Valery Sokolov a vécu sans domicile fixe pendant six ans en Russie, de 1986 à 1992. Parfois il dormait dans une gare et parfois en pleine forêt. Pour lui, le plus difficile était de gagner de l’argent pour acheter de la nourriture. Certains jours il ne mangeait rien du tout. Valery a maintenant 28 ans et est président de la Fondation caritative Nochlyezhka (Un abri pour la nuit), à Saint-Pétersbourg. Il est aussi éditeur en chef de Na Dney (Toucher le fond), un mensuel traitant de l’absence de logements et d’autres questions sociales, y compris les problèmes des retraités et des anciens détenus. Valery affirme que sa mission est de restaurer l’espoir chez les sans-abri et de leur démontrer que le monde n’est pas cruel. Cette fondation est la seule organisation non gouvernementale, en Russie, qui soit engagée dans l’aide aux sans-abri. Chaque semaine, un millier de personnes sans domicile fixe lui demandent de l’aide, et elle offre des repas gratuits, des vêtements et des consultations juridiques. Il n’y a pas d’abri pour la nuit disponible. Des plans ont été dessinés pour le premier abri de nuit de la ville, mais le projet attend d’être financé. La Fondation dépend de donations en provenance de l’étranger, principalement d’Allemagne, de Grande-Bretagne et du Danemark.
Entre 30 000 et 50 000 personnes sont sans abri à Saint-Pétersbourg. On les appelle des bomzhi – des sans domicile fixe – le statut officiel de ceux qui n’ont pas la propiska, un timbre sur le permis de circuler à l’intérieur du pays, confirmant le lieu officiel de résidence. Sans carte de séjour, les sans-abri sont privés d’emploi, de services médicaux, d’aide sociale et sont passibles de deux ans de prison pour « vagabondage, mendicité et parasitisme ». En 1994, la morgue municipale de Saint-Pétersbourg a constaté le décès de 3 515 sans-abri. Les bezrodniye, ou orphelins de la société, sont enterrés sous des pierres tombales portant des numéros plutôt que des noms et des dates. Saint-Pétersbourg possède 250 lits pour les enfants sans-abri, mais pas un de plus pour n’importe qui d’autre. Dans un rapport adressé l’année dernière au Comité des droits de l’homme des Nations unies, Valery affirme nettement : « Les autorités de la Fédération de Russie poursuivent des politiques pouvant être définies comme peu différentes d’un génocide latent basé sur une discrimination sociale. »
En 1996, la municipalité de Saint-Pétersbourg a donné à Valery 20 millions de roubles – environ 20 000 francs – comme premier contrat social pour les sans-abri. Valery a toutefois raconté : « Le maire m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « Les sans-abri sont une invention des journalistes ». » Quand on l’interroge sur les points communs entre les sans-abri en Russie et aux Etats-Unis, Valery répond : « Le regard des sans-abri, de ceux qui ont réellement besoin d’aide, est le même quel que soit le pays, c’est un regard qui voit chaque porte fermée devant soi… Le crime est florissant et la Russie est le pays où il y a le plus de prisonniers, plus de 1,2 millions. Les Etats-Unis viennent en deuxième position. Après avoir accompli sa peine, un détenu russe a légalement droit à un appartement. Mais il y a pénurie d’appartements, et les anciens détenus n’ont pas d’endroits pour vivre. Aussi commettent-ils d’autres délits et ils retournent en prison. Ils vont en prison dix ou douze fois. »
La consommation de drogue n’est pas aussi courante qu’aux Etats-Unis, mais en Russie, au moins 60 % des sans-abri sont alcooliques. « Beaucoup meurent à cause de la vodka, déclare Valery. La vodka est bon marché. Un demi-litre coûte à peine plus d’un dollar. »
Aux Etats-Unis, le Centre pour les initiatives des citoyens (CCI – Center for Citizens Initiatives-USA), organisation à but non lucratif située en Californie, a organisé depuis 1983 des échanges entre ressortissants avec l’ancienne Union soviétique. Ils ont financé le premier voyage de Valery Sokolov, qui a passé un mois à San Francisco, pour participer à une formation pour dirigeants et intervenants bénévoles.
Valery a été surpris de voir autant de sans-abri aux Etats-Unis. « C’est un pays riche, un pays de haute technologie, et c’est terrible de voir des gens qui ont faim ici. J’ai entendu Clinton parler du siècle à venir. Il a déclaré : « A huit ans, chaque enfant aux Etats-Unis saura lire. A douze ans, chaque enfant saura utiliser Internet. » Mais je ne l’ai pas entendu dire que dans les années qui viennent, aucun enfant, aucune personne, aux Etats-Unis, ne connaîtrait la faim. Il a parlé du futur, mais il n’a pas pris en compte les réalités. »
Les expériences les plus marquantes de Valery aux Etats-unis concernent l’échange avec les personnes impliquées dans des activités locales, et la participation à une manifestation contre la brutalité policière à San Francisco. « Ce fut pour moi très important. Je ne pourrais pas manifester ainsi en Russie. Si je manifestais en Russie, la police m’arrêterait dans la minute. »
Dans ses publications, le CCI se sert d’une citation célèbre tirée de l’œuvre de Margaret Mead, une citation qui pourrait facilement s’appliquer à Valery et aux personnes qui travaillent avec lui à la Fondation Nochlyezhka : « Ne doutez pas qu’un petit groupe de citoyens sérieux et dévoués puisse changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que cela s’est passé. »
Les programmes du Centre pour les Initiatives des Citoyens américains sont destinés à permettre aux citoyens de prendre leurs responsabilités dans le changement social. Pour toute information, contacter : Center for Citizens Initiatives-USA, 3268 Sacramento Street, San Francisco, CA 94115 ; téléphone : 415-346-1875 ; fax : 415-346-3731
