains (presque un quart de l’humanité), dont la faiblesse et la dette de leurs pays ont fait les victimes d’une misère évitable […].

Le besoin est si urgent

Je vous dis que le besoin est si grand, que le besoin est si urgent, qu’il est temps de faire en sorte que les pays les plus riches, qui ont tant, cessent de s’enrichir encore plus grâce à la dette des pays les plus pauvres, qui ont si peu […].

C’est pourquoi, au nom du gouvernement britannique, je vous dis, à vous et aux 41 pays les plus lourdement endettés, qu’à partir d’aujourd’hui, et dans l’esprit du Jubilée 2000, nous renonçons à tirer profit des dettes historiques que nous doivent ces pays. Et je dis aux 20 nations les plus riches : effacer la totalité de la dette, c’est libérer autant d’argent pour soulager dès cette année ces 200 millions de personnes les plus pauvres. Et je dis à ces 41 pays en conflit, à ces pays ravagés par la guerre civile, à ces pays qui n’ont encore établi aucun programme de réduction de la pauvreté ‑ pays où se concentrent 140 millions des plus pauvres du monde, et qui doivent un milliard de livres à la Grande-Bretagne ‑ : aujourd’hui, tous les remboursements que vous nous faites seront gardés en dépôt, prêts à vous être reversés dès qu’auront été acceptés vos programmes de lutte contre la pauvreté.

Aujourd’hui, je demande à tous les gouvernements, qui veulent aussi réduire la pauvreté en réduisant la dette historique que leur doivent ces 41 pays, de renoncer également à leur droit légitime sur cette dette […].

En ce qui concerne les enfants, nous devons maintenant tout faire pour atteindre d’ici 2015 les buts que nous nous sommes fixés. Qu’au lieu de mourir avant cinq ans (comme c’est le cas pour un enfant sur sept dans le monde), ils vivent de longues vies. Faisons en sorte qu’ils ne meurent plus pour des causes que nous pourrions prévenir, conformément à notre objectif de réduire des deux-tiers la mortalité infantile. Au lieu des 120 millions d’enfants qui n’ont pas accès à l’école, luttons pour notre but : que tous bénéficient de cette chance que constitue l’éducation.

Au nom de tous ceux qui connaissent une souffrance évitable, réduisons la pauvreté d’ici 2015, comme nous nous y sommes engagés. A ces fins et en vue de la session spéciale que l’ONU consacrera aux enfants, notre gouvernement travaillera dès janvier 2001 à former une alliance mondiale contre la pauvreté. Nous tous ‑ l’ONU, les institutions financières internationales, le Pnud, l’Unicef, les pays développés et en développement ‑ sommes liés par une responsabilité commune : faire en sorte de ne plus laisser personne sans aide face à la pauvreté, à la maladie et à l’absence d’éducation, et lutter contre les préjugés, la discrimination et le racisme partout à travers le monde.

Mais comme nous ne pouvons avancer que si nous avançons ensemble, j’appelle aujourd’hui la société civile, les Églises, les ONG, et tous les hommes, à assumer avec nous la responsabilité de ces objectifs, et à participer à leur réalisation. Montrons, comme l’a fait Jubilée 2000, qu’une petite victoire locale peut être le point de départ d’une série de victoires toujours plus grandes et plus nombreuses dans le monde. Montrons comme le succès limité d’un petit groupe peut en inspirer de nombreux autres en une sorte de réaction en chaîne, de sorte que dans la décennie à venir, nous voyions les actes de compassion  ‑ communauté après communauté, pays après pays, continents après continents ‑ submerger le monde et se transformer en une vague de transformation économique, de renouveau social et de triomphe humanitaire.

[…] Le message de Jubilée 2000 est un message de foi en l’avenir. Une foi en l’avenir fondée sur les millions de personnes qui, comme vous, perçoivent ce qui ne va pas et le corrigent, cherchent la souffrance et essayent d’en triompher, voient l’injustice et s’efforcent de la vaincre. Avec une telle foi, je crois que notre génération peut être celle qui construira ce cercle vertueux où la réduction de la dette conduira à celle de la pauvreté et au développement durable. Qu’elle peut être celle qui, non seulement libérera les opprimés, réalisant ainsi la prophétie d’Isaïe, mais relèvera le défi lancé par Tom Payne et qui résonne à travers les siècles, le défi de « faire ce monde nouveau ». Telle est notre tâche, telle est la gageure qu’il nous faut travailler ensemble à relever. Et tel sera, dans l’avenir, notre accomplissement. »

Royaume Uni
Thématiques : Société, Économie
Rubrique : Divers ()