Partage international no 125 – février 1999
par Nabil Matraji
Le Liban, pays des commerçants phéniciens, des inventeurs de l’alphabet et de la plus célèbre université de l’empire romain, n’a jamais été riche en ressources minières ; sa véritable richesse est d’ordre spirituel. De grands « saints » ont foulé cette terre sacrée : Maron, Charbel, Rafka et Hardiny, pour n’en citer que quelques-uns. L’un d’entre eux, Al-Hardiny, a été récemment béatifié par le pape Jean-Paul II, et le Maître de Benjamin Creme a indiqué que c’était un initié de 4e degré1.
Joseph Kassab, mieux connu sous le nom d’Al-Hardiny, est né en 1808, à Hardine, un village situé au nord du Liban, dans une pieuse famille maronite de six enfants, dont il était le quatrième. Dès son plus jeune âge, Joseph s’adonnait à des pratiques religieuses, préférant consacrer son temps à la prière, plutôt que de jouer avec les autres enfants ou de participer à la vie sociale. Sattoot, qui avait le même âge que lui, a raconté soixante-dix ans plus tard que, lorsqu’elle était petite fille, Joseph Kassab et elle avaient l’habitude de garder les vaches ensemble dans les pâturages. « Il me demandait toujours, explique-t-elle, de m’occuper de ses vaches, prétextant qu’il était fatigué et voulait dormir. Mais, en fait, il se rendait dans une grotte où, à genoux, il priait pendant des heures devant un autel consacré à saint Jean. »
Il reçut une bonne éducation dans tout ce qui touche au domaine religieux et il apprit à lire l’arabe et le syriaque. A l’âge de vingt ans, Al-Hardiny renonça à tous ses biens terrestres et entra en religion. Il fut ordonné prêtre et passa rapidement du poste de professeur adjoint de théologie à celui de directeur d’école à Kfifan, pour devenir par la suite professeur de théologie morale et, sept ans plus tard, assistant général. Son mandat fut renouvelé deux fois au cours des treize années qui suivirent, jusqu’à ce qu’il contracte une pleurésie et meure le 14 décembre 1858, à l’âge de 50 ans.
Un mystique à l’esprit pratique
Al-Hardiny n’a jamais été enclin à faire preuve d’autorité au sein de son ordre. « Même lorsqu’il devint assistant général, raconte le père Al-Kafri, son biographe, il demeura humble et refusa d’avoir un serviteur particulier à son service, comme c’était la coutume à l’époque. »
Le père Hardiny était un mystique à l’esprit pratique ; il n’accepta jamais de vivre dans un ermitage, habitude pourtant fort répandue chez les premiers moines libanais. Il pensait au contraire que ceux qui affrontent les problèmes de la vie quotidienne ont un plus grand mérite. La vie ordinaire est un martyre continuel, faisait-il remarquer, car le moine doit toujours être un exemple pour ses frères, et se garder de devenir une source de scandale, alors que l’ermite vit seul, loin de toutes les tentations extérieures. Al-Hardiny était d’avis que chacun doit trouver sa propre vocation, certains préférant la solitude et d’autres la vie commune.
Il était contre les règles sévères et rigoureuses. Lorsqu’on introduisit une nouvelle règle interdisant aux moines de fumer, Al-Hardiny fut l’un des seuls à oser protester, faisant calmement remarquer : « Nous devrions alléger la charge que nous mettons sur les épaules du moine et sur sa conscience car plus la pression est grande, plus grand est le risque d’explosion. Si la voûte est trop cintrée, elle finira pas s’effondrer », ajouta-t-il.
La vie du père Hardiny fut dominée par deux rayons majeurs (voir sa structure de rayons1). Le 6e rayon de sa personnalité se combinant au 3e rayon de son âme et de son corps mental en fit à la fois « un homme de Dieu et un homme de science ».
Sa personnalité de 6e rayon se manifesta clairement dans son amour illimité et dans sa profonde dévotion au Christ et à la Vierge Marie. « Prier sans cesse », telle était la devise d’Al-Hardiny qui ne faisait jamais la sieste l’après-midi et, en fait, ne cessait jamais de prier. Alors que tous les autres se retiraient dans leurs chambres avant minuit, il restait dans l’église jusqu’aux prières du matin. L’évêque Youssef Mahfouz en parle en ces termes : « Il se montrait d’une grande gentillesse envers les autres ; la bonté de son caractère et ses qualités faisaient de lui quelqu’un qui s’efforçait d’éviter toute occasion de blesser qui que ce soit. Alors qu’il était strict envers lui-même, il manifestait la plus grande indulgence à l’égard des autres moines. »
En plus des qualités de sa personnalité de 6e rayon, Al-Hardiny manifesta les qualités du 3e rayon de son âme et de son corps mental dans son travail intellectuel et philosophique. Professeur de théologie, il était spécialement versé dans la morale et il se rendit également célèbre dans l’art de la reliure. Si l’on en croit son biographe : « Alors que le père Hardiny était un moine strict et austère, c’était également quelqu’un qui attachait une grande importance au savoir et à la culture. Il fut le promoteur de la renaissance culturelle dans l’ordre maronite des moines du Liban, et un professeur émérite. Il aimait ses étudiants et se souciait toujours de leur bien-être et de leur éducation. Il voulait que tous les moines reçoivent une solide éducation afin d’être capables de remplir au mieux leurs fonctions sacerdotales. »
Un modèle de détachement
De toute évidence, Al-Hardiny était passé maître dans l’art du détachement qui est, par excellence, la note-clé du disciple qui a passé l’initiation de la Grande Renonciation. Alice Bailey affirme dans son ouvrage Initiation humaine et solaire que « la vie d’un homme qui passe la quatrième initiation est généralement une vie de grands sacrifices et de souffrances. Il faut renoncer à tout, à ses amis, à l’argent, à sa réputation, à son caractère, à sa position sociale, à sa famille et même parfois à la vie elle-même ».
Selon Youssef Mahfouz : « Al-Hardiny était totalement détaché, même de ses parents. Il quitta Hardine pour entrer dans les ordres et il ne revit jamais ses parents ni son village. S’il devait se rendre dans cette direction, il le faisait de nuit, afin que personne ne puisse le voir. Il n’essayait jamais de plaire aux gens, il ne se souciait pas de nourriture ni de boisson, il ne mangeait jamais de viande, excepté lorsque ses médecins et ses supérieurs le lui ordonnaient et il restait d’humeur égale devant le chagrin comme devant les événements heureux. »
Fidèle à ses qualités et à ses vertus, il vécut sa vie en accord avec la devise « Ora et Labora » (prière et travail). Ainsi, Al-Hardiny qui, d’après ses contemporains, était toujours jovial, devint un modèle à suivre et un exemple pour son entourage. Son plus célèbre disciple, le père Charbel Makhlouf est maintenant un des Maîtres de Sagesse2.
Peu après la mort d’Al-Hardiny, sa tombe fut ouverte et l’on constata que son corps était resté totalement intact, sans le moindre signe de décomposition. Après plusieurs miracles posthumes, sont corps fut exhumé et placé près de l’église, dans un cercueil devant lequel, 148 ans après sa mort, chrétiens et non chrétiens continuent de se recueillir.
Des miracles
Quelques-uns des miracles accomplis par Al-Hardiny durant sa vie sont relatés dans l’enquête qui a été réalisée dans le but de confirmer sa sainteté. Dans l’un des épisodes racontés, le frère responsable des provisions du monastère vint avertir son supérieur qu’il restait peu de nourriture dans la réserve. Le supérieur alla vérifier les récipients contenant le blé et constata qu’ils étaient à moitié vides. Il revint avec Hardiny qui se tint à la porte, bénit l’eau, en aspergea les récipients, puis s’en alla. Un peu plus tard, le frère chargé des provisions s’écria joyeusement : « Les récipients sont remplis à ras bord. »
Une autre anecdote concerne le frère Maroun Maifouki qui faisait du feu afin d’empêcher les nombreuses fourmis d’emporter les grains de blé. Le père Al-Hardiny demanda au moine de le suivre, bénit de l’eau et demanda au frère d’en asperger le blé et les fourmis. Le lendemain, le frère Maroun remarqua que les fourmis emportaient seulement l”ivraie et laissaient le blé en place. Tout étonné, le moine rapporta l’événement à Al-Hardiny qui lui demanda de n’en souffler mot à personne.
Un autre exemple illustre les pouvoirs du père Hardiny. Cette fois-là, un gardien de chèvres vint lui demander de bénir de l’eau. L’une de ses chèvres était mourante mais, dès que le berger l’eut aspergée avec l’eau bénite, elle se leva et retourna dans le pâturage.
Après sa mort, de nombreux miracles furent accomplis par le père Hardiny, au bénéfice de musulmans comme de chrétiens.
Une femme druze qui était stérile avait fait le vœu, si elle avait un enfant, de se rendre avec lui sur la tombe d’Al-Hardiny. Elle avait également promis de le faire baptiser, mais elle n’avait pas osé en parler à son mari. Quelques temps après la naissance de l’enfant, elle se mit en route pour Kfifan, afin d’accomplir sa promesse. Chemin faisant, elle se demandait avec appréhension comment dire à son mari qu’elle avait promis de faire baptiser le nouveau-né. Lorsqu’elle arriva au pont de Madfoun, à environ trois heures de sa destination, elle remarqua que l’enfant ne bougeait plus. Elle le secoua, mais en vain, l’enfant était mort. Elle eut peur mais ne dit rien à son mari et continua à porter l’enfant mort jusqu’à la tombe. Là, elle le plaça près du cercueil et se retira à l’écart pour pleurer. Elle craignait que son mari la punisse et lui reproche la mort de leur unique enfant. Cependant, elle avait la plus grande confiance dans le père Hardiny. Ses larmes étaient à la fois des larmes de crainte et d’espoir. Une fois de plus, ses souhaits furent exaucés et l’enfant se mit soudain à pleurer. Un moine sorti du monastère et l’appela en disant : « Madame, venez, votre enfant pleure. » « Quoi ? mon enfant ne peut pas pleurer, il est mort. » Elle se précipita à l’intérieur et constata que l’enfant pleurait. Elle le prit alors dans ses bras en s’exclamant : « Mon enfant était mort et maintenant il est à nouveau en vie ! » Elle commença à louer le Seigneur et à crier si fort que tous les occupants du monastère vinrent voir ce qui se passait. Son mari et sa famille apprirent toute la vérité au sujet de ses vœux et acceptèrent que l’enfant soit baptisé.
Une autre anecdote concerne Mariam Semaan qui travaillait comme femme de ménage au monastère de Kfifan. Dans sa jeunesse, elle avait connu le père Al-Hardiny et elle avait même vu son corps lorsqu’on avait ouvert sa tombe. Plus tard, Mariam eut une maladie des yeux et perdit complètement la vue. Un jour, alors qu’elle pleurait sur son sort, elle se souvint que Dieu avait accompli des miracles grâce à l’intercession du père Al-Hardiny. N’ayant pas d’argent, elle demanda à son père un cent car ils étaient très pauvres : « Je voudrais l’offrir à saint Al-Hardiny afin qu’il me guérisse les yeux. » Cependant, le lendemain matin, à son réveil, elle réalisa qu’elle avait recouvré la vue. « Mes yeux, raconte-t-elle, brillaient comme des diamants ; 65 ans ont passé depuis et je n’ai jamais plus souffert des yeux. »
L’évêque Joseph Al-Khazen a raconté : « Ma défunte mère avait un œil faible et elle fut frappée d’une maladie douloureuse qui lui fit perdre la vue de l’autre œil. Les médecins essayèrent en vain de soulager la douleur. Une nuit, celle-ci fut si forte que ma mère fit appel au père Al-Hardiny afin qu’il la guérisse. Elle promit de lui offrir une chaîne en or en signe de gratitude, puis elle s’endormit. Au cours de la nuit, elle vit en rêve un moine placer la main sur sa tête, en disant : « Calme-toi, ma fille, ta vue sera guérie. » Le lendemain, elle nous annonça joyeusement qu’Al-Hardiny lui était apparu et lui avait dit qu’elle serait guérie. Peu de temps après, elle fut effectivement guérie, son œil redevint parfaitement normal. »
La béatification
Le 7 septembre 1989, le pape Jean-Paul II promulgua un décret donnant au père Al-Hardiny le titre de « vénérable ». En 1996, au cours du mois de mai, une enquête de béatification fut menée afin d’authentifier un autre miracle qui s’était produit grâce à l’intercession d’Al-Hardiny. L’enquête fut centrée sur le cas d’André Najm, un jeune Libanais en phase terminale d’une leucémie, qui avait demandé au père Al-Hardiny de l’aider et qui fut totalement guéri. Un an plus tard, le 7 juillet 1997, le pape Jean-Paul II promulgua un décret confirmant l’authenticité de ce miracle et le Vénérable Al-Hardiny fut béatifié le 10 mai 1998, jour du premier anniversaire de la visite historique du pape au Liban.
1. Al-Hardiny – Structure de rayons : Ame : 3 ; personnalité : 6/4 ; corps mental : 3/7 ; corps astral : 4/6 ; corps physique : 3/7. Niveau d’évolution : 4,0. (Benjamin Creme, la Mission de Maitreya, tome III)
2. Voir l’article sur Charbel Makhlouf dans Partage international, mars 1998.
Bibliographie : The Blessed Nimatullah Kassab Al-Hardiny (brochure) de l’évêque Youssef Mahfouz, publié par l’Ordre maronite libanais, 1998 ; et également : The Daily Star ; L’Orient-Le Jour ; Al-nahar ; Al-anwar.
Liban
Auteur : Nabil Matraji, correspondant P I au Liban
Thématiques : signes et miracles, spiritualité
Rubrique : Divers ()
