Jésus et son époque

Partage international no 111novembre 1997

par Bette Stockbauer

Il existe peu de sujets aussi controversés que la vie et la pensée de Jésus-Christ. Bien qu’il soit le personnage le plus étudié de la civilisation occidentale, les chercheurs ne cessent de se poser des questions sur pratiquement tous les aspects de sa vie. Chaque nouvel ouvrage le présente sous un jour différent. Certains le considèrent en tant que Dieu, d’autres en tant qu’homme. Certains le dépeignent comme un révolutionnaire politique, d’autres comme un instructeur doux et pacifique. D’autres encore affirment qu’il s’agit d’un être purement mythique et vont jusqu’à mettre en doute son existence physique.

Cet article jette un regard sur son temps et examine les défis qu’il dut relever, en tant qu’être humain hautement évolué, vivant dans un monde au seuil de changements importants et tumultueux.

L’époque de Jésus fut l’une des plus sanglantes et des plus cupides que l’Histoire ait enregistrée, et le peuple juif auquel il appartenait était une société divisée. En tant qu’homme doué d’un grand pouvoir et d’un profond charisme, il fut l’objet à la fois d’une haine implacable et d’un amour intense.

Contrairement aux Eglises chrétiennes qui insistent sur son caractère hautement divin, nous allons mettre l’accent sur son humanité, car en tant qu’initié du troisième degré, approchant de la quatrième initiation, celle de la renonciation, il n’était pas encore totalement libéré des conflits terrestres. Certaines déclarations de Maitreya et du Maître Djwhal Khul, ainsi que certains mythes tirés de la Bible, permettront de mettre en lumière les obstacles spécifiques qui se trouvèrent sur son chemin à l’approche de la quatrième initiation.

La tentation dans le désert

Maitreya a déclaré au sujet de Jésus : « … les tentations du mental, de l’esprit et du corps forcent le soi à agir contre la volonté du Soi véritable[…]Jésus est passé par ces étapes. » (Partage International, octobre 1988, p. 7)

Dans l’Evangile de Luc, nous trouvons le récit des tentations de Jésus. Il est dit qu’après son baptême, il se retira dans le désert pour jeûner et prier. Là, dans le silence absolu du désert de Judée, lui apparut un démon qui le tenta de trois manières. Tout d’abord, il lui offrit de la nourriture dans le but d’interrompre son jeûne de 40 jours. Puis, il lui offrit la richesse et le pouvoir temporel. Pour finir, il le conduisit à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple et lui dit de se jeter en bas et de manifester ainsi aux yeux de tous ses pouvoirs spirituels, en faisant appel aux anges du ciel pour l’empêcher de tomber. En dépit des privations longues et épuisantes de son jeûne dans le désert, Jésus résista à chaque tentation. Finalement, nous dit-on, « le diable s’éloigna de lui jusqu’à une autre occasion ». (Luc 4 :13)

Quelle est la signification de cette histoire, en relation avec la mission terrestre de Jésus-Christ ? Est-elle purement symbolique ou est-elle un présage des événements à venir, l’annonce des difficultés qui se présenteraient à lui dans le déroulement de sa mission ? Si nous retenons la dernière hypothèse, on devine pourquoi le diable attendait une autre occasion, car les tentations du désert ont poursuivi Jésus tout au long de sa vie.

Cette idée à l’esprit, nous allons jeter un regard sur son époque et examiner les difficultés qu’il dut affronter en tant qu’homme de chair et de sang, en tant que Frère aîné qui nous a précédé sur le sentier de la vie.

L’influence hellénistique

Les idées philosophiques qui préparèrent le terrain pour l’ère des Poissons sont nées durant l’âge d’or de la Grèce, en 500 av. J.-C. C’est là que de grands philosophes comme Pythagore, Socrate, Platon, Aristote et Isocrate, ont enseigné l’égalité, la fédération des peuples et la fraternité humaine. Là se sont développés les arts, l’architecture, la science et la philosophie. Là s’est fondée une société de loisirs, libérale dans sa façon de voir les choses, ayant le goût d’une vie raffinée et admirant les prouesses physiques. Cette influence, dite hellénistique, s’est largement répandue dans tout le monde méditerranéen pendant les siècles qui ont précédé la venue du Christ.

Mais, avec le temps, l’amour que les Grecs avaient pour le raffinement se dégrada en vulgaire désir d’une vie luxueuse, et leurs idées libérales dégénérèrent en pure licence. Les jeux athlétiques furent adoptés, par la suite, par l’Empire romain, mais ils se transformèrent en combats de gladiateurs qui coûtèrent inutilement la vie de nombreux esclaves et martyrs chrétiens.

Dans certaines sociétés, l’influence grecque fut la bienvenue, mais dans d’autres elle fut considérée comme odieuse et sacrilège. Néanmoins, la langue et la culture communes qu’elle apporta agirent comme facteur d’unification dans toute la Méditerranée. Elle facilita grandement à la fois l’expansion de l’Empire romain et, plus tard, celle de la chrétienté.

L’Empire romain

Au Ier siècle ap. J.-C., l’Empire romain était à l’apogée de sa puissance politique. Il recouvrait un territoire plus vaste que la moitié des Etats-Unis et avait une population de 50 à 60 millions d’habitants, soit un cinquième de la population mondiale. Ses frontières géographiques s’étendaient du nord de l’Angleterre aux rives de l’Euphrate, et du Danube à toute la côte nord africaine. C’était un exemple précoce de fédération, montrant qu’une vaste population, réunissant des cultures diverses, pouvait coexister sous le même gouvernement. Il se maintint, en tant que système politique unique, pendant six siècles (200 av. J.-C. à 400 ap. J.-C.), ce qui est considéré comme l’une des plus grandes réalisations politiques de l’Histoire.

Ce succès ne fut, cependant, acquis qu’au prix de beaucoup de sang versé. Les guerres romaines de conquête sont célèbres pour leur ténacité et elles ne se terminèrent pas avant que tous les pays entourant la Méditerranée ne soient soumis.

Rome elle-même avait une population d’un million d’habitants et, bien que dépourvue d’industrie et même de relations commerciales, c’était la cité la plus riche de l’Empire, car dans ses coffres s’accumulait un énorme trésor sans cesse renouvelé : le butin de guerre provenant des pays conquis. Dans ses provinces étaient amenés des milliers d’esclaves qui faisaient également partie du butin. A la fin du Ier siècle, l’Italie comptait deux à trois millions d’esclaves, composant 35 à 40 % de la population.

A cause de cet afflux constant de richesse et parce qu’elle était le centre politique de l’Empire, Rome attirait continuellement des individus dévorés d’ambition. La clé du succès se trouvait dans la politique, et le compte-rendu des excès de la classe dirigeante est presque aussi terrifiant que celui des guerres romaines. La vie politique, cependant, pouvait se payer cher, car l’arène politique était empreinte d’une compétition sans merci et accordait peu de valeur à la vie humaine. L’histoire de Rome est jalonnée de dizaines d’assassinats. Le soutien populaire apporté à un dirigeant quelqu’il soit était aussi éphémère que n’importe quel autre plaisir de la vie romaine.

La liberté sexuelle, la prostitution et l’homosexualité étaient acceptées presque sans réserve. Le divorce s’obtenait facilement ; les enfants non désirés étaient exposés aux intempéries et abandonnés à une mort certaine. Avec le temps, la vie familiale commença à tellement se détériorer que la population elle-même se mit à décliner.

Les paysans étaient les grands perdants au jeu du pouvoir et de la fortune. Dans les provinces, leurs lopins de terres étaient regroupés dans de vastes domaines d’Etat dirigés par de riches Romains. Des milliers de paysans furent expulsés et remplacés par une main-d’œuvre composée d’esclaves. Ces paysans sans terre formèrent bientôt une population démunie. Beaucoup d’entre eux partirent pour Rome où ils vécurent misérables et sans travail, sur les subsides de céréales accordés par l’Etat.

Lorsque les guerres de conquête furent terminées, Rome instaura une imposition sans cesse croissante afin de maintenir son niveau de vie luxueux. Les classes inférieures furent particulièrement touchées. Grande devait être leur amertume lorsqu’elles entendaient parler de la construction de monuments colossaux, des dépenses somptueuses des dirigeants et des combats de gladiateurs dont le coût élevé était prélevé, sans le moindre égard, sur leurs salaires durement gagnés.

La religion romaine incluait tout un panthéon de déités. Jupiter et Mars, dieux de la guerre, étaient très honorés. Des sacrifices étaient offerts aux divinités dans l’espoir d’obtenir des faveurs ou de prévenir des catastrophes. L’accent était souvent mis sur le profit matériel et personnel. Une telle religion n’offrait pas grand chose aux classes inférieures, souvent incapables d’assurer leur propre survie, ni à ceux qui étaient en quête de vérité spirituelle. De nombreux fidèles étaient attirés par les autres religions que l’on pouvait trouver dans le vaste Empire romain.

Le mithriacisme, importé de Perse et d’Inde, enseignait la doctrine d’un Dieu solaire, un dieu de lumière et de justice. La religion d’Isis, venue d’Egypte, mettait l’accent sur la sagesse et la connaissance. Les religions à mystères de la Grèce offraient des cérémonies initiatiques de purification rituelle. Toutes ces religions allaient à l’encontre de l’importance accordée par Rome aux réalisations matérielles, en offrant la promesse du salut et l’espoir de l’immortalité.

Le mal cosmique à l’époque romaine

Le Maître D.K. parle du mal cosmique comme d’un mal qui n’est pas inhérent à notre planète, mais qui a trouvé une porte ouverte au temps des Romains, en raison de l’extrême décadence de l’époque (les Rayons et les Initiations, p. 607). Il s’agissait d’une résurgence du mal qui régnait en Atlantide, où le principal péché était le vol, répandu à grande échelle. « Les Atlantes, nous dit D.K., avaient atteint des raffinements de luxe dont notre civilisation tant vantée ne connaît rien et n’a jamais approché. » De même à Rome : « La vie fut souillée par les miasmes d’un égoïsme sans mélange, et les ressorts de la vie en furent eux-mêmes pollués. Les hommes ne vivaient et ne respiraient que pour jouir du luxe le plus effréné et d’une pléthore d’objets et de biens matériels. Ils suffoquaient de désirs et étaient tourmentés par le rêve de ne jamais mourir, mais de vivre encore et encore en accumulant indéfiniment les objets de leurs désirs. » (la Guérison ésotérique, p. 183)

Le Maître D.K. dit également : « L’entrée de ce qui peut être considéré comme le « mal cosmique » fut ouverte pour la première fois aux temps de la décadence de l’Empire romain ; ce fut l’une des raisons qui décida le Christ à se manifester à cette époque. Cette porte s’ouvrit plus largement lors des régimes corrompus des rois de France et, à notre époque, les hommes pervers de tous les pays l’ont ouverte plus grande. » (les Rayons et les Initiations, p. 607)

Le judaïsme palestinien

Le trait le plus marquant de la vie de Jésus, bien qu’il soit oublié de nombreux chrétiens, est le fait qu’il était juif. Son appartenance au peuple juif fut longue et illustre. Dans l’Ancien Testament, ses vies antérieures sont mentionnées : il apparut tout d’abord sous le nom de Joseph, fils de Noun, le successeur de Moïse, puis sous celui de Josué dans le livre d’Ezra, et de Josué à nouveau dans le livre de Zacharie. (Initiation humaine et solaire, p. 59)

Durant la vie de Jésus, la plupart de ses disciples étaient juifs et l’Eglise chrétienne primitive n’était rien d’autre qu’une branche du judaïsme. Ses membres devaient se soumettre aux lois juives concernant la nourriture et la circoncision. Il est important de bien comprendre cet aspect des choses, car l’environnement culturel de cette période du judaïsme nous permet de mieux comprendre bon nombre des déclarations et des actes de Jésus.

A la naissance de Jésus, le judaïsme se trouvait à la croisée des chemins. Ses membres étaient divisés en groupes rivaux, dont certains entretenaient une lutte farouche. Les influences hellénistiques étaient adoptées par les juifs les plus libéraux, mais considérées comme une abomination par les juifs orthodoxes. La soif de richesse et de pouvoir, apportée par l’influence romaine, s’infiltrait dans les sphères les plus élevées de la société juive, dont les membres aristocratiques étaient appelés Saducéens. Ils vivaient dans le luxe, au milieu de la pauvreté générale des classes paysannes.

Même les grands prêtres, qui offraient les sacrifices au temple, étaient devenus totalement corrompus et faisaient le jeu du pouvoir en place. Cela finit par devenir un grave sujet de mécontentement pour les orthodoxes attachés à la notion de lignée et à une prêtrise libre de toute influence extérieure. Des groupes, tels que les Esséniens, rompirent presque totalement avec le courant principal du judaïsme et établirent leurs propres communautés et leurs propres rituels, tout en restant très attachés à la loi mosaïque.

Les grandes contributions du judaïsme au monde de la pensée sont son monothéisme, sa totale adhésion à un Dieu unique, connu sous le nom de Yahvé, et son code de lois, fondement de la foi. Les Pharisiens et les scribes étudiaient et interprétaient la loi mosaïque. Ils détenaient la véritable influence au sein de la religion et étaient souvent connus pour leur grande sainteté.

Cependant, H. P. Blavatsky affirme qu’au temps de Jésus un rituel vide de sens avait remplacé la véritable moralité et que ceux qui gardaient vivants les vrais enseignements ésotériques du judaïsme étaient persécutés par les Pharisiens. Le véritable objet du conflit entre ces derniers et Jésus fut sa volonté de dévoiler la tradition secrète à tous et d’établir une religion basée sur la connaissance des lois sacrées de l’existence. (Isis dévoilée II, p. 561 angl.)

Le peuple élu

Etant donné qu’ils considéraient leur relation avec Yahvé comme très personnelle et sacrée, les Juifs ont développé l’idée qu’ils étaient un peuple élu, choisi entre tous par Dieu, et destiné à diriger son royaume, l’humanité toute entière. Pendant des siècles, leurs prophètes ont parlé du royaume messianique à venir, exhortant les individus à se repentir et à se préparer.

Les interprétations des prophéties d’Enoch, patriarche mystique d’origine inconnue, avaient conduit à l’idée largement répandue que le monde entrait dans le dernier millénaire de son histoire, dont la durée totale était de 4 900 ans. Ce millénaire avait commencé en 41 av. J.-C. et la fin serait annoncée par une grande guerre entre les nations. Un roi messianique, envoyé par Yahvé lui-même, ferait triompher les Juifs de leurs ennemis. Un nouvel Israël s’étendrait sur le monde entier et le royaume des Juifs deviendrait le plus grand empire jamais connu. Cette idée, qui prévalait en Palestine, met en lumière le jeu des relations entre les Juifs, les Romains et les premiers chrétiens.

Lorsque la Judée tomba sous le joug de Rome en 63 av. J.-C., le judaïsme fut plongé dans un perpétuel état d’agitation. De nouveaux groupes, motivés sur le plan politique, se formèrent. Les Zélotes, directs dans leur approche, charismatiques et souvent militaristes, étaient farouchement opposés à Rome et à tous les Juifs qui recherchaient ses faveurs. Les Sicaires (armés d’un poignard) étaient encore plus radicaux. Portant sur eux des armes cachées, ils se mêlaient à la foule et assassinaient les traîtres qui prenaient le parti des Romains.

Des rangs de ces groupes extrémistes est sortie toute une succession de leaders, dont bon nombre prétendaient être le Messie tant attendu. Rassemblant des partisans autour d’eux, ils semaient le trouble dans les cités ou agissaient clandestinement dans les régions désertiques, où ils organisaient la guérilla contre les troupes romaines qui passaient par là. Les Romains gardaient un œil vigilant sur ces rebelles politiques et se méfiaient de plus en plus de ce genre d’action sur le sol juif.

A la lumière de cette situation, il est facile de comprendre pourquoi Jésus eut si peu d’impact historique sur son époque ; il fut sans doute considéré comme un simple agitateur politique. Les Romains avaient déjà crucifié, ou exécuté d’une autre manière, des milliers de rebelles de ce genre. Avant que les dernières protestations des Juifs cessent de se faire entendre, en 135, plus d’un million d’entre eux furent assassinés. Jésus fut seulement l’un d’entre eux.

Le temple

Le temple de Jérusalem était le centre d’un culte fervent pour des millions de juifs qui le considéraient comme la demeure de Yahvé, le Dieu vivant. Sur ses autels, plus de 700 membres du clergé offraient des sacrifices journaliers. Une succession de fêtes annuelles attiraient les juifs de nombreuses régions. Cependant, en tant qu’institution, il s’était beaucoup éloigné de son but spirituel car, en plus d’un lieu de culte, il était devenu une banque. Un système largement répandu de prosélytisme collectait les offrandes des nouveaux convertis. De plus, tous les Juifs étaient soumis à un impôt au profit du temple. Par ailleurs, l’offrande de sacrifices, prescrite par les prêtres, impliquait l’achat d’animaux et le paiement de droits de change. Les classes inférieures, déjà cruellement accablées d’impôts par les suzerains romains, l’étaient plus encore.

Tout cet argent était réinvesti ou prêté. Etant donné qu’à cette époque les taux d’intérêt étaient élevés, atteignant parfois 50 %, un afflux constant de revenu gonflait chaque jour le trésor du temple. Le domaine du temple incluait des dizaines de dépendances et de bureaux administratifs. Son personnel comptait 20 000 employés, une garnison romaine de 600 soldats en gardait les portes et la police du temple surveillait la partie intérieure.

Jérusalem, cité de paix, cité de souffrance

Lorsque Jésus « prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem » (Luc 9 : 51), la ville dans laquelle il entra était un centre de violentes tensions religieuses et politiques. Nous voyons là se jouer toute la dualité de la vie : entré comme un roi, il fut finalement exécuté comme le dernier des criminels. De tous côtés, il pouvait, sans aucun doute, voir les signes de la pauvreté de son peuple, son ardent désir de liberté et son aspiration à l’avènement du royaume de Dieu. Il savait également que le cœur de l’opposition se trouvait là, dans le centre du pouvoir. Il est dit dans la Bible qu’il savait à l’avance que la mort l’attendait.

On croit généralement que le fait qu’il s’en soit pris aux agents de change du temple de Jérusalem est ce qui a cristallisé l’opposition contre lui. Vu sous l’angle des réalités politiques de la vie du temple, il s’agissait d’un acte de pur courage, visant une institution qui symbolisait le summum de la décadence à la fois romaine et juive. C’est Caïphe, le grand prêtre du temple de Jérusalem qui, nous dit-on, menait l’opposition contre Jésus, et Caïphe avait été choisi par le gouverneur romain. Afin de garder cette protection, Caïphe aurait pris des mesures à l’encontre de n’importe quel Zélote juif fomentant une révolte contre la loi romaine. L’action de Jésus devait forcément être considérée comme dangereuse et séditieuse, étant donné le nombre important de ses partisans. Il était fatal qu’elle entraîne de sérieuses répercussions.

Multiples sont les choix que Jésus aurait pu faire à Jérusalem. Il aurait pu utiliser ses pouvoirs pour organiser un soulèvement du peuple, suivant ainsi la voie choisie par tant de ses coreligionnaires. Il aurait pu rechercher la faveur des Romains et devenir un leader temporel riche et réputé. Ou il aurait pu tout simplement retourner en Galilée et mener la vie tranquille d’un rabbin juif.

Finalement, il choisit une voie qui déconcerta presque tout le monde. Son action dans le temple attira non seulement la colère des prêtres et des Romains, mais elle éloigna de lui bon nombre de ses fidèles. Les plus traditionalistes d’entre eux ont sans doute été scandalisés de le voir s’attaquer à une institution qu’ils considéraient comme sacrée, et les Zélotes ont dû être déçus de son échec à mener jusqu’au bout une dissidence plus radicale encore.

Lors de son arrestation, son humble soumission aux autorités romaines peut avoir semé la confusion dans l’esprit des apôtres. D’après H. P. Blavatsky, il jouissait de pouvoirs magiques considérables et il avait enseigné leur utilisation aux apôtres (Isis dévoilée, p. 148 angl.). Ils savaient qu’il aurait pu tout simplement échapper à ses ravisseurs et qu’il l’avait fait dans d’autres circonstances. Qu’il choisisse de ne pas le faire a peut-être été une de ses plus grandes épreuves, renoncer totalement à la vie dans ce monde.

Le sentier de renonciation de Jésus

Le chemin qui mène à la croix de la quatrième initiation, celle de la renonciation, est marquée par des conflits. De tous côtés, l’initié trouve la discorde, la dualité et la contradiction. La bonne voie passe quelque part au milieu, dans une approche exprimant une qualité nouvelle et totalement différente.

Ce n’est que grâce à un discernement tout particulièrement développé que la voie à suivre peut être trouvée. Jésus résolut la dualité qu’il dut affronter en pardonnant et en étant conscient de l’unité de tous les êtres.

Maitreya nous dit : « Les expériences que le Seigneur offrit à Jésus sont offertes à certains disciples aujourd’hui. Mais dans le cas de Jésus, son mental prit tout d’abord possession de ces expériences. Le mental essaya d’utiliser ces pouvoirs spirituels afin de réaliser certains buts précis. Il commença à prêcher […] Jésus était préoccupé par la disparité entre les riches et les pauvres » et il finit par être « attaché à ce qu’il souhaitait réaliser (l’égalité, la justice). »

Ainsi, « son enseignement était relatif (parce que submergé dans la dualité). » Maitreya dit que : « Aux yeux du Seigneur, il n’existe ni riche ni pauvre » ; « Lorsque l’on essaie de prêcher, on ne crée rien d’autre que des limites. » Le véritable enseignement est celui-ci : « Je suis avec vous si vous êtes honnête, sincère et détaché » (Partage International, sept 1988, p. 18)

Dans ces affirmations, on retrouve l’un des défis auxquels Jésus s’est trouvé confronté, le test d’une sage utilisation de ses pouvoirs spirituels, analogue à la troisième tentation dans le désert. Jésus était sensible à l’influence de son entourage et il pouvait se laisser guider temporairement par ses propres émotions et ses propres desseins. Il était limité, comme toute entité qui s’incarne sur le plan physique, de la simple molécule au Logos d’une planète.

A notre niveau, nous ne pouvons espérer comprendre les vastes paramètres des défis qu’il dut affronter. Le témoignage le plus marquant que nous ayons est celui de sa passion dans le jardin de Gethsémani. L’angoisse éprouvée alors témoigne de l’importance de la terrible décision qu’il dut prendre, lorsqu’il dut renoncer à sa propre volonté pour se soumettre à une volonté plus élevée, celle de la Monade, qu’il avait toujours appelée son Père dans les Cieux.

« Père, pardonne-leur… »

Maitreya affirme que Jésus eut des doutes jusqu’à la fin, mais que lorsqu’il s’est écrié : « Seigneur, Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné ? », il eut une vision. Il comprit alors que le mental ne devait pas rechercher les pouvoirs spirituels. « Lorsque Jésus était sur la croix, je me trouvais à côté du crucifié et de ceux qui le crucifiaient […] lorsque Jésus s’en rendit compte, il dit : « Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. » Il réalisa ainsi mentalement, spirituellement et physiquement « …que le relatif et l’absolu sont les deux faces de la Lumière. Jésus réalisa que tous les êtres sont créés par Dieu et que nous réagissons tous aux lois de la nature. Puis le silence se fit. Il avait trouvé la paix… » (Share International, sept. 1988, p. 18)

Qu’il ait réussi sa mission ne fait aucun doute. Il a ancré sur la Terre certaines énergies d’amour et de volonté qui ont ouvert la porte à de vastes possibilités d’accomplissement humain. De plus, il a laissé un héritage pour tous ceux qui voudraient le suivre ; sa vie et son œuvre sont la promesse que nous aussi, même s’il nous arrive souvent de trébucher et de tomber, nous parviendrons à l’achèvement final. Nous pouvons aspirer à des pouvoirs identiques aux siens, triompher de la mort et connaître la résurrection.

C’est peut-être cela qu’il eut l’intention de nous donner, la véritable Lumière qu’il a jeté sur le sentier. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais vers le Père » (Jean 14 :12). Là se trouvent notre espoir, notre futur et la possibilité de notre véritable union avec Dieu.

Deux cents ans de lumière

Des groupes de chercheurs, les chrétiens gnostiques, puisèrent leur force dans cet héritage. D’après le Maître D.K., les deux premiers siècles de l’ère chrétienne furent marqués par une forme de radioactivité qui poussa certains êtres à se surpasser dans le but d’atteindre une spiritualité plus élevée (Traité sur le Feu cosmique, p. 910). A de telles époques, des individus hautement évolués s’incarnèrent dans le but d’accélérer le rythme de l’évolution.

C’est ce qui s’est passé au temps de Jésus. En partant des apôtres, on peut retrouver la trace, sur une durée de 200 ans, d’une lignée d’instructeurs qui propagèrent ses idées, sous une forme plus ou moins claire. Leurs écrits sont les témoignages les plus ardents de l’œuvre qu’il a accomplie. Grâce à leur détermination et à leur courage face à l’opposition, le fil de son enseignement a été préservé pour le monde futur.

Sources : Isis dévoilée, tome II, Helena Blavatsky ; la Guérison ésotérique, Initiation humaine et solaire, les Rayons et les initiations, Traité sur le Feu cosmique, Alice Bailey (éditions Lucis).

Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Thématiques : religions, sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()