Les mémoires de la reine Noor de Jordanie

Un livre de la reine Noor de Jordanie : Leap of Faith, Mémoirs of an Unexpected Life

Partage international no 194octobre 2004

par Marijke op ten Noort

 Les « mémoires » auxquelles il est fait allusion dans le titre de l’autobiographie de la reine Noor de Jordanie, Leap of Faith : Memoirs of an Unexpected Life, font principalement référence à la vie de son époux, le roi Hussein et à leurs souvenirs communs.

Noor, qui s’appelait alors Lisa Halaby, a rencontré le roi Hussein de Jordanie en 1977 alors qu’elle était veuve et mère de huit enfants. Ils se marièrent en 1978. Elle fit le choix de se convertir à l’Islam qu’elle décrit comme étant la première religion pour laquelle elle se sentit attirée. Elle parle de la simplicité d’une relation directe avec Dieu et de l’accent mis par l’Islam sur la justice. Elle cite le prophète Mahomet : « Aucun d’entre vous ne sera un véritable croyant tant qu’il ne souhaite à son frère ce qu’il souhaite pour lui-même. »

Noor est issue d’une famille arabo-américaine très connue. Son père fut un homme d’affaires réputé, un haut fonctionnaire et conseiller du président J.F. Kennedy pour les questions de circulation aérienne. Sa mère, qui était américaine, a travaillé activement pour améliorer les relations entre les Etats-Unis et les nations arabes, et s’est également impliquée dans des actions en faveur des réfugiés palestiniens.

A l’époque où elle étudia l’architecture à l’Université de Princeton, Noor participa à des marches contre la guerre au Vietnam et à des mouvements pour les droits civils ; elle développa un point de vue critique sur la politique étrangère américaine. En 1975, à l’âge de 24 ans, elle travailla comme architecte pour un projet important à Téhéran. Elle apprit l’arabe et se familiarisa avec la culture et la structure sociale de l’Iran. Il lui apparut clairement que, dans les pays occidentaux et en particulier aux Etats-Unis, il existait une profonde méconnaissance et une incompréhension de l’Islam ; elle consacra alors énormément de temps et d’argent pour établir des ponts entre les différentes cultures.

L’ouvrage de la reine Noor développe un point de vue très intéressant sur le conflit entre l’Est et l’Ouest, il reprend aussi une chronique détaillée de l’implication de la Jordanie dans cette crise toujours non résolue et dont dépend la stabilité du monde.

Hussein devint roi de Jordanie à 17 ans, suite à une décision prise par le Parlement jordanien en 1952 de démettre de son trône le roi Talal, père d’Hussein, suite à des problèmes de santé mentale. A cet âge, il faisait ses études et complétait sa formation d’officier en Grande-Bretagne mais, à partir de l’âge de 18 ans, il se consacra exclusivement au gouvernement de la Jordanie.

Le problème palestinien constitue un thème très important qui revient de manière récurrente dans les écrits de Noor. Au fil du temps, plus de 1,5 million de réfugiés palestiniens se sont installés en Jordanie grâce à la générosité du roi et à sa compassion pour la souffrance du peuple palestinien. Hussein fut le seul chef d’Etat à offrir la citoyenneté aux réfugiés, avec pour résultat que la population jordanienne a pratiquement doublé, ce qui eut pour effet de mettre à mal les ressources du pays. Dès 1977, la seconde et troisième génération de réfugiés apparurent dans les camps de réfugiés palestiniens. Noor témoigne : «Ce n’est que lorsque j’ai commencé à vivre en Jordanie que j’ai mesuré l’énormité de cette tragédie humaine. Beaucoup ne voulaient pas quitter leur tente pour une situation moins précaire de peur de perdre leur statut de réfugié et avec celui-ci le droit de retour à leur terre. Ils conservaient des lambeaux de documents avec lesquels ils s’étaient enfuis plus de 30 ans auparavant, afin de prouver leur droit de propriété sur les terrains et les habitations dont ils avaient été chassés ; certains continuent à porter la clé de leur maison autour du cou. »

La résolution 242

En mai 1967, durant la guerre de six jours, 700 soldats jordaniens furent tués et plus de 6 000 blessés. La Jordanie perdit alors la moitié de son territoire. L’intégralité de la Cisjordanie, avec ses terres fertiles, fut occupée par Israël. Cinq mois après la guerre, le roi Hussein se rendit aux Nations unies, à New York, afin de chercher avec Mahmoud Riad (ministre égyptien des Affaires étrangères), Abba Eban (ministre israélien des Affaires étrangères) et Arthur Goldberg (ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies) une solution pacifique et équitable au conflit. Leurs efforts aboutirent à la résolution 242, baptisée Des territoires en échange de la paix, qui fut adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité. Le roi Hussein accepta cette résolution car il crut aux assurances qui lui étaient données que celle-ci serait réalisée sur le terrain au plus tard dans les six mois. Aujourd’hui, trente-six ans plus tard, la résolution n’est toujours pas appliquée.

La reine Noor décrit également le désespoir et le sentiment d’impuissance de son mari lorsqu’il se rendit compte pour la première fois que les leaders occidentaux de la coalition de 1991 contre l’Irak, n’avaient même pas essayé de rechercher une solution pacifique. Elle parle de sa propre rage et de sa frustration par rapport au double langage des Occidentaux sur la question du Moyen-Orient et du soutien que les Etats-Unis octroient à Israël au mépris, le plus souvent, des droits des populations arabes ; sans oublier les résolutions de l’Onu et les traités internationaux qui sont simplement ignorés.

En tant que jeune reine, Noor n’était pas prête à vivre comme une icône. Elle a agi en tant que femme libre qui a taillé un rôle à sa mesure ; elle est connue pour son travail en faveur des Nations unies, pour ses campagnes au nom de réfugiés, pour son implication dans les questions relatives aux femmes et aux enfants et pour son soutien aux campagnes contre les mines antipersonnel et à celles développées en faveur de l’environnement. Elle s’intéresse aussi au développement durable et a très rapidement compris la nécessité d’une approche multilatérale et coordonnée pour résoudre les problèmes régionaux et internationaux.

Une tentative de médiation

La citation suivante est tirée de la préface de l’autobiographie ; elle illustre parfaitement la personnalité du défunt roi de Jordanie et de la reine Noor : « Travaille pour la vie sur cette Terre comme si tu devais vivre éternellement. Travaille pour ta vie au ciel comme si tu devais mourir demain.» La reine Noor a fait don des recettes de la vente de son livre en faveur de la fondation Roi Hussein, qui se consacre à la poursuite du travail humanitaire du roi Hussein aux Etats-Unis et en Jordanie.

Les lecteurs de Partage international se souviendront que dans son numéro de janvier/février 2002, le Maître de Benjamin Creme a confirmé que Maitreya était intervenu personnellement dans la crise résultant de la guerre des six jours et avait conseillé au défunt roi Hussein d’abandonner la souveraineté sur la Cisjordanie (aux mains des Israéliens depuis la guerre) ce que fit effectivement le souverain. Celle-ci, avec la bande de Gaza, est appelée à former le futur territoire du peuple palestinien. Il est intéressant de noter que, d’après le Maître de Benjamin Creme, la Guerre du Golfe de 1991 n’était pas inévitable et qu’une solution diplomatique aurait pu être trouvée (PI, mars 1991). Après l’occupation du Koweït par Saddam Hussein, le roi Hussein fit une tentative de médiation ; suite à celle-ci, Saddam Hussein accepta de retirer son armée du Koweït. Cet effort de médiation fut considéré par les puissances occidentales comme un signal d’approbation de l’occupation du Koweït ; en conséquence, la Jordanie fut punie pendant des années par un embargo sur le commerce et un boycott économique implacables menés principalement par les Etats-Unis.

Queen Noor, Leap of Faith : Memoirs of an Unexpected Life. Miramax, 2003. ISBN0-7868-6717-5.

Jordanie Auteur : Marijke op ten Noort, correspondante de Partage international aux Pays-Bas.
Thématiques : politique, spiritualité
Rubrique : Compte rendu de lecture ()