Partage international no 52 – décembre 1992
« Le monde entier va à la faillite — mentalement et spirituellement. Il traverse une crise terrible ; on y a appliqué tous les remèdes, et ils ont échoué. Maitreya affirme que l’abcès doit percer avant que la guérison ne puisse commencer. »
Cette déclaration du collaborateur de Maitreya (Partage international, juillet-août 1992) se voit confirmée presque chaque jour par l’actualité mondiale. Notre faillite mentale et spirituelle est d’ores et déjà incontestable, en particulier sur les plans économiques et politiques où la communauté internationale se trouve confrontée à une crise d’une telle ampleur que les solutions traditionnelles restent inopérantes.
L’effondrement du communisme a amené de nombreux commentateurs à prédire la suprématie absolue du système démocratique capitaliste et sa prospérité. Ces « experts » ont probablement dû perdre aujourd’hui leurs illusions, car les bases traditionnelles de ce système sont aujourd’hui visiblement en train de s’effondrer.
L’économie américaine, qui dominait autrefois le monde, stagne toujours, et les millions de pauvres aux Etats-Unis ne sont pas les seuls à en ressentir les effets : l’infrastructure de tout le pays se détériore, l’éducation se dégrade, la prévoyance sociale est en faillite, le chômage augmente et les salariés doivent travailler davantage pour gagner moins. Pendant ce temps, la dette nationale s’accroît tandis que les exportations sont en déclin.
La situation est pire en Grande-Bretagne, où la population est en train de payer chèrement plus de dix ans de politique conservatrice. Les Britanniques sont peut-être plus flegmatiques que d’autres, et plus à même de supporter la pénurie ; ils se plaignent moins, mais ils ont fini par perdre patience, ainsi que l’ont constaté les Tories lorsque le gouvernement a annoncé son projet de fermer les mines de charbon, réduisant ainsi des milliers de mineurs au chômage.
Les tenants du capitalisme préfèrent ignorer ces signes d’une économie chancelante, les considérant comme temporaires et devant disparaître d’eux-mêmes sous l’influence de l’économie de marché. La validité d’une telle théorie se trouve pourtant remise en cause par les difficultés économiques qui submergent chaque jour davantage l’Allemagne et le Japon. Après des années de très forte croissance, la production industrielle japonaise s’effondre brusquement. D’évidence, la chute de la bourse de Tokyo affecte à présent l’économie. La stagnation a également atteint l’Allemagne, qui a peut-être trop présumé de ses forces. L’Allemagne a investi davantage dans l’économie agonisante de la Russie que tous les autres pays réunis, sans compter les millions de marks consacrés à l’intégration de l’ex-Allemagne de l’Est. Même des pays comme la Suède, longtemps considérée comme un Etat modèle sur le plan social et économique, tout comme la Suisse prospère, subissent de plus en plus les effets paralysants d’un climat économique morose. Bien que le nombre de chômeurs soit moins élevé en Suisse que dans les autres pays européens, il n’a jamais été aussi important depuis 1939, ce qui constitue également un mauvais présage.
Dans le monde entier, le déclin économique s’accompagne d’un regain de méfiance envers les structures politiques. Jamais auparavant autant d’électeurs n’avaient tourné le dos aux politiciens qui, il faut bien le dire, ne ratent pas une occasion de susciter cette réaction.
Aux Etats-Unis, Ross Perot échoua finalement, mais l’aversion de nombreux électeurs envers l’establishment politique lui a permis de remporter quelques succès dans le tout début de la course à la présidence. Ebranlé par les scandales liés à la corruption, le Japon est confronté au même mépris d’un électorat déçu, s’exprimant par un faible taux de participation électorale. Seule la moitié des inscrits a pris la peine de voter lors des élections parlementaires de juillet dernier.
En Italie, où la corruption et la fraude semblent être la règle plutôt que l’exception, l’électorat manifeste massivement son opposition aux partis au pouvoir. Ailleurs en Europe, les extrémistes et les néo-fascistes sont en progression.
Tous ces symptômes ne peuvent être considérés séparément. Ils forment un ensemble et sont issus d’un désir de changement. Le démantèlement des dictatures en Amérique du Sud, en Afrique et dans l’ex-bloc de l’Est, fut le signe précurseur d’un mécontentement général, qu’on peut à présent discerner en Amérique du Nord et en Europe. C’est le peuple qui, plus vite que ses dirigeants, a réalisé que la société actuelle est incapable d’apporter des solutions concrètes aux problèmes de notre temps. Nous ne tolérerons pas davantage de nous trouver à la merci des politiciens, alors que ces derniers devraient être au service du peuple. Nous avons l’impression de ne pas compter et de n’avoir aucun contrôle sur notre propre existence. Nous nous sentons inutiles et isolés, aliénés et menacés. Nous voulons une bonne éducation pour nos enfants et un emploi où nous puissions utiliser nos compétences. Mais l’éducation se détériore et les salariés se sentent comme des jouets, de plus en plus manipulés par des moyens de production qui restent mystérieux. Nous voulons également que l’avenir de nos enfants soit assuré, pourtant nous constatons chaque jour la pollution et la destruction de notre environnement. Nous voyons à la télévision l’incroyable luxe dans lequel vit une petite élite, alors que des enfants meurent de faim en Somalie et en Ethiopie. Nous entendons les déclarations des politiciens portant sur des accords conclus et des mesures à prendre, mais nous constatons qu’en réalité personne ne fait rien pour arrêter la guerre civile en Yougoslavie, ou pour régler les désaccords risquant d’aboutir à des conflits explosifs dans l’ex-Union soviétique. On nous renouvelle sans cesse la promesse d’une reprise économique, mais nous constatons que les entreprises ferment et que le chômage augmente. Nous entendons des politiciens proférer de beaux discours sur leur sens des responsabilités envers les citoyens, mais la plupart du temps nous savons qu’ils ne font de la politique que pour le profit ou la gloire. Tout ceci aboutit à une opposition croissante envers les pratiques actuelles, opposition plus ou moins forte selon les pays. Nombreux sont ceux qui commencent à réaliser qu’ils ont eux-mêmes participé à engendrer cette situation de chaos et de désagrégation. Nous réalisons aussi de plus en plus clairement ce que les prétendus pouvoirs tentent encore de cacher : le fait que personne n’a réussi à trouver la moindre solution. Ce paroxysme de confusion et d’incertitude ne constitue pas, de notre point de vue, une raison d’avoir peur mais plutôt une raison d’espérer, l’espoir que l’humanité sera bientôt prête à suivre les conseils de Maitreya. Si nous comprenons véritablement qu’on a appliqué tous les remèdes et qu’ils ont échoué», alors la voix de Maitreya sera enfin entendue.
