Trouver l’âme du XXIe siècle

Partage international no 161février 2002

par Bill Clinton

Allocution de Bill Clinton

Le 16 décembre 2001, l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton, s’est exprimé sur la BBC dans le cadre des conférences Dimbleby. Voici un résumé de son allocution.

« Tout tourne autour de cette simple question : qu’est-ce qui sera plus important au XXIe siècle : nos différences ou notre humanité commune ? »

Dans son discours, provocateur mais optimiste, Bill Clinton a examiné les questions d’actualité, soulignant à la fois les situations explosives et l’arrière plan du terrorisme, et mettant l’accent sur les opportunités offertes par le XXIe siècle

Couvrant un vaste pan de l’Histoire, il a abordé la nature du terrorisme et analysé les éléments de la situation actuelle : un mélange de « vulnérabilité universelle et d’armes de destruction puissantes ». Il a évoqué la nécessité de soutenir la démocratie en tous lieux et d’établir un dialogue avec l’Islam, la nécessité d’accepter plus que jamais la diversité. Il a déclaré que la dette du tiers monde devrait être annulée si les fonds ainsi dégagés étaient investis dans l’éducation, la santé et le développement.

B. Clinton a insisté sur la nécessité de développer « une conscience mondiale » afin d’assurer le bien-être des citoyens du monde, et de « créer ainsi davantage de partenaires et moins de terroristes dans l’avenir ». Il a demandé à tous les pays de s’engager dans la lutte contre la maladie, la faim, l’illettrisme et l’injustice sociale, et appelé à une juste régulation du commerce afin que les bénéfices des sociétés riches contribuent au bien-être de tous.

Le développement d’une conscience mondiale

« Nous devons tous, a-t-il déclaré, développer une véritable conscience mondiale de nos responsabilités et de nos relations les uns envers les autres […] Nous avons vu comment la misère accentue les conflits, comment elle engendre des recrues pour les terroristes et tous ceux qui incitent à la haine ethnique et religieuse, comment elle alimente un violent rejet de l’ordre économique et social dont dépend notre futur . »

« La raison des attentats du 11 septembre, c’est que nous avons construit un monde où nous avons fait tomber les barrières, supprimé les distances et diffusé l’information. Et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis en ont largement bénéficié ; il suffit de considérer les performances de nos économies, la diversification de nos sociétés, les avancées de la technologie et de la science.

Mais on ne peut profiter des avantages d’un monde qui n’est plus protégé par des murs sans devenir plus vulnérable ; le 11 septembre est le revers de la médaille de cet âge nouveau d’interdépendance mondiale […] Et si vous ne voulez pas vivre avec des barbelés entourant vos enfants et vos petits-enfants pendant les cent prochaines années, il ne suffit pas de battre les terroristes d’aujourd’hui. Il faut construire un monde où il y aura beaucoup moins de terroristes, moins de terroristes potentiels et davantage de partenaires. Et il incombe aux nations riches de partager les bénéfices. »

La pauvreté mondiale

Se référant aux « maladies de la pauvreté », endémiques dans les pays en développement, B. Clinton a déclaré : « La moitié de la population de la Terre n’a aucune part dans cette nouvelle économie mondiale et vit avec moins de deux dollars par jour. Un milliard d’individus avec moins d’un dollar par jour. Comment peut-on parler d’économie mondiale, alors que la moitié des individus n’y prend aucune part et quelle sorte d’économie laisse de côté la moitié de l’humanité. »

« Cette année, parmi toutes les personnes qui mourront sur Terre, une sur quatre mourra du sida, de la tuberculose, de la malaria et d’infections liées à la diarrhée, pour la plupart, des enfants en bas âge qui n’ont jamais eu d’eau potable à leur disposition. Il y a 40 millions de cas de sida et 8 200 personnes en meurent chaque jour. Il y a treize millions d’orphelins. On s’attend à ce qu’il y ait 100 millions de personnes atteintes du sida en 2005. »

Les priorités

« Il nous faut tout d’abord réduire la pauvreté mondiale et accroître le pouvoir économique des pays pauvres. Nous savons comment procéder et cela ne coûte pas aussi cher qu’on pourrait le croire […] L’Ouganda a utilisé les fonds rendus disponibles par l’annulation de sa dette pour doubler en un an le taux de fréquentation de l’école primaire et réduire le nombre d’élèves par classe. Nous devrions rendre cela possible plus souvent […] Dans un pays pauvre, une année d’éducation équivaut à une augmentation de revenu de 10 %. Il y a 100 millions d’enfants qui ne vont jamais à l’école […]

Cela coûtera de l’argent, mais je puis vous affirmer que cela revient beaucoup moins cher que de faire la guerre. Si nous ne faisons rien pour changer les choses, nous dépenserons beaucoup plus à essayer de reconstruire tant bien que mal des régions détruites et des vies dévastées.

Les Etats-Unis dépensent environ un milliard de dollars par mois en Afghanistan, c’est ce que coûte une guerre. Avec 12 milliards de dollars par an, nous pourrions payer la part des Etats-Unis pour toutes les initiatives que je viens de mentionner et il nous resterait encore de l’argent…

Une maison pour tous nos enfants

« Aujourd’hui, la plupart d’entre nous sait que personne ne détient la vérité absolue. En fait, dans nos sociétés, les plus religieux d’entre nous le ressentent parfois d’autant plus fortement car nous croyons, en tant qu’enfants de Dieu, que nous sommes par définition limités dans cette vie, dans ce corps, dans nos esprits. Que la vie est un voyage vers la vérité, que nous avons quelque chose à apprendre les uns des autres, et que tous devraient avoir une chance de faire ce voyage.

Nous pouvons bâtir le monde de nos rêves pour nos enfants, mais puisqu’il s’agit d’un monde sans murs, il devra nécessairement être un foyer pour tous nos enfants. »


Date des faits : 16 décembre 2001 Auteur : Bill Clinton,
Sources : BBC website
Thématiques : politique, Économie
Rubrique : Divers ()