Le courage
Le disciple qui s’avance sur le Sentier, se doit de cultiver une capacité à cheminer seul, ce qui exige un certain courage. Il lui faudra aller constamment à l’encontre de l’opinion de ceux qui l’entourent — relations, amis, compagnons, ceux avec qui il se trouve en rapport au niveau religieux, et l’opinion publique en général. Cela exigera souvent du courage, mais le disciple devra apprendre à faire les choses comme il l’entend, suivant sa conviction profonde : et peu importe s’il s’oppose à l’opinion de ceux qui lui sont chers, ou aux autorités communément acceptées. Le disciple doit apprendre à parvenir à ses propres conclusions par l’étude et la méditation qui visent la communion spirituelle avec l’âme et l’illumination.
C’est là que beaucoup déçoivent — ils n’ont pas le courage de suivre strictement les ordres de la voix intérieure et manquent du courage nécessaire pour parler franchement et affirmer ce que l’âme les pousse à exprimer. La seule solution pour le disciple sincère, consiste à s’accepter comme il est, au moment présent, dans la situation qui prévaut, et avec l’équipement dont il dispose : puis, à soumettre aux nécessités de l’heure sa propre personne, ses affaires et son temps, et à servir en obéissance à son âme.
La persévérance
Pour atteindre son objectif, le disciple devra faire preuve d’une force de persévérance implacable, qui ne se soucie guère du temps ni des obstacles. C’est cette capacité à soutenir l’effort qui élève souvent le travailleur discret au dessus de ses co-disciples les plus brillants, qui peuvent retenir davantage l’attention du public, mais sont incapables de s’en tenir à une dure progression sur la voie indiquée.
Souvenez-vous toujours qu’aucun échec n’interdit définitivement le succès, et que c’est grâce à la persistance ferme et déterminée que les difficultés seront surmontées et que l’âme s’affermira. La clé du succès réside dans la persévérance impersonnelle et impavide dans l’accomplissement de la tâche définie.
La force d’âme du disciple se détermine avant tout par le courage et la persévérance de celui-ci — son pouvoir d’endurance, de tenir bon résolument, de rester ferme, puis d’avancer sans détour vers son objectif.
Dans la vie de tous les disciples, il survient immanquablement des périodes d’obscurité, où s’affaiblit temporairement la force de son contact, où il ne reste plus qu’à supporter sans complainte, et à persévérer avec fidélité dans son travail, quelques soient ses inclinations, et l’étendue de son agitation intérieure. S’il suit cette méthode, et pour peu que ses efforts soient soutenus par une sollicitude aimante envers autrui, le disciple verra finalement ses difficultés surmontées, et rien ne pourra plus l’arrêter.
Le partage et le don
Tout disciple devrait apprendre à donner. En suivant le Sentier du développement spirituel, l’aspirant se préoccupe encore trop souvent de ce qu’il peut s’attendre à obtenir, au lieu de s’intéresser aux opportunités de service que lui offriront le partage et le don de tout ce qu’il possède.
Le retournement de la tendance égoïste de l’homme constitue l’un des premiers signes de l’éveil de l’âme. Cela se manifeste par un sens des responsabilités accru envers les autres : à certains égards, le disciple se pose comme le gardien de son frère, car il prend conscience du fait que son progrès, sa satisfaction, la paix de son esprit, et même sa prospérité, sont étroitement liés à ceux de son frère. Ce sentiment de cohésion ne se limite pas aux individus, mais se manifeste de plus en plus parmi les groupes, les organisations et même les nations, où divers mouvements émergent ayant pour seul objectif d’améliorer le bien-être de l’homme. En outre, les individus, les groupes et même les nations, ont un sentiment de plus en plus précis de la notion de fraternité humaine, et réalisent qu’ils devraient donner et partager ce qu’ils ont, plutôt que de tout accaparer à leur seul profit.
Il n’existe pas de plus grande grâce pour l’homme que d’être guidé par un esprit purement désintéressé et aimant, et de disposer d’une aptitude qui le presse à donner et à partager de manière altruiste tout ce que la vie a placé à sa disposition avec prodigalité. « Tout est donné à ceux qui donnent tout ». Le profane ne peut imaginer les joies auxquelles il renonce en ne partageant pas tout avec les autres.
Toutefois, les plus grands présents que le disciple puisse partager et donner ne sont pas avant tout de nature matérielle. En effet, un cœur aimant, la loyauté et l’amitié, la compassion et la compréhension, et finalement la capacité de servir l’humanité avec un esprit enrichi par l’étude, le service et le contact spirituel — c’est-à-dire un partage spirituel — sont des qualités d’une valeur bien plus grande.
L’innocuité
Pour déjouer les forces du mal, la première étape consiste à les affronter avec une attitude d’« innocuité ». Lorsque les pensées, les paroles et les actions quotidiennes sont positives, et basées sur l’amour et la bonne volonté, le mal ne peut en aucun cas parvenir à s’insinuer dans le mental, et tout ne peut être que constructif et inoffensif. Aussi faut-il bien comprendre que la personnalité tendra davantage à l’harmonie si l’innocuité, bien plus que toute autre forme de discipline, devient l’attitude dominante de la vie.
La vie de l’homme vivant consciemment en tant qu’âme, se caractérise par son innocuité. L’innocuité est une des forces les plus puissantes du monde d’aujourd’hui, qui se caractérise dans la vie quotidienne par le juste motif, la bonne volonté, la discrimination dans les jugements, la réserve en paroles, la capacité de refréner les actions impulsives, ainsi que l’expression d’un esprit dépourvu de critique. L’innocuité permettra aux forces de l’amour véritable et aux énergies spirituelles qui donnent vie à la personnalité, de jouer leur rôle, et donnera naissance à l’action juste et à la bienveillance dans les relations humaines.
L’innocuité dont il s’agit, ne se réfère nullement à cet aspect sentimental, négatif, issu d’un tempérament aimant mais empreint de faiblesse, qui refuse l’action, de peur des complications qui pourraient bouleverser l’harmonie existante et entraîner quelque inconfort. Au contraire, il s’agit de l’innocuité émanant d’une personnalité imprégnée par l’âme, et de la véritable compréhension des problèmes de son prochain qui en découle. Il s’agit d’une disposition d’esprit, qui peut même conduire à l’action énergique, si celle-ci se justifie. En effet, l’innocuité fait référence aux motivations et garantit que toute action se trouve motivée par la bonne volonté : les actions ou les paroles, mêmes empreintes d’innocuité, peuvent parfois provoquer des réactions désagréables, mais si la démarche mentale sous-jacente est issue de l’innocuité et de la bonne volonté, la suite ne peut que se montrer positive. En observant l’innocuité, le disciple n’attirera que des forces bénéfiques, utilisables au profit des autres, qui en ont besoin. Il est également possible d’utiliser ces forces positives pour la neutralisation de toutes les expressions du mal.
L’équilibre et la constance
A titre d’avertissement, on ajoutera que, si elle est trop intense, l’aspiration spirituelle elle-même peut mener à l’excès. Dans son travail, le disciple se doit de rester équilibré et de ne jamais tomber dans les extrêmes. C’est une des raisons pour lesquelles l’enseignement ésotérique devrait provenir des niveaux mentaux, et non des niveaux émotionnels. Si cet enseignement est de la qualité requise et se trouve correctement interprété, il doit procurer un effet stabilisant sur l’aspirant, en se présentant de façon acceptable pour sa raison et pour son mental.
Ceci revient à dire que d’un côté le disciple devrait éviter toute tendance à la cristallisation, car celle-ci gênerait le développement ultérieur, mais que d’un autre côté, le disciple devrait soigneusement éviter toute forme de fanatisme ne pouvant se révéler que préjudiciable. Ainsi est-il primordial de garder un solide sens des proportions, et un véritable sens des valeurs, qui doivent maintenir constamment l’homme en équilibre, et lui permettre de discriminer l’essentiel du non-essentiel.
On peut également définir la constance et la résolution comme le pouvoir de s’en tenir à un objectif clairement établi, au milieu d’un monde en perpétuel changement. Seule l’âme peut ainsi maintenir l’équilibre nécessaire à la personnalité au sein d’un monde de stress, de tensions et de cataclysmes.
Le sens de l’humour
Il eut été tout à fait possible d’inclure cette qualité dans la section précédente, car un véritable sens de l’humour contribuera énormément au maintien de l’équilibre et à la constance.
Toutefois, une distinction s’impose immédiatement : il convient de différencier clairement l’hilarité émotionnelle, sans retenue, ou la manifestation bruyante d’une gaieté feinte, qui sont de nature astrale, par opposition au sens de l’humour harmonieux qui jaillit d’un sens des proportions intelligent.
Aussi l’étudiant doit-il cultiver son sens de l’humour et des proportions, en évitant de prendre son travail ou sa propre personne trop au sérieux. De cette manière, il pourra éviter les tensions inutiles ou les relâcher, améliorant ainsi la finesse de sa discrimination et l’efficacité de son travail.
La solitude
L’homme est une composante de l’humanité dans son ensemble, et on n’insistera jamais assez sur l’importance pour lui de trouver le groupe auquel il appartient, et de collaborer étroitement avec les autres membres de ce groupe dans le cadre du travail et du service. Néanmoins, l’homme intérieur demeure toujours seul, même lorsqu’il se trouve en relation avec ceux qui lui sont spirituellement proches. L’homme ne peut véritablement contacter son âme de manière consciente que dans la solitude. Et seule la solitude permet d’apaiser suffisamment le mental pour que le Maître puisse l’impressionner.
Chaque fois qu’il se produit une expansion de conscience et que le disciple progresse d’un pas supplémentaire, il voit ses vibrations s’élever, ce qui tend à le décaler par rapport à son environnement existant, et engendre nécessairement certaines discordes ainsi qu’un certain isolement. Ainsi, l’homme qui s’efforce de suivre sincèrement le Sentier connaît d’inévitables périodes de solitude, pour ce qui est de son état d’esprit intérieur. Il découvrira toutefois que la route isolée constitue aussi la Voie illuminée.
La solitude que nous évoquons est celle de l’âme. Au niveau de la personnalité, le disciple éprouve souvent un profond désir de solitude qu’il ne peut toujours satisfaire lorsque la nature de son travail exige des rapports constants avec les autres. Dans d’autres cas, l’isolement peut se produire suite à un mauvais ajustement de la personnalité avec ceux que la vie place à son contact. Toutefois, il ne s’agit là que de situations qui relèvent de la seule personnalité et que celle-ci peut rectifier par des ajustements, et qui ne concernent donc pas véritablement nos propos.
Le serviteur doit se garder de laisser une illusion d’isolement altérer la fidélité de sa vision. Il doit arriver à reconnaître qu’il n’est jamais réellement seul, puisque son âme demeure toujours en liaison étroite avec ceux qui ont leur être sur les niveaux subjectifs.
Tout disciple doit expérimenter des moments d’isolement spirituel. C’est en se tenant seul et en cherchant son chemin à tâtons dans l’obscurité que le chercheur s’instruit et qu’il trouvera sa propre ligne d’approche au centre de Lumière. C’est de cette manière que le disciple assure sa croissance, trouve son véritable champ de service, ainsi que, finalement, le groupe avec lequel il doit collaborer.
Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Esotérisme ()
