L’effritement du système financier international

Partage international no 80avril 1995

« La fin du mercantilisme est maintenant à portée de main. D’une manière générale, les marchés boursiers tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui n’auront plus leur place dans la société nouvelle » (un collaborateur de Maitreya, Partage international, mai 1989).
« Comme nous l’avons déjà annoncé (PI, décembre 1988), un krach boursier prendra naissance au Japon. La Bourse est un véritable casino où les parieurs sont « accrochés » à l’espoir de gagner toujours plus. C’est une bulle sur le point d’éclater » (mai 1989).

Les marchés financiers ont de nouveau été secoués par une spéculation périlleuse. La prestigieuse banque Baring, la plus ancienne banque d’Angleterre, a fait faillite après la perte de plus d’un milliard de dollars résultant de placements hasardeux effectués par l’un de ses agents. Le fait qu’une personne seule puisse provoquer, en quelques semaines, la chute d’un établissement vieux de 233 ans, a provoqué une véritable onde de choc dans les milieux financiers.
A l’origine de cette affaire, on trouve un mauvais placement spéculatif sur le marché des produits dérivés. Ces produits sont des investissements à hauts risques dont la valeur fluctue en fonction d’une référence déterminée : actions, obligations, indices boursiers ou même, matières premières. L’agent de la Baring avait misé sur une augmentation de la Bourse de Tokyo. Celle-ci ne s’est pas produite, au contraire. Plus la baisse s’accentuait, plus les pertes de la banque s’accentuaient. Cette faillite a même contribué à accentuer la baisse de la Bourse nippone : plus de 4 % en un jour.
Suite à cette crise, le montant des nantissements requis pour autoriser un achat de produits dérivés a été réévalué. Mais cette mesure n’affectera probablement pas de manière significative ces transactions qui peuvent générer des pertes colossales en un temps record.
Choqué par la faillite de la Baring, un haut fonctionnaire britannique a exprimé le souhait de voir les marchés dérivés « totalement interdits » en Grande-Bretagne, arguant que « seule l’avidité » motivait les investisseurs pour ces produits.
Bien que l’annonce de la faillite de la « banque de la reine » ait provoqué un choc, elle n’est pas sans précédent. Ainsi, la spéculation sur les marchés dérivés avait été à l’origine de la récente banqueroute du Comté d’Orange en Californie.

Japon — Pendant des années, le Japon a joué le rôle d’un oncle d’Amérique, prêtant de l’argent aux membres de sa famille à travers le monde. Aujourd’hui la situation a changé : l’oncle doit emprunter et n’a plus rien à mettre de côté.
Certains économistes estiment que la dégradation de la situation financière japonaise pourrait entraîner une grave pénurie de capitaux dans le monde. Au cours des dernières années, l’équilibre du budget national et la forte épargne japonaise ont permis au pays de dégager des excédents financiers qui ont été investis dans le monde entier. Mais depuis trois ans, l’économie est entrée en récession et le rendement de la fiscalité a chuté. Le Japon a enregistré un déficit significatif (5,7 % de son produit national brut), supérieur même au déficit américain qui frôle la barre des 3 % du PNB. Le séisme de Kobe et le coût gigantesque de la reconstruction vont renforcer la pression qui pèse sur l’économie.
Cette année, le Japon devrait devenir le premier pays émetteur de bons du Trésor (documents qui font office de reconnaissance de dettes). Selon les analystes, si moins de capitaux japonais sont disponibles pour financer la dette des autres pays et si les Japonais, ou d’autres créanciers conjointement, émettent de nouveaux bons du Trésor, on peut s’attendre à une pénurie de capitaux et une montée consécutive des taux d’intérêt dans le monde entier. A Tokyo, le milieu des agents de change est en pleine déconfiture. Face aux pertes sur le long terme subies sur le marché financier, les sociétés d’investissement japonaises se trouvent dans l’incapacité de verser leurs salaires à des dizaines de milliers d’employés. Selon le New York Times, le marché « ressemble maintenant à une ville fantôme ». Les compagnies étrangères se retirent de la Bourse de Tokyo. Sur les 127 sociétés étrangères enregistrées, 34 ont déjà quitté la place depuis le retournement du marché. Les cadres japonais portent un jugement lugubre sur le marché boursier : « Il ressemble à un homme alité ; il est paralysé… » Selon Tsugio Tajiri, professeur de finances à l’Université internationale de Tokyo, nous sommes « au début de la crise et non à la fin ». Il affirme que l’intervention du gouvernement sur le marché financier a provoqué de sérieuses perturbations. « Cela signifie la mort de la Bourse », ajoute-t-il.

Mexique — La crise économique provoquée par la dévaluation du peso continue à plonger le Mexique dans la confusion. Les taux d’intérêt ont grimpé à 17 % l’an et le peso a poursuivi sa baisse face aux autres devises, en dépit de l’aide internationale de 50 milliards de dollars. La bourse mexicaine baisse continuellement et a même perdu récemment 15 % en une seule semaine. Contrairement aux objectifs fixés par le gouvernement, l’inflation devrait largement excéder 19 % : les prix ont augmenté de 70 % au cours du seul mois de février.
Le niveau élevé des taux d’intérêt va briser la capacité des entreprises à emprunter et va entraîner un ralentissement de la production. Un certain nombre de sociétés ont déjà recours aux licenciements massifs. Au cours des deux derniers mois, 250 000 emplois ont été perdus, soit 1 % des 26 millions de salariés. Les économistes annoncent que la perte de ces emplois et des revenus afférents aura des répercussions sur la consommation qui pourrait chuter de 40 milliards de dollars. De même, l’incapacité des ménages à rembourser leurs emprunts, entraînerait une perte sèche de 25 milliards de dollars.
Les problèmes du Mexique ont été exacerbés par le fait que le pays était un véritable eldorado pour « l’argent vite gagné », les « capitaux spéculatifs », comme disent les économistes. Selon le San Francisco Chronicle, cet argent « n’a pour seule patrie que les investissements à retour rapide et faible risque, et il traverse les frontières comme une déferlante pilotée par simple pianotage sur le clavier d’un ordinateur ».
Nul ne s’attend à voir la situation se calmer à court terme. Benjamin Miranda, un chef d’entreprise mexicain, conclut que « les gens ici en ont assez des mesures draconiennes. Nous avons l’impression d’être dans un autocuiseur à pression sur le point d’exploser ».

Chine — A Shanghai, les agents de change ont tout misé sur la hausse des taux d’intérêt et se sont risqués à jouer cent milliards de dollars — soit 20 % du PNB chinois — sur le marché des obligations à terme, menaçant de provoquer la faillite de l’une des plus grandes maisons de change, la Shanghai International. La Bourse a dû être fermée avant la clôture et les contrôleurs ont annulé l’ensemble des transactions passées dans les huit minutes précédant cet arrêt impromptu. Ces huit minutes avaient vu 37 milliards de dollars partir en fumée.
Cet événement constitue un coup dur pour la Bourse chinoise, créée il y a quelques années par le premier ministre Li Peng, à titre « expérimental ». Ce scandale et le flot de nouvelles réglementations qui ont suivi vont contribuer à retarder le projet de doter la Chine d’un marché boursier de stature internationale à même d’attirer les capitaux étrangers pour financer le développement. Le gouvernement avait justement prévu d’émettre 17,6 milliards de dollars de nouveaux bons du Trésor, afin de financer son déficit budgétaire et ses projets d’infrastructures. La dernière crise ne sera guère de nature à favoriser la ruée des investisseurs.


Sources : New York Times, San Francisco Chronicle, E.-U.
Thématiques : Économie
Rubrique : Faits et prévisions (Au fil des années, Partage international a régulièrement publié des articles soulignant les attentes de Maitreya, telles qu'elles ont été présentées par l'un de ses collaborateurs vivant à Londres au sein de la même communauté, à propos d'un certain nombre de changements politiques, sociaux, écologiques et spirituels devant se produire dans le monde. Périodiquement, Benjamin Creme et son Maître ont également partagé leur point de vue sur les développements à venir. Dans cette rubrique intitulée « Faits et Prévisions » notre rédaction analyse les nouvelles, les événements et les déclarations ayant un rapport avec ces prévisions et points de vue.)