Partage international no 29 – février 1991
Interview de Le Maître - par Patricia Pitchon
Le 21 décembre 1990, le Maître de Benjamin Creme a aimablement accepté de nous livrer son point de vue sur la crise de l'éducation qui, sous diverses formes, secoue aujourd'hui de nombreux pays.
Patricia Pitchon : Dans beaucoup de villes du monde, l'éducation se trouve en situation de crise. Particulièrement en Occident, l'autorité des professeurs comme celle des parents, semble décliner, et la discipline en classe est devenue un problème difficile. Selon vous, quels en sont les causes et les remèdes ?
Le Maître : Il ne s'agit pas d'un problème de discipline, mais de liberté. Il s'agit d'acquérir une nouvelle perception de la valeur de l'enfant, de son besoin et de son droit de s'exprimer. Chaque enfant, à quelque niveau que ce soit, vient au monde avec sa propre série d'objectifs. Un objectif important consiste à apprendre à vivre en paix et en harmonie avec autrui, ainsi qu'en bon rapport avec son propre environnement. La probabilité qu'une telle situation se produise est très faible. Les inégalités de chance et de niveau d'éducation sont si grandes, que bien peu se trouvent dans une situation où leur véritable valeur et leur besoins peuvent être considérés et satisfaits.
Le monde d'aujourd'hui se trouve saturé d'une nouvelle énergie spirituelle, l'énergie de l'équilibre, focalisée par Maitreya. Cette énergie conduit chaque personne dans deux directions : intérieurement, vers sa source, ce qui fournit un sens supplémentaire et souvent puissant de soi-même en tant qu'individu unique, mais également, extérieurement, vers la société, où chacun cherche à faire valoir ses droits.
Le problème de la discipline est à mettre en relation avec cette crise existant dans la psychologie de l'enfant, et avec la nécessité de reconnaître tous les jeunes comme des fils uniques de Dieu, tendant à la manifestation de cette Filiation.
À l'heure actuelle, tous les établissements éducatifs, sans exception, se trouvent, à un niveau ou à un autre, dans une période de transition. Un moment très long sera nécessaire pour que se réalisent les ajustements nécessaires, tant dans la théorie que dans la pratique éducative, se réalisent, et que le problème de la discipline puisse être résolu.
Partout, les jeunes ont besoin de leur liberté et l'exigent. Ils exigent également le droit d'être traité, non comme des êtres emmagasinant docilement des connaissances prédigérées, mais comme des aventuriers recherchant les réponses à leurs questions et la réalisation de leurs rêves.
P.P. : Au Japon, il règne dans l'éducation une atmosphère d'intense compétition. Dans la société japonaise, les enfants étudient pendant de longues heures, et beaucoup d'entre eux suivent des cours supplémentaires après l'école, rentrant bien tard à la maison pour faire leurs devoirs. Que pensez-vous de cette tendance ?
Le Maître : Ce problème ne touche pas seulement le Japon, mais c'est là qu'il est le plus critique. La mercantilisation de l'enseignement a eu pour conséquence de placer de très nombreux enfants dans cette situation préjudiciable. Les résultats se feront sentir lorsque la génération actuelle atteindra sa maturité.
Cependant, partout, les individus ont une grande faculté de récupération et retrouvent rapidement leurs forces lorsqu'ils y sont invités. Ceci se produira au Japon dans un futur assez proche et, de façon croissante, dans d'autres pays.
Une nouvelle dimension, celle de l'âme, sera de plus en plus reconnue comme étant à la base des besoins de l'enfant. Lorsqu'il en sera ainsi, chaque enfant sera considéré comme une âme en évolution tendant à la réalisation de son potentiel pour une vie donnée. Une nouvelle science, la psychologie de l'âme, constituera la base de tous les efforts éducatifs futurs et transformera la vie tant de l'enfant que du professeur.
Écoles et collèges perdront leur aspect institutionnel et s'intégreront de plus en plus dans la société où se trouve l'enfant. Des relations plus étroites entre l'école et le travail deviendront la norme et ouvriront la voie aux « écoles sans murs. »
P.P. : Un récent article, publié dans un quotidien londonien, The Independant, relatait la création à Harlem, la fameuse banlieue noire de New York, de plusieurs écoles inhabituelles. L'une d'entre elle est une école scientifique navale, une autre se spécialise dans les arts, une troisième s'oriente fortement vers les affaires, etc… Les résultats académiques des enfants qui sortent de telles écoles grimpent en flèche, ce qui tend à prouver que, même dans des banlieues où s'accumulent de graves problèmes sociaux, le potentiel créatif de nombreux enfants est là pour être mis à contribution. Ces écoles constituent-t-elles le prélude d'expériences allant dans le sens que vous indiquez ?
Le Maître : En effet. Elles constituent les premiers signes de la nouvelle conscience, soucieuse de multiples expériences, d'actions et d'intérêts de tous ordres, à l'inverse de la spécialisation étroite qui prédomine actuellement.
Chaque enfant apporte avec lui, dans la vie, la somme de ses nombreuses réalisations passées, et une grande part de ses aptitudes et de ses dons est perdue pour le monde lorsque l'opportunité de leur expression n'est pas fournie. Grâce à ces nombreuses expériences, on apprendra beaucoup des véritables besoins et des capacités intérieures de l'enfant, qui sont aujourd'hui considérablement sous-évaluées. Telle est la source d'une grande part de « l'indiscipline » et de l'absence fréquente de respect des lois qui règne aujourd'hui.
P.P. : Cela signifie-t-il, d'après vous, que l'éducation sera dans l'avenir individuellement taillée sur mesure ?
Le Maître : Précisément. Chaque enfant est unique, et l'éducation doit tenir compte de ce besoin individuel. De la nouvelle science naîtra une compréhension des Rayons*.
Lorsque les rayons individuels des enfants seront connus, leurs dons et leurs limitations pourront être mieux évalués. Le rôle du professeur, par conséquent, se modifiera profondément. Chaque professeur deviendra un mentor.
P.P. : Dans certains endroits de l'Occident, le consensus entre les familles, les écoles et les gouvernements, est brisé. Comment ce consensus devrait-il être rétabli ?
Le Maître : A mes yeux, un tel consensus n'a jamais existé.
P.P. : L'éducation a toujours été considérée sérieusement en Europe de l'Est, mais de quelles manières les écoles s'adapteront-elles à la disparition de tout contenu idéologique ? Un nationalisme exacerbé ou, dans certains cas, un contenu religieux, remplacera-t-il l'idéologie politique ?
Le Maître : Les nations évoluent à des rythmes différents, et le changement de structure des écoles et de la théorie pédagogique, varieront inévitablement. La disparition des bases idéologiques ne devrait pas être considérée comme une calamité.
Au contraire, cela favorise l'apparition d'un nouveau sens de la liberté dans l'esprit non conditionné de l'enfant. Il s'agit d'un processus sain et salutaire. Ce n'est pas l'idéologie ni la religion mais le fait d'imposer ces principes conditionnants qui sont néfastes pour l'esprit en développement de l'enfant.
P.P. : Que peut faire l'Inde, en matière d'éducation, pour réduire les conflits engendrés par les différences de religions et de castes ?
Le Maître : L'éducation constitue la réponse aux problèmes de l'Inde, comme pour le monde entier. La difficulté rencontrée par le sous continent indien est celle de la mise en pratique. Personne n'en nie le besoin, mais les problèmes soulevés par l'éducation de 800 millions de personnes engluées dans la superstition, la jalousie et la haine entre caste, ont, jusqu'à maintenant, réduit à néant tous les efforts du gouvernement. L'Inde, de même que beaucoup d'autres pays, a besoin de l'aide concertée du monde développé pour alléger cet immense fardeau. Une fois qu'on s'y attaquera en profondeur, l'Inde prendra conscience de l'inertie que la religion ancienne et les tabous sociaux ont engendrée à travers les siècles.
Le départ est donné et de grands instructeurs, comme Sri Sathya Saï Baba, mettent en place des procédures nouvelles et de grande envergure dans ce sens. Cela exigera du temps. Les racines de la superstition, de la séparativité et de la cupidité, sont profondes, mais une nouvelle période s'annonce pour l'Inde comme pour le monde entier.
P.P. : Quels sont, d'après vous, les objectifs immédiats de l'éducation ? Quelles sont les premières étapes à mener pour lui fournir des bases plus appropriées ?
Le Maître : La première étape consiste à accepter l'autonomie de l'enfant. Tout enfant a besoin d'éducation, faute de quoi il ne peut manifester ses potentialités. Cependant, cette éducation doit lui être adaptée, comme vous le demanderiez à une paire de chaussures. Et de même que les chaussures qui deviennent trop petites doivent être remplacées, les structures éducatives, les perspectives, les programmes et les concepts, doivent également répondre aux besoins changeant de l'enfant.
En gros, il existe deux structures éducatives dans de nombreux pays : l'une destinée à une petite élite, qui la prépare à atteindre les niveaux d'influence et de pouvoir les plus élevés, et une autre, pour une vaste majorité, qui constitue une rampe d'accès égalitaire aux postes les plus bas de l'industrie ou d'autres domaines.
Les deux structures possèdent chacune des avantages et des inconvénients, mais ni l'une ni l'autre ne prend en compte la diversité de dons et de niveau d'évolution qu'on trouve partout parmi les élèves. L'enfant réellement doué, doit trouver l'environnement favorable à l'épanouissement de ses dons. Ceci est relativement rare aujourd'hui.La grande majorité des enfants dispose d'un niveau de réalisation moins élevé, mais doit cependant sentir que toutes les possibilités lui sont offertes. Il est évidemment vrai que l'enfant réellement doué s'accomplira finalement dans la plupart des conditions mais, pour beaucoup d'individus, un temps précieux est perdu faute de recevoir le stimulus nécessaire à un niveau élevé. Ceci constitue une exigence essentielle si on souhaite répondre aux besoins des temps nouveaux.
Le Maître : La première étape consiste à accepter l'autonomie de l'enfant. Tout enfant a besoin d'éducation, faute de quoi il ne peut manifester ses potentialités. Cependant, cette éducation doit lui être adaptée, comme vous le demanderiez à une paire de chaussures. Et de même que les chaussures qui deviennent trop petites doivent être remplacées, les structures éducatives, les perspectives, les programmes et les concepts, doivent également répondre aux besoins changeant de l'enfant.
En gros, il existe deux structures éducatives dans de nombreux pays : l'une destinée à une petite élite, qui la prépare à atteindre les niveaux d'influence et de pouvoir les plus élevés, et une autre, pour une vaste majorité, qui constitue une rampe d'accès égalitaire aux postes les plus bas de l'industrie ou d'autres domaines.
Les deux structures possèdent chacune des avantages et des inconvénients, mais ni l'une ni l'autre ne prend en compte la diversité de dons et de niveau d'évolution qu'on trouve partout parmi les élèves. L'enfant réellement doué, doit trouver l'environnement favorable à l'épanouissement de ses dons. Ceci est relativement rare aujourd'hui.La grande majorité des enfants dispose d'un niveau de réalisation moins élevé, mais doit cependant sentir que toutes les possibilités lui sont offertes. Il est évidemment vrai que l'enfant réellement doué s'accomplira finalement dans la plupart des conditions mais, pour beaucoup d'individus, un temps précieux est perdu faute de recevoir le stimulus nécessaire à un niveau élevé. Ceci constitue une exigence essentielle si on souhaite répondre aux besoins des temps nouveaux.
* Selon les Maîtres, sept types d'énergie balaient notre système solaire. Ces énergies affectent chaque atome, et sont appelées les Sept Rayons. L'homme, considéré comme une personnalité ayant des corps physique, émotionnel et mental, ainsi qu'en tant qu'âme, se montre sensible, selon chaque individu, à une combinaison particulière de ces rayons qui le colorent. A chaque niveau (physique, émotionnel, mental, à celui de la personnalité et de l'âme), un rayon donné prédomine, dont les effets se traduisent par des forces ou des faiblesses particulières. P.P.
