Partage international no 97 – septembre 1996
par Rana Abunameh
Créé en 1990, le Sommet mondial pour les enfants rassemble des enfants du monde entier qui travaillent au renforcement de l'ONU, d'abord en informant les enfants de leurs droits et de leur rôle pour en faire des partenaires avertis de cette organisation, ensuite en y faisant eux-même mieux entendre leur voix, ainsi qu'auprès des gouvernements et des médias.
Lycéenne de 16 ans, Rana est l'une des déléguées à ce Sommet. Elle vit à Amman, en Jordanie.
La paix est un rêve que toutes les nations s'efforcent de réaliser. Ici, au Moyen-Orient, nous avons très longtemps attendu de la voir prendre corps, au terme d'années vécues dans une atmosphère chargée, en particulier d'années de guerre. Aujourd'hui, la signature du Traité de Paix nous permet, et particulièrement à nous les enfants, d'envisager l'avenir d'une manière plus radieuse. Nous pouvons désormais nous sentir en sécurité et oublier la peur qui a longtemps couvert le ciel de notre région. Pour nous, la paix est comme un nouveau-né que l'on n'ose pas toucher de peur de lui faire du mal. Mais avec le temps, ce bébé grandira. En fait, il grandit à chaque battement de nos jeunes cœurs. Il circulera avec notre sang et deviendra partie intégrante de nous-mêmes. Pour les adultes de ma région, la paix est une idée neuve. Ils ont besoin de temps pour s'y faire et la comprendre, profondément et vraiment. Je ne les en blâme pas. Il est difficile d'accepter du jour au lendemain comme amis ceux que l'on a si longtemps considérés comme des ennemis. C'est vrai pour nous aussi bien que pour la nation israélienne. Il y faut du temps. Avec le temps, nos parents adoreront la paix, mais ils ont d'abord besoin d'en faire l'expérience.
Ce qu'il y a de merveilleux, avec la paix, c'est que non seulement elle nous donne une sécurité psychologique, mais qu'elle nous aide en plus à augmenter nos revenus, grâce au tourisme, comme nous le voyons aujourd'hui. Le fait que la Jordanie et Israël soient des pays voisins les aidera à renforcer leurs relations économiques. Les enfants jordaniens connaissent et apprécient pleinement les efforts faits par les Nations unies et par tous ceux qui nous ont aidés à planter les semences de paix et d'amour dans notre région, et à remplacer la haine par l'amour, la peur par la sécurité et la guerre par la paix. Comme je l'ai dit plus haut, la paix est quelque chose de nouveau, quelque chose que nous désirons par-dessus tout. C'est pourquoi je crois, depuis quelques temps, qu'il serait vraiment formidable de réunir des jeunes de Jordanie et d'autres pays de la région et d'Israël, pour qu'ils parlent ensemble de la paix et de la façon dont ils la vivent.
Comme je l'ai déjà dit, la paix, pour nous, est un nouveau-né qui a encore besoin de soins pour grandir. C'est pourquoi je crois qu'il serait merveilleux que les Nations unies et d'autres associations aident à l'étendre partout dans le monde ; en donnant, par exemple, dans toutes les régions en guerre, la possibilité aux enfants des deux camps de se rencontrer lors de sommets, de rencontres internationales, de camps…
En ce qui concerne mon expérience personnelle, j'ai d'abord fait partie d'une section « jeunes » d'Amnesty international où, par des ateliers, des rencontres, nous nous efforcions de faire prendre conscience aux enfants de leur rôle et de mieux les informer sur la Convention des droits de l'enfant. Puis j'ai rejoint l'Organisation des enfants pour les droits et l'environnement (CORE), où nous poursuivons une tâche analogue. Nous avons également pris part à un certain nombre de sommets hors de Jordanie. Le dernier, qui s'est tenu à Genève en 1995, fut l'une des expériences marquantes de ma vie. Il m'a permis de parler librement des problèmes auxquels ont à faire face les jeunes de ma région. J'ai en particulier eu l'honneur d'y rencontrer le Haut-Commisssaire aux droits de l'enfant, ainsi que d'autres membres du Comité.
Ce sont les enfants qui sont l'avenir, ce sont eux qui décident de ce qu'il sera, et de la forme que prendra la paix. Donnez-nous la possibilité d'essayer de jouer un rôle effectif dans l'instauration de cette paix sur la Terre. C'est nous qui sommes les plus concernés par ce qui se passe autour de nous. Alors, faites-nous confiance et aidez-nous à faire entendre clairement notre voix par les gouvernements et les décideurs du monde. Je voudrais, pour conclure, vous dire mon souhait de voir tous les enfants du monde vivre en paix et avoir la possibilité de vivre dans la sécurité, la stabilité et l'amour.
La paix
« Nous, les jeunes peuples de la Terre, avons la vision d'un monde uni par l'amour et la justice. C'est le partage et l'union de nos voix et de nos actions qui nous conduiront à la paix, à la prospérité, ainsi qu'à préserver cette planète. Nous demandons à tous les hommes de se joindre à nous pour assumer ensemble, en un partenariat mondial, les responsabilités qui sont les nôtres envers l'avenir de ce monde.
« Nous, les enfants de la Terre, aujourd'hui environ le tiers de la population mondiale, en représenterons très bientôt la moitié. Cela nous donne voix au gouvernement du monde. Ce que sera demain dépend de ce que nous faisons aujourd'hui. Nous espérons de tout cœur qu'enfants et adultes sauront s'associer pour créer un monde de compréhension et de respect mutuels. »
Extrait d'un guide rédigé par des délégués au Sommet mondial pour les enfant.
