Pourquoi a-t-on faim dans le monde ?

Partage international no 183novembre 2003

C’est sous ce titre choc que le New York Times apublié un long article sur les raisons de la persistance de la faim en Afrique. L’auteur, Barry Bearak, voulant explorer le « mécanisme de la famine », a commencé par passer quelques semaines dans des villages du Malawi. Il décrit le voyage de la faim d’un certain nombre de personnes durant les mois de disette, (de décembre à mars, période de croissance de la végétation). Ainsi que le dit un des villageois : « On ne peut s’habituer à la faim. Il y a toujours quelque chose qui bouge dans l’estomac. On sent qu’il est vide. Les intestins travaillent sans cesse. Ils sont vides, eux aussi, et cherchent quelque chose pour se remplir. »

Le Malawi, comme beaucoup d’autres pays africains, est « accoutumé » à la faim, et l’année dernière a été la pire de celles qu’il a connues récemment. Ce fléau a probablement fait des milliers de victimes. Le premier symptôme, comme le raconte une femme qui a vu mourir son mari, ce sont les pieds qui gonflent, puis le corps entier.

D’une manière plus générale, B. Bearak explique que « même de simples petites ruptures dans une alimentation régulière suffisent souvent à entrouvrir la porte entre ce qui est normal, c’est-à-dire une malnutrition chronique, et ce qui est exceptionnel, la famine. La faim et la maladie se renforcent alors l’une l’autre, conduisant à la mort ».

Elargissant encore son point de vue, le journaliste fait remarquer que les nations africaines s’enfoncent davantage chaque année dans la pauvreté, la faim et la maladie. Leur part dans le commerce et les investissements internationaux s’est effondrée. « Le revenu par habitant est inférieur à ce qu’il était dans les années 1960, la moitié de la population vivant avec moins de 65 centimes d’euro par jour ». Vingt-sept de ces nations se trouvent en bas de tableau de l’Indice de développement humain – indice élaboré par les Nations unies et intégrant la santé, l’alphabétisation et le revenu. Même si la crise fait le plus de dégâts en Ethiopie, en Erythrée et au Zimbabwe, le Programme alimentaire mondial avertit que près de 40 millions d’Africains sont la proie de la famine et connaissent une souffrance sans précédent.

Une souffrance qui, au Malawi, a frappé nombre de gens qui, faute d’argent, ne pouvait avoir accès aux céréales pourtant disponibles dans les magasins. « Finalement, dit-il, le chemin de la causalité remonte vers les nations riches et les institutions qu’elles cogèrent – comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Il passe par les hauts et les bas aléatoires des prix des biens et services ainsi que des taux de change, et entre péniblement dans les limites étroites de la conscience humaine. »

Dans les années 1990, ces deux institutions ont imposé des mesures d’austérité draconienne, partant du principe que le libre échange était le mieux à même de faire sortir de la pauvreté. La plupart des accords de prêts engageaient les gouvernements, par des clauses en petits caractères, à réduire leurs subventions, leurs dépenses publiques et à brader leurs monopoles. Les résultats ne se sont pas fait attendre : ces pays ont dû procéder à des dévaluations répétées et ont vu fondre de manière dramatique leurs réserves en devises étrangères. Ainsi, le prix en dollars d’un sac de fertilisants a baissé, mais il est en fait devenu cinq fois plus cher pour le paysan malawais du fait des dévaluations successives de la monnaie nationale. D’autre part, alors que les Etats-Unis, la Grande- Bretagne, l’Union européenne, le FMI et la Banque mondiale réclament l’abandon des subventions publiques, « ils distribuent un milliard de dollars par jour à leurs agriculteurs », ce qui fait baisser le prix des biens et services et « sape la capacité des pays en voie de développement à être compétitifs sur les marchés mondiaux ».

B. Bearak cite Nicholas Stern, chef économiste à la Banque mondiale, selon lequel une vache européenne reçoit 2,50 euros de subventions par jour, alors que 75 % des Africains doivent se débrouiller avec moins de 2 euros par jour. « C’est donc, en définitive, par manque d’argent que les familles souffrent de la faim. Dans la plupart des cas, c’est aussi simple que cela. Les nations consacrent bien moins à l’aide au développement qu’il y a une décennie, les Etats-Unis étant, proportionnellement, les derniers de la classe. »

L’auteur conclut son article avec un « truc » que lui ont donné des paysans qu’il a rencontrés peu avant qu’il ne quitte le pays. « Si tu as faim, un jour, au point de ne plus pouvoir travailler, il existe une manière, pour peu qu’on en ait la volonté, de déjouer les ruses d’un estomac vide. Serre aussi fort que tu peux un vêtement autour de ta taille. De cette façon, tu pourras l’espace de quelques heures faire croire à ton ventre qu’il est plein. »

Afrique
Sources : New York Times Magazine, E.-U.
Thématiques : Sciences et santé, Société, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)