Le dangereux héritage des pesticides périmés

Partage international no 147novembre 2000

En Afrique et au Moyen-Orient, d’énormes stocks de pesticides non utilisés, périmés et dangereux, constituent une bombe à retardement capable de menacer l’humanité et l’environnement jusqu’en 2030, si le financement du stockage de ces déchets reste au faible niveau actuel. Telle est la mise en garde émise par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le FAO a invité les gouvernements et les industriels à accroître leurs efforts et leurs soutiens financiers pour résoudre ce problème écologique.

On estime qu’il existe des stocks de plusieurs centaines de milliers de tonnes de pesticides périmés à travers le monde, dont plus de 100 000 tonnes dans les pays en voie de développement. Le FAO estime que le surplus de pesticides en Afrique est de 20 000 tonnes. La situation est particulièrement dangereuse en Pologne, avec 65 000 tonnes, et en Ukraine, avec plus de 23 000 tonnes. L’héritage mortel des stocks de pesticides périmés continue à menacer la santé humaine et l’environnement, déclare le FAO. « Dans de nombreux pays africains, où le FAO est impliqué dans le traitement de stocks de pesticides dangereux, des containers de métal remplis de pesticides présentent des fuites et se corrodent », a déclaré l’expert du FAO Alemayehu Wodageneh. « Divers accidents associés à des pesticides surviennent fréquemment. Souvent, les containers sont entreposés à l’extérieur, non loin de magasins ou de marchés d’alimentation, et sont facilement accessibles aux enfants. Des produits chimiques mortels contaminent les sols, les eaux souterraines, les eaux potables et d’irrigation. Ces stocks « oubliés » représentent une menace sérieuse ; ils pourraient provoquer une catastrophe écologique dans les zones rurales et les grandes villes. Rares sont les pays en voie de développement qui ne sont pas menacés par ces produits périmés. »

C’est surtout en Afrique qu’une énorme quantité de pesticides a été importée, offerts par des agences d’aide ou par des gouvernements. Certains stocks sont âgés de plus de 30 ans et ne peuvent plus être utilisés, parce qu’ils sont interdits ou qu’ils se sont détériorés sous l’effet du temps. Parmi d’autres raisons expliquant l’accumulation de pesticides, on peut citer : l’incapacité à déterminer le début de leur corrosivité ; l’inadaptation des dispositifs de stockage et une gestion insuffisante de ces stocks ; des formulations inefficaces ou erronées des pesticides ; et des pratiques de vente agressives.

Depuis 1994, environ 3 000 tonnes ont été entreposées dans 14 pays africains et deux pays du Moyen-Orient. Selon le FAO : « Si l’élimination des stocks se poursuit à la vitesse actuelle, il nous faudra plus de 30 ans pour en finir avec les stocks périmés d’Afrique et du Moyen-Orient. Sans compter que cela ne comprend que l’enlèvement des caisses métalliques et autres containers, mais n’aborde pas le problème beaucoup plus complexe de la contamination des sols. »

D’après le FAO, environ 24,4 millions de dollars ont été consacrés à l’élimination des pesticides en Afrique et au Moyen-Orient. Ce nettoyage a essentiellement été subventionné par les Pays-Bas, l’Afrique du Sud, le Danemark, l’Allemagne, l’Agen-ce américaine pour le développement international (USAID), la Suède, et le FAO qui estime que le nettoyage de tous les emplacements comportant des pesticides périmés en Afrique nécessiterait 80 à 100 millions de dollars. L’élimination d’une tonne de pesticides périmés en Afrique coûte entre 3 500 et 4 000 dollars. Jusqu’à présent, les contributions des industries agro-alimentaires ont été très limitées, selon le FAO. Parmi les compagnies chimiques, seul Shell International a fourni environ 300 000 dollars pour éliminer de la Dieldrine en Mauritanie. A. Wodageneh a noté que « cela représente seulement 1 % du montant dépensé jusqu’à présent pour le nettoyage en Afrique et au Moyen-Orient. L’industrie chimique est loin de remplir ses engagements de payer un dollar par litre/kg pour l’enlèvement des stocks de pesticides périmés dans ces zones. »

« Le soutien de l’industrie est crucial pour l’élimination des pesticides, car les agences d’assistance des pays donateurs ne peuvent supporter l’intégralité des coûts. C’est pourquoi, le FAO presse les compagnies de renouveler leurs engagements et de participer davantage à de futures initiatives d’élimination. »

Le FAO a engagé des préparatifs en vue de nettoyages futurs en Ethiopie et dans la République Unie de Tanzanie. Pour l’Ethiopie, l’USAID a annoncé une contribution financière d’un million de dollars, les Pays-Bas ont promis deux millions de dollars, et la Suède a laissé entrevoir une contribution d’un million de dollars. Les donateurs pressent les gouvernements des pays en voie de développement d’entreprendre des démarches concrètes en vue d’éviter un accroissement des stocks de pesticides périmés.


Sources : FAO
Thématiques : Sciences et santé, environnement
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)