La situation s’aggrave mais à un rythme plus lent

Partage international no 163mars 2002

par Donella H. Meadows

Afin de ne pas rater une occasion de me réjouir, je voudrais souligner un phénomène plutôt difficile à décrire : la situation s’aggrave, mais à un rythme plus lent.Nous ne dévalons plus la pente aussi vite qu’auparavant. La température du malade est encore élevée, mais elle continue à monter plus lentement. Nous fonçons toujours tête baissée dans le mur, mais à vitesse plus réduite.

La croissance démographique

L’exemple le plus frappant de ce phénomène à la fois positif et négatif, concerne la croissance de la population mondiale. L’humanité a plus que doublé depuis 1950. Et pour cette seule année, 77 millions de nouveaux venus viendront grossir nos rangs. Soit l’équivalent de la France, de la Belgique et de la Suisse réunies ; l’équivalent des Philippines et du Laos ; ou encore l’équivalent de cinq fois la ville de Mexico. En 2001, la population chinoise a cru de douze millions d’individus ; celle de l’Inde de 20 millions et celle de l’Afrique de 19 millions. Les Etats-Unis ont vu leur nombre croître de 1,4 million auxquels se sont ajoutés 1,3 million d’immigrants légaux et clandestins.

Aussi merveilleux et riches de potentiels que soient tous les êtres humains, je ne connais personne pour estimer que la croissance de la population facilitera d’une quelconque manière la résolution de nos problèmes alors que la planète est déjà surpeuplée. Nombreux sont ceux qui pensent même que la croissance de la population rend tous nos problèmes insolubles, de la pauvreté à la pollution.

Alors voilà ce dont il faut se réjouir. Au milieu des années 1980, la croissance annuelle de la population mondiale s’élevait non pas à 77 mais à 87 millions d’individus. Au milieu des années 1970, les femmes mettaient au monde 3,9 enfants en moyenne ; actuellement, le taux de fécondité est de 2,8 enfants par femme. Dans les pays riches, ce chiffre tombe à 1,9 enfants par famille, soit moins que le taux de renouvellement. La plupart des pays riches voient leur population stagner ou régresser légèrement.

Personne ne sait pourquoi les taux de natalité baissent, mais les responsables de la planification familiale, les responsables économiques, les éducateurs et les féministes s’en félicitent tous. Quelle qu’en soit la cause, on peut se réjouir de cette tendance, bien que la population continue de croître.

Le dioxyde de carbone

Réjouissons-nous également du ralentissement du rythme avec lequel une autre tendance ne cesse d’empirer. Au cours des deux années écoulées, la quantité de dioxyde de carbone libérée dans l’atmosphère par la combustion des hydrocarbures a diminué. Il s’agit certes d’une baisse minime, inférieure à 2 %, alors qu’il faudrait réduire ces émissions de 60 à 80 % afin de stabiliser le climat. Le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère continue d’augmenter. Le réchauffement de la planète se poursuit. Mais à un rythme plus lent.

Les origines de cette réduction sont multiples. L’effondrement de l’Union soviétique en est la principale. La fermeture ou le recyclage d’industries vétustes fonctionnant au charbon a entraîné une chute de 30 % des émissions de carbone en Europe de l’Est. En Europe de l’Ouest, ce taux a diminué de 0,7 % sous l’influence des taxes liées au carbone et des nouvelles technologies. Les émissions des Etats-Unis ont augmenté de plus de 10 % depuis 1990. En Chine, ce taux a crû de 28 % et en Inde de 55 %. Mais en Chine, l’augmentation des émissions de carbone n’est nullement comparable à la forte croissance de l’économie. La raison en est que le gaz naturel remplace de plus en plus le charbon. Les émissions de gaz à effet de serre et la pollution locale s’amplifient, mais pas aussi rapidement que prévu. Une demi-bonne nouvelle en quelque sorte.

L’eau

Au cours du XXe siècle, l’utilisation des ressources en eau par les hommes a augmenté deux fois plus vite que la population. Cependant, la courbe de la consommation d’eau ne grimpe plus aussi vite qu’auparavant. Dans certaines régions, elle s’incurve même. Aux Etats-Unis, les ponctions d’eau ont atteint leur maximum autour de 1980 et ont décliné depuis d’environ 10 %. La consommation en eau par l’industrie a chuté de 40 % en partie du fait de la délocalisation d’industries lourdes, mais aussi grâce à des lois qui ont imposé ou subventionné le recyclage et un traitement plus efficace de l’eau. L’irrigation a diminué, en partie grâce à une meilleure utilisation de l’eau, et aussi parce que la croissance des villes nécessite un apport accru d’eau depuis les campagnes (ce qui a conduit à une réduction des surfaces de terres cultivées). Sans oublier certaines sources qui se sont asséchées. La consommation d’eau par habitant a diminué dans les zones où l’augmentation des prix a contribué à réduire les gaspillages. Le niveau des nappes phréatiques diminue moins vite que par le passé. En soi, c’est un progrès.

Les engrais

L’utilisation des engrais stagne, même si les quantités employées polluent encore l’air et l’eau. L’effondrement de l’Union soviétique a contribué à aplanir la courbe, tout comme les directives européennes sur la qualité de l’eau, ou encore le développement de l’agriculture biologique. De trop grandes quantités d’engrais filtrent dans les sources et les lacs par rapport à ce que les écosystèmes et les hommes peuvent supporter. Dans de nombreuses régions cependant, la pollution liée aux engrais a diminué.

Les centrales nucléaires

Les 431 centrales nucléaires en fonction dans le monde ont probablement atteint leur nombre maximum historique. Désormais, le nombre de vieux réacteurs en voie d’être désactivés est au moins aussi important que celui de ceux qui sont en projet. Les déchets nucléaires continuent cependant de s’accumuler, sans que nous sachions comment les traiter. Et cette accumulation ne cessera pas tant que des réacteurs seront en activité. Nous léguerons ainsi à plusieurs centaines de générations futures le souvenir de cinquante ans d’un enthousiasme irresponsable pour cette technologie. Mais, les déchets radioactifs s’accumuleront moins vite.

Il est difficile de se réjouir de la baisse de la pluviosité alors que les inondations sont en hausse. Nous perdons toujours de l’altitude mais nous ne sommes plus en chute libre. Notre régime ne supprime pas nos kilos superflus, mais notre poids augmente moins vite qu’avant. La situation empire encore. Mais nous avons franchi un cap. Il est possible de commencer à croire que nous pourrions vraiment améliorer les choses.

Auteur : Donella H. Meadows, récemment disparue, dirigeait l’Institut du développement durable situé dans l’Etat du Vermont, aux Etats Unis. Elle enseignait également les sciences de l’environnement au Collège Dartmouth dans le New Hampshire.
Thématiques : Sciences et santé, Société, environnement
Rubrique : Faits et prévisions (Au fil des années, Partage international a régulièrement publié des articles soulignant les attentes de Maitreya, telles qu'elles ont été présentées par l'un de ses collaborateurs vivant à Londres au sein de la même communauté, à propos d'un certain nombre de changements politiques, sociaux, écologiques et spirituels devant se produire dans le monde. Périodiquement, Benjamin Creme et son Maître ont également partagé leur point de vue sur les développements à venir. Dans cette rubrique intitulée « Faits et Prévisions » notre rédaction analyse les nouvelles, les événements et les déclarations ayant un rapport avec ces prévisions et points de vue.)