Partage international no 103 – mars 1997
par Aart Jurriaanse
La religion traite des relations de l’homme avec les mondes subjectifs, et s’intéresse à son approche invocatoire de la Déïté, lorsque l’homme cherche guide et soutien dans ses problèmes quotidiens, ainsi qu’à la réponse évoquée par ces appels de détresse.
Cette définition fait allusion à l’appel à l’aide de l’homme, si typique de la nature humaine : aussi longtemps que ses affaires prospèrent, il reste autonome et parfaitement capable de régler ses problèmes personnels sans aucune aide extérieure. Mais viendra inévitablement un jour où les choses ne se dérouleront plus conformément à ses plans et à ses desseins, particulièrement lorsque ces plans visaient le profit égoïste et la recherche du pouvoir. Chaque individu connaîtra un moment où tout paraîtra le trahir et se retourner apparemment contre lui ; désespéré, il réalisera alors que ses pouvoirs sont inadaptés face aux circonstances, et il se tournera avec angoisse vers les sources subjectives pour demander de l’aide. Heureux ceux qui, dans de telles circonstances, savent où se tourner, et connaissent l’existence de la Source unique qui fournira infailliblement soulagement et remède au cœur blessé.
La Sagesse éternelle
Les enseignements de la Sagesse antique exposent les grands principes et les lois sur lesquels se fonde la religion. Ils dévoilent le lien existant entre l’homme et la Source, et indiquent la manière d’agir et de vivre pour entrer en contact avec les forces émanants d’En Haut et les évoquer, plutôt que de tenter de se suffire à soi-même, et de nier tout lien avec le subjectif.
Puisse l’homme acquérir une conception assez claire de sa situation de minuscule maillon au sein du grand ensemble ; il reconnaîtrait alors rapidement l’impossibilité physique d’une existence égoïste et séparée, existence qui peut être poursuivie pour une durée plus ou moins longue, procurant peut-être un grand succès matériel ; mais si cela se produit au dépend de la vie spirituelle, cette existence est vouée à l’échec pour ce qui est de trouver la joie et le bonheur. Ne constatons-nous pas fréquemment combien le pouvoir et les richesses vont de pair avec la pire misère et le désenchantement ? Combien ont accumulé les possessions, mais ce faisant ont perdu leur âme ? A quel point se vérifie le vieil adage selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur ! Non, la joie est intangible et relève de l’esprit, et ne peut être atteinte que si elle est émise par l’âme !
La Sagesse immémoriale ne doit toutefois pas être considérée comme une religion. Il ne s’agit que d’une philosophie, une recherche de la Vérité, une analyse et une prise en compte des forces sous-jacentes affectant la vie de l’homme et la contrôlant, ainsi que le reliant à son environnement et au reste de l’Univers. La Sagesse antique et toutes les religions sont fondées sur les mêmes concepts fondamentaux ; mais au lieu d’autoriser l’esprit en croissance de l’homme à agir librement dans sa recherche toujours plus approfondie de la Vérité, la hiérarchie religieuse et les théologiens ont tenté de limiter le champ de réflexion de leurs fidèles à des doctrines dogmatiques et figées. Sans prendre en compte les modifications constantes des conditions de vie et des relations humaines, ni davantage le développement continuel du mental des individus, des groupes et des nations, les théologiens s’accrochent désespérément à leurs dogmes, leurs conventions et leurs pratiques, qui furent instaurées il y a des centaines d’années lorsque les circonstances, les relations humaines, et particulièrement les idées générales, se trouvaient à de nombreux égards totalement différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui.
Les vérités de base, naturellement, demeurent immuables, mais ce que l’homme considère être la vérité ne représente que des facettes et des versions humaines des grandes vérités divines, qui dépassent l’entendement. C’est pourquoi, bien que la nature de base de ces vérités restera à jamais invariable, leur interprétation par l’homme sera effectivement sujette à des traductions et des expressions différentes et devra, par conséquent, être adaptée de temps à autre aux situations et aux perspectives humaines mouvantes, et dans certains cas également, sans aucun doute, à un discernement plus profond.
Le dogmatisme
En établissant des principes dogmatiques auxquels les membres d’une religion sont supposés se soumettre, l’autorité religieuse s’efforce de limiter la liberté de pensée et de discrimination objective, et ainsi de mener son troupeau sur le chemin étroit qu’elle semble considérer comme la seule direction valable. Mais en pratique, il existe en réalité des centaines de sectes et de religions différentes, chacune se targuant de détenir « la seule et unique voie vers le salut ». Leurs chefs, par ignorance, parviennent largement à limiter le développement mental et spirituel non seulement de leurs fidèles, mais d’eux-mêmes également. Le fait est que, dans une large mesure, ils se comportent comme de véritables perroquets répétant des doctrines prescrites, au lieu d’examiner ces questions par eux-mêmes. On se retrouve ainsi avec l’impression que beaucoup de ces théologiens ont peur de penser ou de conduire leurs arguments à leurs conclusions logiques, tant elles pourraient entrer en conflit avec leurs dogmes, conduire au doute et à l’incertitude, et saper leurs croyances établies.
Des milliards de chemins
La conclusion logique est qu’il est impossible qu’il n’existe qu’une voie unique de salut ; ni même seulement plusieurs centaines, telles que les recommandent autant de religions et de sectes. Non, il existe des milliards de chemins qui gravissent la montagne ; en réalité, il existe autant de chemins que d’âmes humaines en peine, car chaque âme individuelle doit trouver son propre chemin de retour vers la maison de Père, chacune selon ses caractéristiques, les circonstances, et l’étape de son développement ; et tandis qu’elles se trouvent stimulées par tant d’énergies et de forces différentes, l’hommes est poussé de l’avant ou retardé tout au long de son cheminement difficile vers l’ultime destination. Mais il faut bien comprendre qu’aucun de ces chemins n’est facile à suivre ; tous sont étroits, escarpés et parsemés d’obstacles. Certains pèlerins laissent leur attention se détourner, et plutôt que de suivre la route la plus courte possible, flâneront d’abord au gré des circonstances, explorant quelques chemins de traverses, perdant ainsi du temps avant de poursuivre leur difficile progression. D’autres, encore à moitié endormis, et comme atteints de cécité, trébuchent sur les obstacles, se blessant grièvement eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils aient appris leurs leçons et que, leur vision se clarifiant, ils réussissent à surmonter les difficultés et les pièges des chemins détournés.
Tous ces chemins, bien qu’ils puissent différer par leur itinéraire ou par certains détails, mèneront néanmoins à la destination, c’est-à-dire au Dieu Unique. Le sens de la divinité inhérent à tout cœur humain doit conduire finalement chaque âme individuelle à la synthèse avec l’UN.
Le rôle des Instructeurs
Les grandes religions du passé furent basées sur les enseignements dispensés par quelques personnalités spirituelles remarquables, ou Instructeurs, qui, il y a des siècles, apparurent à telle race ou dans telle région. L’influence de ces Vies, et leur parole, subsiste, bien qu’avec souvent de grandes distorsions, dans les religions qui se sont bâties sur leurs préceptes originaux. Ces Instructeurs étaient tous envoyés d’En Haut afin d’assurer le rôle de guide spirituel et d’aider les races occupant une région donnée. Leurs enseignements originaux étaient revêtus d’un langage et de symboles adaptés à la compréhension et à la situation des gens de cette époque. Au cours des années ultérieures, nombre des enseignements originaux furent adaptés par l’autorité religieuse afin de les rendre conforme à ses propres conceptions, avec, fréquemment, l’objectif d’asseoir son pouvoir sur la communauté, ou de maintenir son influence.
Qu’un homme, aujourd’hui, appartienne à telle ou telle religion, dépend surtout de sa famille, de sa communauté ou de sa religion d’origine. Fondamentalement, les diverses religions diffèrent relativement peu les unes des autres, et les différences proviennent principalement du fait de l’homme, lorsqu’il s’agit d’interprétations de la Vérité, de divers dogmes, ou de cérémonies rituelles, qui sont toutes d’origine humaine.
Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : religions, spiritualité
Rubrique : Esotérisme ()
