Une idée dont l’heure est venue

Partage international no 75novembre 1994

Interview de Joan Holmes par Carl Herman

Joan Holmes est présidente du Projet contre la Faim, organisation internationale à but non lucratif engagée dans un programme de lutte contre la faim dans le monde. Mme Holmes dirige le Projet contre la Faim, depuis sa création, en 1977. Elle est le principal auteur de l’ouvrage de référence : « Faire cesser la faim : une idée dont l’heure est venue » Elle a vécu en Inde où elle dirigea la création du Projet contre la Faim, et elle a pris la tête de nombreuses délégations en Afrique, au Bangladesh et en Amérique Centrale.

Partage International : En quoi a consisté la tâche du Projet contre la Faim en 1977 ?
Joan Holmes : En 1977, la communauté internationale était passablement inconsciente des problèmes de la faim dans le monde et ne s’était pas engagée à y mettre un terme. La première étape du Projet consista à rendre les gens conscients, à les sensibiliser, à les informer, à les éduquer, à les engager. Nos efforts prirent diverses formes. Nous avons organisé, dans onze pays et dans neuf langues, un programme d’informations de quatre heures, et nous avons expliqué aux gens que le problème de la faim pouvait cesser, que la communauté internationale disposait de tous les moyens pour y mettre fin, à condition d’en avoir la volonté.

PI. Le but du Projet contre la Faim fut d’atteindre dans chaque pays un taux de mortalité infantile inférieur à 50 (le taux de mortalité infantile est le nombre d’enfants pour mille nés vivants qui meurent avant leur premier anniversaire). En 1977, le taux de mortalité infantile était de 102. Actuellement, il est de 70.
JH. Au début, j’ai contacté les Nations unies et leur ai demandé combien de personnes souffraient de la faim. Cela n’était pas très clair, ni dans leur pensée, ni dans leurs dossiers et il fallut longtemps pour élaborer le moyen de mesurer cette faim.

PI. Que reste-t-il encore à faire ?
JH. Pendant de nombreuses années, nous avons dit que nous étions dans l’ère des promesses et avons travaillé, avec des communautés du monde entier, à développer l’engagement à faire cesser la faim. Nous disons maintenant que nous sommes dans l’ère des réalisations, et des objectifs ambitieux ont été clairement énoncés au Sommet mondial de l’enfance en 1990.
Un consensus international existe maintenant à propos de certains éléments essentiels. Il est nécessaire de donner aux individus le pouvoir d’en finir avec leur propre faim ; ils doivent être les auteurs et non les objets du développement ; les femmes doivent en être l’élément primordial. En tant que communauté internationale, une harmonie, une authenticité et une intégrité doivent exister entre nos paroles et nos actes. Nous ne pouvons pas parler de la disparition de la faim dans le monde et avoir des stratégies et des actions qui ne sont pas en harmonie avec cet objectif. On peut regretter que la Banque mondiale n’ait pas de stratégie compatible avec cette nouvelle réflexion.
Selon l’ancien paradigme, le développement était « imposé aux populations ». Cela se concrétisait par de grands barrages et des usines inutilisées. Les aides sont encore distribuées de cette manière, même si les opinions ont changé. Le monde a besoin de rattraper le temps perdu et d’accorder ses actions à ce que nous savons être efficace.

PI. Les officiels de la Banque mondiale ont-ils rattrapé leur retard ?
JH. Au sein de la Banque mondiale, quelques personnes forment un noyau dur voyant clairement les actions à entreprendre, et sont assez puissantes pour commencer le travail de transformation de la Banque.
Voici une anecdote qui en dit long sur le chemin à faire pour convaincre les autorités mondiales de l’importance du problème de la faim dans le monde. Lorsque les officiels du gouvernement américain ont été sollicités pour rechercher des solutions à l’éradication de la faim dans leur propre pays, certaines personnalités se sont montrées très ouvertes au problème, et d’autres pas du tout. Un membre du Congrès, Tony Hall, président du « House Select Commitee on Hunger » (Comité contre la faim), fit une grève de la faim pendant 23 jours, lorsque le financement du comité fut réduit. Il reçut de nombreux conseils disant que cela allait mettre fin à sa carrière politique et qu’il passerait plus pour un excentrique que pour un homme courageux. Tony déclara « La raison pour laquelle je suis à Washington est de faire connaître mon engagement à mettre un terme à la faim. » Il était prêt à sacrifier sa carrière. Je trouve cela impressionnant. Il parait évident qu’il y a des gens formidablement motivés au sein du gouvernement américain, mais dans sa majorité, la classe politique des Etats-Unis, estime que le problème de la faim ne mérite pas encore de figurer à son ordre du jour.

Auteur : Carl Herman,
Thématiques : Société, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)