« Globe 92 » : de nouvelles collaborations s’élaborent

Partage international no 46juin 1992

par Diana Gold Holland

« Une collaboration à l’échelle mondiale permettrait de résoudre les problèmes écologiques et d’assurer de bonnes opportunités de développement pour tout le monde. » Telle fut le point de vue exprimé par un comité réunissant des hommes d’affaires lors de « Globe 92 », une conférence internationale et une foire commerciale sur l’environnement, qui a réuni 3 500 délégués venant de plus de 100 pays à Vancouver, au Canada. « C’est nous qui avons créé le problème par une consommation abusive, aussi devons-nous aborder les solutions avec humilité, » a déclaré Patrick Reid, le président de la conférence.

Gro Brundtland, qui fut la première à introduire le concept de développement viable, a ouvert la conférence par satellite depuis le Brésil en déclarant : « Nous ne pouvons accepter sans honte qu’un milliard de personnes vivent dans la pauvreté absolue. Les mécanismes du marché peuvent être adaptés afin de promouvoir des solutions économiques efficaces aux problèmes de l’environnement, mais le secteur privé doit réaliser clairement ses responsabilités. Le coût de l’application du schéma pour un futur viable, établi par « l’Agenda 21 » pour le Sommet Mondial des Nations Unies (UNCED), est estimé à 125 milliards de dollars par an. Cet objectif n’est pas irréalisable si les pays de l’OCDE augmentent leur aide au développement au même niveau que celui de la Norvège, et modifient le contenu des programmes d’assistance. Le changement radical des relations Est-Ouest devrait permettre de réorienter les crédits de développement militaire. »

Tout au long de la conférence, les représentants de nombre de grosses sociétés ont indiqué que, depuis « Globe 90 », leurs compagnies avaient mis sur pied d’importants programmes de protection de l’environnement. Admettant que le chemin est encore long, surtout pour amener d’autres grosses firmes ainsi que les petites entreprises à se joindre aux programmes, les hommes d’affaires présents ne se posaient plus la question : « En faisons-nous assez, n’est-il pas trop tard ? » Quelque 450 exposants venant de 20 pays différents ont présenté leurs produits, leurs services et leurs savoir-faire à la foire commerciale — depuis le logiciel de gestion de l’utilisation partagée des automobiles, jusqu’aux stations d’épuration qui transforment le résidu des égouts en terre arable — apportant des solutions concrètes aux petits et grands problèmes de l’environnement.

« Avec l’augmentation récente de son influence à travers le monde, c’est maintenant le secteur privé, et non plus l’Etat, qui dispose des meilleures perspectives et peut faire avancer la cause d’un développement viable, » a affirmé Sir Shridath Ramphal, ancien chef du Commonwealth et l’un des principaux intervenants de la conférence. Il a ajouté qu’à court terme, les coûts pourraient s’accroître, mais que des pays comme le Japon qui, rapporté au produit national brut, émettent beaucoup moins de dioxyde de carbone que d’autres pays industrialisés, ont prouvé que la politique menée par des entreprises responsables est en fin de compte très efficace et économiquement plus prudente.

En dépit des progrès technologiques du secteur privé, d’autres groupes ont déclaré que les solutions commerciales ne suffiront pas à elles seules à résoudre le problème.

« Pour nous, il ne s’agit pas d’une question de développement viable mais d’une question de survie, » ont déclaré les délégués du Sud. « Il ne peut y avoir de développement viable sans soulagement de la misère dans le monde. Dans l’organisation des échanges, le Nord sait comment donner et prendre, mais ne sait pas comment partager. C’est de l’arrogance que de croire que la solution réside simplement dans un transfert de technologies du Nord vers le Sud. »

« Notre Mère la Terre est blessée et gémit de douleur, » disent les représentants des peuples indigènes. « Il est temps de devenir partenaires afin de guérir notre Mère sacrée, la Terre, de respecter ses lois, de réhabiliter les valeurs traditionnelles de sollicitude et de respect ».

« Il s’agit de se donner les moyens nécessaires, » affirment les femmes. « Les femmes représentent la moitié de l’humanité » et exigent à présent de jouer un rôle égal dans les arènes du monde où se prennent les décisions, comme à l’UNCED, afin d’assurer la justice sociale et l’intégration, au sein des structures économiques, des valeurs telles que la nourriture, l’amour et le respect.

« Nous ne pouvons pas continuer à agir comme par le passé » disent les représentants écologiques. « Depuis 1945, 70 000 sortes de produits chimiques nouveaux ont été libérés dans l’atmosphère. Nous devons réduire la production de masse. Depuis les forêts tropicales jusqu’à nos propres jardins, un sentiment d’urgence se répand à travers le monde. Mais ici, à « Globe 92 », cette urgence s’allie à l’espoir que nous puissions réunir nos cerveaux et nos cœurs dans une collaboration indispensable ».

« La solution passe par la science, la culture scientifique étant la seule culture déjà universelle en elle-même, » affirme un écologiste renommé qui défend la création d’un réseau de « citoyens scientifiques », chacun d’eux devant contrôler les semences et les récoltes sur un petit territoire bien délimitée. En fournissant localement des informations sur les changements climatiques, afin de former un tableau général, les gens peuvent faire revivre la magie de la nature et commencer à comprendre leur rôle de citoyens du monde.

W. H. Lindner, figure clé dans la préparation du Sommet Mondial de Rio, a déclaré que « Globe 92 » était un microcosme de l’UNCED dans la mesure où, pendant les deux années de réunions consultatives qui ont conduit au Sommet, il est devenu évident qu’une collaboration, basée sur le respect et l’équité, est indispensable à tous les niveaux. La dernière personne à s’exprimer fut la déléguée à la jeunesse auprès de l’UNCED, âgée de 22 ans. Puisque les recommandations n’ont pas de caractère contraignant pour les Etats, elle a invité les participants à presser leurs différents gouvernements afin d’assurer leur mise en application. On ne peut se contenter aujourd’hui de simplement transmettre le flambeau aux jeunes. Les jeunes prennent conscience du fait qu’une action solidaire et concertée est vitale, et qu’ils n’ont pas d’autre intérêt que l’avenir de la planète. Elle a indiqué que la conférence de l’UNCED ne devait pas être comparée à la première conférence de l’ONU sur l’environnement de Stockholm en 1972. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus 20 années devant eux.

Au cours des différentes sessions de travail de « Globe 92 », les délégués ont manifesté des sentiments de désespoir, de colère, de frustration et d’urgence face à l’état actuel de dégradation générale de l’environnement. Mais lors de la clôture en séance plénière, une transformation s’était opérée et un sentiment de renouveau s’était fait jour, en raison de la convergence des préoccupations des participants.

Ils se sont exprimés d’une seule voix en affirmant que les choses devaient changer, qu’elles doivent changer maintenant, et que nous faisons tous partie de ce processus.

Lieu : Vancouver, Canada Auteur : Diana Gold Holland, collaboratrice de Share International, vit à Vancouver (Canada).
Thématiques : environnement, politique, Économie
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)