Les coûts croissants de la guerre en Irak

Partage international no 195novembre 2004

Les experts estiment que si la Maison Blanche persévère dans sa politique, on peut s’attendre à une intensification des actions militaires en Irak. Pire, à ce qu’elles ne se limiteront pas à ce pays.

Les derniers rapports publiés par l’Institute for Policy Studies devraient faire réfléchir à deux fois toute Administration sur ce genre de situation. L’un d’eux, publié récemment, Foreign Policy in Focus, montre que ce que l’on a appelé la « phase de transition » s’est révélée la plus coûteuse en vies humaines. Il présente des faits et des chiffres qu’auraient besoin de connaître tous les électeurs américains qui se préparent à voter. En particulier que les pertes, tant américaines qu’irakiennes, se sont accrues depuis le 28 juin 2004.

Une fois de plus, le spectre du Vietnam plane sur le régime Bush : « Cela ressemble de plus en plus à un « remake » de la guerre du Vietnam, déclare le directeur de cet Institut, John Cavanagh. Il est étonnant de voir comme le nombre mensuel des pertes américaines subies durant la prétendue période de transition devant préparer l’Irak à exercer sa souveraineté démocratique dépasse celle des six premières semaines de son invasion. » Ce rapport détaille le nombre de morts recensés jusqu’au 22 septembre 2004 :

– 1 040 soldats américains, depuis le 19 mars 2003 (début des opérations) – sur un total de 1 175 pour l’ensemble des troupes de la coalition ;

– 925 d’entre eux sont morts après que le président Bush a déclaré la fin des hostilités le premier mai 2003.

– Plus de 7 413 soldats américains ont été blessés depuis le début de la guerre, dont 6 953 (94 %) depuis la fin officielle des opérations.

– On évalue à 154 le nombre d’entrepreneurs, missionnaires et employés civils tués depuis le premier mai 2003, parmi lesquels on a identifié 52 Américains.

– 44 journalistes et personnes travaillant pour les médias internationaux sont morts (dont 33 depuis que le président Bush a décrété la fin des opérations), dont 8 étaient américains.

Les rapports montrent qu’il y a eu, depuis l’invasion de l’Irak, un accroissement du terrorisme, de ses victimes et des menaces qu’il fait peser. Selon l’Institut international d’études stratégiques basé à Londres, les membres d’Al Qaïda sont maintenant 18 000, dont 1 000 sont à pied d’œuvre en Irak. Le rapport 2003 du Département d’Etat, Patterns of Global Terrorism, a recensé 625 morts et 3 646 blessés par suite d’attaques terroristes pour cette même année. Il reconnaît que le nombre « d’incidents significatifs » est passé de 60 % du total des attentats pour l’année 2002 à 84 % pour 2003.

Les Etats-Unis sont en train de perdre leur crédibilité aux yeux du monde : les élections qui ont eu lieu dans divers pays montrent que la guerre en Irak a largement entamé la confiance envers le gouvernement américain et son statut international. En particulier, les résultats de consultations électorales qui se sont tenues dans huit pays européens et arabes indiquent un large accord des citoyens pour reconnaître que cette guerre a gêné plus qu’elle n’a aidé la lutte contre le terrorisme. Aux Etats-Unis mêmes, 52 % des citoyens interrogés par le Annenberg Election Survey désapprouvent la politique de Bush.

Une étude menée par l’armée américaine a montré une baisse de moral chez 52 % des soldats, trois-quarts d’entre eux ayant même l’impression de ne plus être vraiment dirigés. Ils déplorent qu’il ait fallu attendre juin 2004 pour que tous soient équipés de gilets pare balle, de sorte que nombre de familles ont dû payer l’équipement de leur fils sur leurs propres deniers.

Le coût de la guerre dépasse déjà de loin ce qui avait été prévu. Le rapport de l’Institut rappelle que le Congrès avait approuvé un budget de 151,1 milliards de dollars. Mais ce dernier s’attend à se voir demander de dégager un supplément de 60 milliards de dollars après l’élection.

La famille américaine moyenne pourrait être choquée d’apprendre que l’économiste Doug Henwood a estimé que la guerre coûtera au moins 3 415 dollars à chaque foyer ; tandis qu’un de ses collègues, James Galbraith, de l’Université du Texas, prédit que si, dans un premier temps, la guerre a stimulé l’économie, elle pourrait conduire à plus ou moins long terme à une décennie de troubles économiques, en particulier à un accroissement du déficit public et de l’inflation. En août, le prix du pétrole a atteint son plus haut niveau depuis 1983. On estime que le maintien pendant un an du prix du baril autour de 40 dollars [prix qui était début octobre de 52 dollars] provoquerait une baisse du PIB (Produit intérieur brut) de plus de 50 milliards de dollars.

Bilan côté irakien depuis le début de l’invasion jusqu’au 22 septembre 2004 :

– entre 12 800 et 14 843 civils morts ;

– 40 000 blessés ;

– entre 4 895 et 6 370 tués chez les soldats et les rebelles, lors des offensives massives.

L’armée américaine a utilisé des armes comportant de l’uranium appauvri. Le Pentagone lui-même reconnaît que les forces américaines et britanniques ont déversé entre 1 100 et 2 200 tonnes de bombes faites de métaux toxiques et radioactifs durant la campagne de bombardement de 2003.

Les 151,1 milliards de dollars dépensés par l’Administration américaine auraient pu diviser par deux la faim dans le monde et financer les médicaments contre le sida, la vaccination des enfants, l’assainissement de l’eau et l’amélioration de la situation sanitaire des pays en développement pendant plus de deux ans.


Sources : Institute for Policy Study, E.-U.
Thématiques : politique, Économie
Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)