Partage international no 51 – novembre 1992
par Aart Jurriaanse
Après avoir goûté aux joies et aux souffrances de la vie dans le monde de la matière et de l’illusion, l’homme commence à prendre conscience du manque de consistance de cette vie et du fait qu’elle ne parvient pas à satisfaire une certaine faim intérieure qui l’a amené à rechercher l’expression physique. Au cours de multiples incarnations, l’homme a cherché inconsciemment quelque chose d’indéfinissable, justifiant toutes sortes d’expériences physique, sensuelle, émotionnelle ou mentale. Chaque expérience particulière lui évitait de se confronter aux besoins de l’âme, dont la présence cachée lui est restée si longtemps inconsciente. Un jour cependant, l’homme commence à voir « double ». Il prend conscience de la dualité, d’une existence intérieure et extérieure, et du fait qu’il existe, en dehors de la vie sensuelle de la personnalité, une aspiration forte et profonde, une force directrice encore plus vitale : celle de l’homme intérieur, l’âme, qui n’implore pas les satisfactions matérielles, mais développe soudain en lui de nouveaux champs de conscience et de perception. Ces révélations lui fournissent alors un nouvel éclairage sur son chemin ; son regard embrasse de nouvelles perspectives — perspectives de progrès de soi-même et de service à l’humanité : un disciple est né !
Le terme « disciple » est utilisé pour désigner les travailleurs de tous rangs appartenant à l’humanité ou à la Hiérarchie des Maîtres, depuis le disciple en probation, ou aspirant, qui commence timidement à percevoir sa voie, jusqu’au Christ lui-même — « Maître de tous les Maîtres, instructeur des anges aussi bien que des hommes », le premier disciple.
Le disciple est un individu dont la vision globale de la vie s’est trouvée remise en question, et qui a radicalement modifié son sens des valeurs. Toutefois, le disciple s’apercevra que ces nouvelles valeurs ne restent pas figées, mais qu’elles obéissent à un processus d’ajustement permanent, afin de suivre l’expansion constante de la conscience. Cette expansion se déroule à vitesse variable, et peut subir des périodes de stagnation, mais, en dépit des pauses, ce développement cyclique implique en permanence des règnes de conscience toujours plus élevés et plus vastes.
Bien que le disciple se soit centré sur son effort personnel, il prendra de plus en plus conscience qu’il constitue une partie naturelle et intime d’un ensemble plus vaste, et du fait que dans le passé, il a trop mis l’accent sur le séparatisme dans son existence. Le disciple prend conscience d’appartenir à un groupe de travailleurs avec lesquels il doit coopérer et faire équipe, et qu’il doit désormais s’appliquer au travail de groupe, qui amplifie considérablement les effets des efforts individuels combinés.
Avec le développement de l’individu, au fur et à mesure de l’acquisition de connaissances plus profondes sur le soi, et de l’évocation d’une conscience accrue de ce que le soi voit, entend, sait, et perçoit, le disciple prendra contact de façon plus étroite avec le groupe auquel il appartient subjectivement, et avec lequel il doit collaborer. En outre, deviendra-t-il clairement conscient des instructions et du soutien émanant du Maître.
Ainsi le disciple s’adapte-t-il progressivement à un nouveau rythme de vie ; il découvre de nouveaux champs d’expérience et s’y engage. Il prend conscience de la présence d’un groupe avancé, dénommé la Hiérarchie des Maîtres, composé d’êtres fonctionnant sur les plans subjectifs, et ayant déjà dégagé et pavé un sentier menant des ténèbres à la lumière, de l’irréel au réel. Et le disciple s’efforce de se préparer et de se rendre apte à suivre ce sentier. Il se retrouve temporairement partagé entre l’ancienne et la nouvelle conception de la vie, ce qui engendre fréquemment doutes et incertitudes. Avec l’accroissement de la perception spirituelle, et au fur et à mesure que l’âme, via le mental, apporte l’illumination au cerveau, la confiance du disciple s’élargira, au profit de la qualité du service rendu à ses frères les hommes.
La constitution de l’homme est un des premiers points qui s’éclaire pour l’étudiant de la sagesse éternelle. Il en résulte une meilleure compréhension de sa propre nature, et quelque idée de la force avec laquelle il fut maintenu, dans le passé, dans le monde du mirage et de l’illusion. Lorsqu’après avoir persévéré sur le sentier, il prend conscience de l’âme et des royaumes spirituels, l’ensemble de sa vision et de son approche de la vie s’en trouvent bouleversés, et un nouveau monde d’expérience se présente à lui.
On se souviendra cependant qu’il n’existe pas de raccourci pour atteindre la lumière, et que seuls des efforts assidus tailleront pas à pas le chemin du disciple véritablement persévérant.
On s’apercevra que tout développement se déroule de manière rythmique ; ainsi le disciple doit-il apprendre à s’adapter à ce rythme de la vie de l’âme, qui inspire et expire. Aux périodes de vision et de développement, lorsque l’aspirant se trouve soulevé par une vague d’extase, suivent inévitablement des périodes moins fastes où, redescendu au creux de la vague, il se trouvera submergé par une profonde obscurité spirituelle. Il doit être préparé à ce phénomène, afin de tâcher d’éviter de sombrer en de fortes dépressions. La prise de conscience de l’existence de ces cycles lui assurera que le reflux des forces constitue quelque chose de naturel, et doit être plutôt considéré comme une moment de repos accordé au disciple pour lui permettre de respirer et de rassembler de nouvelles forces, afin de pouvoir utiliser le mieux possible les opportunités qui se présenteront à lui, lorsqu’au cours du cycle suivant, il sera de nouveau porté au sommet de la vague.
On peut observer ce flux et ce reflux dans tous les domaines de l’existence, et ce phénomène se vérifie même dans la succession des incarnations de l’homme — il se produira des vies relativement statiques, dépourvues d’événements marquants, tandis que des vies ultérieures verront s’accumuler des expériences fortes et multiples, entraînant une croissance rapide. Lorsqu’il cherche à aider les autres, le travailleur doit appréhender correctement cette donnée : il ne convient pas d’orienter de trop grandes quantités d’énergie en direction de vies qui ne sont pas prêtes à les absorber, car l’énergie pourrait non seulement se perdre, mais même se révéler néfaste. Afin d’accomplir un service fructueux, concentrez plutôt les forces disponibles là où vous obtiendrez les meilleurs résultats.
La Hiérarchie est responsable de l’accomplissement du Plan. Néanmoins, les Maîtres dépendent des disciples en incarnation physique, qui servent de canaux et d’instruments capables de manifester extérieurement les projets subjectifs. Que ces travailleurs physiques manquent à répondre, ou commettent des erreurs, et des retards provisoires seront pris. Et pendant ce temps, les énergies qui auraient dû être utilisées dans le processus continuent d’affluer, car les pulsations de la Vie Unique ne connaissent pas d’interruption ; et une mauvaise utilisation de ces énergies peut alors provoquer des effets catastrophiques. Ainsi, une grande responsabilité repose-t-elle sur les épaules des disciples dont les yeux ont été ouverts et qui, du fait de leurs connaissances et de leur sensibilité, sont automatiquement devenus des serviteurs hiérarchiques sur les plans extérieurs.
Seule la combinaison d’un travail rigoureux, d’un développement intellectuel, d’une ferme aspiration et d’une orientation spirituelle, peut conférer le titre de disciple, si tant est que cet ensemble soit également soutenu par une bonne volonté positive et un œil intérieur ouvert aux mondes de la réalité.
Le véritable disciple ne considérera pas son travail comme une extraordinaire opportunité d’avancement spirituel. Il ne s’agirait là que d’une approche égoïste, qui ne pourrait conduire à un service efficace. Le véritable travailleur s’attellera à la tâche qui lui est désignée, avec toute l’énergie dont il dispose, oublieux de sa propre personnalité, animé de la seule volonté de contribuer autant que possible à accomplir le Plan et à servir. Inévitablement, cela amènera également son propre progrès — pas dans le sens d’une autosatisfaction, mais dans celui d’une évocation de capacités endormies qui le transformeront en un instrument de service toujours plus efficace, placé entre les mains des Maîtres.
Il est absolument essentiel pour le disciple de toujours conserver un esprit ouvert, et d’être prêt, lorsque de nouveaux points de vue lui sont révélés, à renoncer à nombre de ses théories favorites sur la vie, son travail et à ses idées sur les mondes cachés. Il doit toujours demeurer réceptif aux idées et aux interprétations nouvelles et inattendues, et lorsque celles-ci se révèlent convaincantes, il doit accepter la remise en question totale ou partielle de ses idées préconçues. Ainsi doit-il rester dans l’expectative, certain de l’apparition future de visions et de révélations nouvelles, et de l’émergence de nouvelles versions de la Vérité destinées à le guider au long de sa route. Aussi convient-il de veiller à ce que l’interprétation en vigueur ne se cristallise et ne dresse une barrière, séparant le disciple de la Vérité qui se dévoile, et de la reconnaissance d’une vision plus authentique.
La vie du disciple est faite de risques et de dangers permanents auxquels il se soumet délibérément et de bon gré, en vue du développement spirituel et afin de se préparer pour le service. Les disciples sont soumis à des épreuves sévères, et seuls un cœur pur, un amour véritable de son prochain, et une utilisation positive et intelligente de l’activité mentale, l’autoriseront à surmonter ses dilemmes. La vie émotionnelle en particulier, doit faire l’objet d’une surveillance attentive, afin de prévenir la production de nouveaux mirages. L’apparition de mirages ne constitue pas nécessairement l’indication d’un échec — l’échec ne survient que si le disciple s’identifie avec ces manifestations astrales, qu’il y succombe, et retourne aux rythmes de vie antérieurs. Le Maître ne s’interposera pas dans ces cas-là, car le disciple doit surmonter ces problèmes à l’aide de ses propres pouvoirs. De tels obstacles sont placés sur son sentier afin de contrôler sa consécration, sa volonté et sa persévérance. Le disciple dépassera ces problèmes et s’avancera vers la porte de la lumière où l’attend le Maître, ou bien, provisoirement, il retombera à des niveaux inférieurs, où il demeurera plus ou moins longtemps, jusqu’à ce qu’il ait rassemblé assez de force pour affronter de nouveau les obstacles obstruant son chemin.Le disciple doit en permanence consentir à affronter la vie comme elle se présente, avec l’équipement dont il dispose. Ainsi doit-il faire en sorte de soumettre sa personne, ses affaires, les circonstances et le temps, aux besoins du jour, tout en demeurant en étroite relation avec son groupe, avec ses activités et ses exigences. Lorsque, oublieux de lui-même, il aura entrepris de se soumettre ainsi, le disciple constatera que ses affaires personnelles sont mystérieusement prises en charge, et que sa capacité de service se développe au delà de toute attente. C’est par le travail, l’étude, la méditation et le service que le disciple acquiert progressivement une compréhension plus profonde de la réalité. De nouveaux pouvoirs et de nouvelles énergies se révéleront au disciple qui rend, sans restriction, un service altruiste, lui procurant sans cesse une efficacité plus grande et le qualifiant pour un travail plus vaste.
L’œuvre accomplie par le disciple pourra parfois attirer l’attention publique, mais sa récompense spirituelle ne sera certainement pas fonction de la renommée acquise. L’inconnu qui œuvre tranquillement dans les coulisses, sans reconnaissance ni acclamation, sacrifiant toute identité personnelle, est souvent celui qui rend les plus grands services à l’humanité; il ne recevra pas d’hommage public, mais bénéficiera de l’immense compensation intérieure de savoir qu’il a contribué à sauver des âmes en peine, qu’il a participé à reconstruire des existences, et qu’il est parvenu à générer quelque lumière supplémentaire, contribuant à orienter l’humanité sur le sentier du retour.
Au cours des premières phases de son expérience, le disciple ne dispose encore que d’une faible confiance en lui-même. Cependant, viendra le moment où il devra admettre avoir acquis des connaissances supérieures, à certains égards, à celles dont dispose son frère moins fortuné, et où il se devra désormais de partager cet acquit, ou d’employer son savoir au bénéfice des autres. Sa première tentative en ce sens pourra conduire à des situations embarrassantes ou à un sentiment de maladresse, mais il acquerra une certaine habileté avec la pratique. Il est intéressant de constater à quel point un savoir enfoui surgit lorsqu’il le faut, et que nombre de concepts s’éclaircissent considérablement lorsqu’il s’agit de les présenter aux autres. En réalité, la meilleure façon d’apprendre consiste à enseigner. « Réfléchissez avec humilité, exprimez-vous avec sagesse et travaillez sans répit. »
Lorsque la tête et le cœur commencent à fonctionner en accord, un magnétisme spirituel se développe automatiquement, et le disciple rayonne sur son entourage, évoquant une réponse de ceux qu’il attire. Que cela soit conscient ou non, il s’en suivra la formation d’un petit groupe autour du disciple, pouvant constituer l’étape initiale de ce qui se transformera peut-être, dans une vie ultérieure, en un véritable groupe ésotérique placé sous la direction du même disciple.
Il peut arriver que des disciples soient envoyés en incarnation chargés d’une mission particulière. En règle générale, ils n’en auront pas conscience, bien que dans des cas exceptionnels la « certitude d’une vocation » puisse apparaître dès la tendre enfance. Cependant, les disciples naissent habituellement avec certains dons et certains talents naturels, qui évoluent progressivement en idées et en idéaux profondément enracinés, et qui s’accordent avec un cerveau répondant à ces impulsions. Normalement, ces hommes ou ces femmes se trouveront guidés inconsciemment vers les domaines d’activité où un rôle leur est destiné, et où on attend d’eux certaines actions fondamentales en accord avec les intentions de la Hiérarchie. Au fur et à mesure de la maturation mentale et du déploiement spirituel de ces disciples, le travail à accomplir sera perçu par le mental, ou lui sera imprimé, comme une pulsion irrésistible. Que ce travail soit de nature politique, financière, éducative, scientifique ou spirituelle, ces disciples seront inconsciemment guidés par les Maîtres qui veilleront également à ce que les portes nécessaires soient ouvertes, à ce que les contacts soient arrangés et à ce que les occasions favorables soient fournies en faveur de la tâche à mener, sans qu’apparaisse aucun signe de cette manipulation intérieure.
Bien que dans des cas exceptionnels, la conscience d’une telle mission puisse se développer, en général, le disciple réagit et travaille en réponse à des impressions qu’il considère comme produits de son propre mental, et dont il ne connait pas l’origine.
Néanmoins, tous les disciples se caractérisent par leur caractère humanitaire, leur bonne volonté, et leur détermination à promouvoir le bien-être de l’humanité, chacun selon ses capacités particulières et au sein de son propre milieu. C’est l’amour naturel qu’ils éprouvent pour leurs semblables qui constitue la motivation de tous leurs efforts.
Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Divers ()
