Le développement durable peut-il fonctionner ? 1/3

LES CONFERENCES REITH 2000 : RESPECTONS LA TERRE

Partage international no 149février 2001

par Jonathan Porritt

Chaque année la Société britannique de radiodiffusion organise une série de conférences radiodiffusées auxquelles elle invite plusieurs personnalités de renom. Les Conférences Reith furent inaugurées par la BBC en 1948, afin de marquer la contribution historique de Sir (ultérieurement Lord) Reith, le premier directeur général de la BBC, en faveur du service public de radiodiffusion. Des transcriptions des conférences de l’an 2000 sont reproduites ici avec l’accord de la BBC.

Nous publions ci-dessous des extraits de la causerie préliminaire donnée par Jonathan Porritt.

Toutes les espèces sont dotées d’un profond instinct de survie. Elles mettent tout en œuvre pour garantir leurs propres chances de survie. Et cela est aussi vrai pour l’homme que pour le tigre de Sibérie ou la plus insignifiante des bactéries. Nous, humains, avons même un nom pour notre instinct de survie : c’est le « développement durable ». Ce qui en d’autres termes signifie tout simplement vivre sur cette planète comme si nous avions l’intention d’y vivre à tout jamais.

C’est seulement il y a environ trente ans que les gens ont commencé à se rendre compte que notre instinct de survie s’était quelque peu endormi, oublié dans notre recherche d’une prospérité matérielle toujours plus grande. Afin d’atteindre ce but nous avons littéralement mis à sac notre planète : nous avons détruit les forêts, construit des barrages sur les rivières, pollué l’air, érodé le sol, réchauffé l’atmosphère, détruit les réserves de poissons et tout recouvert de béton et de macadam.

Le Programme des Nations unies pour l’environnement a mis en évidence que le taux d’extinction des espèces vivantes est actuellement plus de 10000 fois supérieur à ce qu’il serait naturellement sans l’impact de l’espèce humaine. Et au fur et à mesure que la population augmente, avec environ 85 millions de personnes de plus par an, les pressions que subit notre planète ainsi que les systèmes vitaux (dont dépendent toutes les espèces y compris nous-mêmes) ne cessent d’augmenter.

Au début, la plupart des politiciens et des hommes d’affaires n’ont guère prêté attention à ces avertissements « exagérés et alarmistes » venant d’écologistes « farfelus et agités ». Mais les preuves scientifiques ont continué à s’accumuler et en 1987, un groupe d’experts a publié, sous la conduite de Gro Harlem Brundtland, un rapport, Notre futur commun, qui nous annonçait tout simplement que nous n’avions pas d’autre alternative que de changer nos manières d’agir si nous voulions éviter notre propre extinction.

La seule alternative au modèle existant de croissance économique (qui ne tient pas compte des populations les plus pauvres et du bien-être de la planète) était le développement durable, « un développement qui satisfait les besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à subvenir à leurs propres besoins. »

C’était la première fois que l’aspect social du développement durable était mis en avant de la sorte. La pauvreté est un des plus importants facteurs de la destruction de l’environnement et pour que le développement soit réellement durable, nous devons nous occuper autant de questions telles que la lutte contre la pauvreté, l’éducation et une meilleure santé pour tous, que des changements climatiques et de la pollution. Ce message fut réitéré lors du Sommet de la Terre de 1992, le plus important rassemblement de leaders mondiaux de tous les temps, qui réaffirmèrent à la fois le caractère non durable de notre modèle de progrès actuel et la nécessité urgente d’une alternative. Le développement durable n’est pas un problème isolé comme l’«  environnement » ou le « commerce mondial ». Il s’agit d’un modèle différent de progrès, qui tente de maintenir l’équilibre entre les besoins économiques et sociaux de l’espèce humaine et la nécessité non négociable de vivre au sein des limites naturelles de notre planète. Il s’agit autant d’un défi lancé à notre philosophie et à nos valeurs personnelles qu’à nos systèmes politiques et économiques. Cela exige la transformation radicale d’une éthique fondée sur l’exploitation et la domination en une autre, basée sur la coopération et la responsabilité mondiale.

Auteur : Jonathan Porritt, écologiste et auteur, directeur de programme du Forum pour le futur.
Sources : Extraits d'une émission de la BBC Radio 4, G-B. Reproduction dans Partage international autorisée par la BBC
Thématiques : Société, environnement, Économie
Rubrique : Divers ()