Partage international no 145 – septembre 2000
par Mieke H Bomann
Au cours de son adolescence, Alison Amoroso ne trouvait aucun article dans la presse habituelle qui fasse écho à ce qu’elle ressentait. Américaine d’origine italienne, intelligente, et blessée par les rebuffades sexistes de ses camarades de classe, Alison trouvait peu de consolation dans les magazines pour adolescents montrant surtout des blondes fardées filiformes, désespérément en quête de l’attention masculine.
Une alternative pour la jeune génération
Déterminée à proposer une alternative pour la jeune génération, Alison Amoroso et un groupe d’amis lancèrent en 1990 Teen Voices (Voix d’ados), un magazine trimestriel dont le siège est à Boston, Etats-Unis, où des jeunes filles de 12 à 19 ans apparaissent sous toutes les formes, couleurs et tailles.
Teen Voices publie le travail de jeunes femmes qui s’affirment avec intelligence et sensibilité. « La plupart des magazines ciblent ce groupe d’âge, déclare A. Amoroso qui, maintenant devenue psychologue, vérifie chaque article afin qu’il corresponde aux critères d’âge et de genre. Nous disons qu’il est dur de grandir et qu’il y a une façon de se sentir plus normale. »
Nombre des 13 000 abonnées et des 75 000 lectrices estimées sont issues de familles à faibles revenus, et sont particulièrement exposées aux violences sexuelles et à la toxicomanie. Certaines ne lisent pas couramment et d’autres savent à peine écrire. Mais cela n’empêche pas le magazine de traiter de sujets complexes comme l’inceste, l’analphabétisme et le problème des mères adolescentes. La plupart des articles sont écrits à la première personne, et tous avancent des idées positives sur la manière de gérer les situations difficiles et de les éviter.
Dans la dernière édition, une jeune fille de 16 ans, souffrant d’une scoliose, encourage toutes celles qui sont dans le même cas à ne pas avoir peur. Diana Randolph, âgée de 18 ans, raconte combien il est difficile d’élever un enfant alors que l’on est encore scolarisé. On peut y trouver également l’interview d’une adolescente qui habite en République Dominicaine, ainsi que l’histoire culturelle des termes « négro » et « négresse », et leur effet sur certaines adolescentes.
Un magazine différent
Selon les termes d’Erinn, 16 ans, qui passe en revue le magazine pour le site Internet , les articles de Teen Voices « traitent de sujets que les magazines habituels ont tendance à éviter. Teen Voices n’est pas rempli de publicités, il n’aborde pas les problèmes habituels de garçons ou de questions d’habillement. Ce n’est pas non plus le genre de magazine que vous achèteriez pour vous distraire, au contraire, il est trop sérieux », note-t-elle.
Peut-être, rétorquent ses rédacteurs, mais une partie de la mission de Teen Voices est de placer les magazines grand public comme Seventeen (Dix-sept ans) et Teen (Ado) dans une sorte de perspective. Ils admettent que beaucoup des lecteurs de Teen Voices lisent probablement aussi l’un ou l’autre de ces magazines, et ils se servent de ce fait comme d’une occasion éducative.
Dans son dernier numéro, par exemple, Teen Voices incite ses lecteurs à écrire à Glenda Bailey, éditrice du magazine Marie-Claire, pour protester contre un article recommandant vivement aux jeunes femmes de mettre leur corps en valeur en achetant certains sous-vêtements « amplificateurs, effaceurs ou modeleurs de formes. »
« De quel côté est-elle ? », demande Teen Voices dans sa rubrique « Qu’en pensez-vous ? » Tout en étant résolument féministe et engagée, la revue propose de nombreux articles et chroniques consacrés aux adolescentes. Dans la rubrique « Cuisine », on peut trouver par exemple des recettes saines faciles à faire chez soi. Une rubrique « Conseils aux ados » répond aux questions concernant des sujets tels que l’obligation de rentrer à une heure précise ou les rivalités entre frères et sœurs. Une rubrique intitulée « Art et culture » présente des livres, des musiciens, des disques, etc., et d’émouvants poèmes sont insérés çà et là dans la revue.
Des annonces soigneusement sélectionnées
Ce que les lecteurs ne trouveront pas, ce sont les publicités consacrées à la beauté et à la mode. Alors que dans les mensuels courants, le contenu éditorial est difficile à distinguer de la publicité, dans Teen Voices les annonces sont soigneusement sélectionnées.
« Nous souhaitons offrir des services de qualité, et nous assurer que les annonces ne manquent pas de respect à l’égard des adolescentes », déclare A. Amoroso. Parmi les publicités du dernier numéro figurent des écoles, des livres, un article sur le respect, des informations sur diverses alternatives à la vivisection, des produits de beauté bio, et en cadeau un catalogue de T-shirts et de CD pour les vacances.
Des histoires authentiques
Le magazine, qui sert également d’atelier de journalisme à trente jeunes femmes qui ont participé à sa création, est financé en partie par des dons privés. La plupart des membres de l’équipe sont bénévoles. Plus de soixante personnes donnent de leur temps. A. Amoroso, qui joue le rôle de rédactrice en chef, affirme que les échéances budgétaires sont toujours un casse-tête, mais Teen Voices a réussi à tenir alors que plusieurs revues consacrées aux ados, notamment Blue Jean, et Empowered, ont dû interrompre leur publication.
Trente-trois pour cent des souscripteurs sont des enseignants, des conseillers scolaires, des travailleurs sociaux et des éducateurs, qui trouvent dans Teen Voices des histoires intéressantes qui sonnent juste. C’est particulièrement vrai à San Francisco, où un programme affilié appelé « Bay Area Teen Voices » propose des ateliers de journalisme et d’écriture à des adolescentes en détention. Leur travail est ensuite publié dans la revue. Comme toutes les histoires relatées dans Teen Voices, les écrits proposés par ces jeunes filles, qui ont vécu des vies difficiles, sont publiés tels quels, après juste quelques corrections grammaticales.
« L’idée est d’être aussi authentique que possible », a déclaré Melina O’Grady, directrice du programme de Bay Area. « S’il y a un argot particulier, nous ne changeons rien. Les idées sont profondes mais le langage est simple. »
Le but de Teen Voices est que des adolescentes aident d’autres adolescentes. Dans les pages de leur magazine, des adolescentes donnent des conseils, s’apitoient, écoutent les autres avec compassion et apportent des informations utiles. Plutôt que de publier un guide des « six débardeurs les plus sexy », Teen Voices met l’accent sur le caractère et les émotions.
« Nous essayons de les encourager à accorder de la valeur aux particularités de chacun, à ce qu’elles sont, à ce qu’elles font pour leur communauté, à la manière dont elles traitent les membres de leur famille, plutôt qu’à l’aspect physique », a expliqué Alison Amoroso.
Contact : Teen Voices, P.O. Box 120-027, Boston, Massachusetts, 02120027, E.U.
Site Internet : www.teenvoices.com
