Partage international no 183 – novembre 2003
La réunion de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui s’est tenue en septembre 2003, à Cancun (Mexique), fut la scène d’un événement sans précédent : les pays membres du G21 – un groupe de pays en voie de développement conduits par le Brésil, la Chine et l’Inde – a osé faire face au bloc des pays riches rassemblés sous le G8 sur la question de l’ouverture des marchés et des subventions à l’exportation.
Cette réunion était l’aboutissement de discussions qui avaient débuté à Doha, au Qatar, en 2001. On espérait aboutir à un accord visant à créer un marché global juste et efficient, capable de faire profiter les pays pauvres des bénéfices du libre-échange. Mais les discussions ont échoué avec le départ des délégués des pays en voie de développement, lorsqu’il est apparu que les pays riches n’avaient aucune intention de réduire les subventions qu’ils versent à leurs agriculteurs (soit environ un milliard de dollars par jour). Après des mois d’impasse et sous la pression de nombreux pays en voie de développement, les Etats-Unis et l’Europe avaient concocté un plan visant à libéraliser leur commerce agricole; mais bien qu’il prévoit certaines réformes, ce plan était nettement moins ambitieux que ce qui avait été prévu à Doha.
Sous le coup de la colère face à ce manque d’engagement, les pays du G21 ont conclu qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de quitter les discussions, en affirmant qu’aucun accord était préférable à un mauvais accord. Ce groupe, malgré les différences d’intérêts et de situation économique, se fait de mieux en mieux entendre. Il représente la moitié de la population mondiale et les deux tiers de ses agriculteurs. Le G21 a formé un front uni à Cancun pour marteler le même message : les pays riches, qui accordent le plus de subventions à l’agriculture, doivent faire davantage d’efforts pour libéraliser le commerce agricole.
En défiant les pays les plus riches, le G21 a montré qu’il pouvait représenter une force dans les négociations futures. Miguel Rossetto, ministre brésilien de l’Agriculture, a affirmé : « Le G21 a ses propres propositions, qui ont été mises au point soigneusement. Il représente 63 % de la population agricole, une population qui doit trouver un moyen de se défendre.[…] Nous faisons des efforts politiques pour préserver le multilatérisme, non en tant qu’idée abstraite mais en tant qu’élément clé du développement et de l’éradication de la pauvreté. » Les discussions à Cancun se sont déroulées sous les protestations de milliers d’agriculteurs, de travailleurs et de militants altermondialistes qui réclament un commerce plus équitable.
Lieu : Cancun,
Sources : The Economist, G.-B.
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
