Rapport 2003 de l'Institut Worldwatch sur l'état du monde
Partage international no 176 – avril 2003
Malgré le peu d’actions entreprises lors du Sommet mondial pour un développement durable de Johannesburg, le début de l’année 2003 révèle pourtant de nouveaux aspects de la capacité de réaction de l’humanité d’une ampleur encore jamais vue, face aux menaces sociales et environnementales. Le rapport annuel du Worldwatch Institute, l’Etat du monde en 2003, relate les succès remportés dans la lutte contre les maladies infectieuses, l’accroissement du revenu des pauvres et l’emploi des énergies renouvelables, entre autres choses, ce qui pourrait bientôt conduire l’économie mondiale sur une voie plus durable.
« Construire un monde dans lequel nos besoins seraient satisfaits sans entraver l’avenir des générations futures n’est pas impossible, contrairement aux assertions de certains, déclare Christopher Flavin, président du Worldwatch Institute. La question est de savoir où les sociétés choisissent d’orienter leur créativité. Si nous avons la capacité de construire des vaisseaux spatiaux mus par un combustible propre, nous pouvons construire des véhicules fonctionnant de la même manière. Si nous sommes parvenus à creuser les mines pour en tirer du cuivre et d’autres métaux, nous pouvons les récupérer dans les décharges et les bâtiments abandonnés. Et si nous avons les moyens de protéger les touristes contre la malaria, nous pouvons en faire autant pour tous ceux que cette maladie menace chaque jour. »
La 20e édition de l’Etat du monde souligne que le défi consiste aujourd’hui à mobiliser les gouvernements, le monde des affaires et la société civile, afin de développer une économie saine aussi bien pour les populations que pour la planète.
Ce rapport énumère une série de succès prouvant que l’humanité a les moyens de réinventer le monde pour satisfaire les besoins de tous, tout en protégeant la planète et les générations futures. Ainsi :
– Dans des pays comme l’Allemagne, le Japon et l’Espagne, la production d’énergie solaire et éolienne a augmenté de plus de 30 % par an, au cours des cinq dernières années (comparé aux 1 à 2 % de croissance annuelle des énergies fossiles), grâce à une politique encourageant leur utilisation.
– L’effort mondial concerté pour réduire l’utilisation des chlorofluorocarbones, qui détruisent la couche d’ozone, a permis de réduire leur production de 81% au cours des années 1990. L’élargissement du trou de la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique a ainsi commencé à se ralentir, et l’on s’attend à ce que le trou commence à se réduire.
– L’initiative de l’Organisation mondiale de la santé pour l’éradication mondiale de la polio a permis de réduire les cas de polio dans le monde, qui sont passés de 350 000 en 1988 à 480 en 2001.
Outre ces importantes réalisations, d’autres succès sur le point d’être atteints pourraient nous conduire vers une nouvelle ère de progrès économiques beaucoup moins nuisibles aux écosystèmes et à la santé des populations à travers le monde.
Aux Pays-Bas, le recyclage des voitures a atteint un taux de 86 % et le Danemark a imposé un embargo total sur les canettes en aluminium, les remplaçant par des bouteilles en verre réutilisables, le recyclage réduisant la dépendance envers les matières premières.
C’est dans les communautés les plus pauvres que se produisent certains des changements les plus frappants. Des micro-crédits de seulement 50 dollars ont permis à des gens aussi pauvres que les ramasseurs d’ordures des décharges de Pataya, près de Manille (Philippines), de monter une petite affaire ou d’acheter du terrain ou un logement. Et le Community Reinvestment Act a contribué à encourager les prêts dans les quartiers pauvres des Etats-Unis, qui sont passés d’environ trois milliards de dollars annuels dans les années 1980 à 43 milliards en 1997.
Tout au long de l’année 2002, de rapides changements sont intervenus dans certains pays. Le Brésil et l’Allemagne ont annoncé de nouveaux efforts pour le développement des énergies renouvelables, tandis que l’Etat de Californie défiait la politique du gouvernement américain en annonçant les premières limitations mondiales sur les émissions de gaz d’échappement automobiles responsables du réchauffement planétaire.
Ces exemples montrent que l’humanité commence à remédier aux graves dangers qui menacent les sociétés et les écosystèmes à travers le monde.
Parmi les dangers examinés dans le rapport 2003 :
– la malaria, qui fait 7 000 victimes par an et affecte le développement humain plus profondément qu’aucune autre maladie ;
– l’extinction des oiseaux, 50 fois supérieure au taux naturel, en raison de la destruction de leur habitat et des activités humaines ;
– le décès, chaque jour, de 5 500 enfants, qui meurent de maladies liées à la pollution de l’air, de l’eau et de la nourriture ;
– la fonte des glaces, qui a doublé depuis 1988, et qui pourrait entraîner une hausse du niveau des océans de 27 cm d’ici à 2100.
D’après l’Etat du monde 2003, suite au Sommet mondial sur le développement de Johannesburg, il semble plus probable que davantage de croissance économique durable puisse émerger des efforts conjugués du monde des affaires, des groupes de citoyens et des gouvernements locaux, plutôt que d’accords mondiaux fondés sur le consensus. Ainsi, le Sommet mondial a récolté quelque 280 accords de partenariats entre groupes d’hommes d’affaires, ONG, diverses agences de l’Onu et des gouvernements nationaux, pour produire des véhicules moins polluants, et lancer le projet De l’eau pour vivre, destiné à fournir de l’eau potable et des installations sanitaires aux pauvres d’Afrique et d’Asie centrale.
Ce rapport relève aussi que des communautés aux buts disparates peuvent s’allier en faveur de l’environnement ou de la justice sociale. Ainsi, des moines bouddhistes de Thaïlande luttent contre la déforestation, et le Concile mondial des Eglises a lancé une campagne contre les changements climatiques.
« Nous avons souvent vu, dans l’histoire de l’humanité, que les sociétés sont capables, par l’expérience, d’apprendre rapidement puis de passer à l’acte, déclare Gary Gardner, directeur du rapport L’Etat du monde 2003. L’intérêt croissant des divers secteurs de la société pour un monde durable pourrait apporter l’énergie nécessaire pour encourager des innovations pilotes au niveau mondial. »
Sources : Worldwatch Institute
Thématiques : Société, environnement
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
