Partage international no 194 – octobre 2004
Cigdem Yildiz entre en scène et s’adresse directement aux spectateurs : « Je ne veux pas me contenter de constituer mon trousseau. Je veux aussi aller à l’école et posséder mes propres livres. » Elle ne fait que répéter ce qu’elle a dit des centaines de fois à ses parents en voyant d’autres enfants se rendre à l’école. Dans sa province natale de Van, au sud-est de la Turquie, les filles ne sont pas envoyées à l’école, puisqu’elles sont destinées à passer toute leur existence à la maison. Elles se préparent à se marier très tôt. Et apprennent à se taire. Mais, ce soir-là, leur silence vole en éclats.
En 2000, alors qu’elle croyait qu’elle n’aurait plus jamais l’occasion d’apprendre, le district de Muradiye a ouvert une école primaire aux filles qui n’avaient jamais été scolarisées. Cette école faisait partie d’un réseau couvrant cinq provinces, fondé par la Fondation pour le développement de la Turquie, l’Organisation internationale du travail, le Programme des Nations unies pour le développement, le Fonds pour la population des Nations unies et l’Unicef.
Ces écoles servent aussi de lieux de rencontre, ce qui est très appréciable pour les filles qui n’ont que rarement l’occasion de sortir de chez elles. Elles organisent des sorties d’études dans les provinces voisines. A l’école de Muradiye, Cigdem a fondé un club de théâtre avec d’autres élèves. Avec l’aide de quelques garçons du district, elles ont écrit et mis en scène collectivement une pièce à laquelle elles ont donné le nom d’une fleur qui perce la neige des montagnes : Kardelen.
Cette pièce ne s’est pas contentée d’un public local. Elle s’est jouée dans la capitale de la province, est passée sur la chaîne régionale de télévision, avant d’être jouée deux fois à Istanbul. Elle a été vue par des enfants de toutes les régions de Turquie et par les ministres de l’Education et de la Culture, contribuant ainsi à transformer les attitudes concernant les filles, la tradition et l’éducation. Surtout, elle a transformé les filles elles-mêmes. Avant Kardelen, elles étaient rejetées du système scolaire ; à présent, ce sont de jeunes femmes pleines de confiance qui veulent devenir enseignantes, médecins ou avocates.
Turquie
Sources : Unicef
Thématiques : Société, éducation
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
