Q : En lisant les questions du numéro de septembre de Partage international, j’ai découvert avec surprise que Mao Tsé-toung était un initié du troisième degré. Cette information m’amène à poser les questions suivantes : (1) Quel droit Mao Tsé-toung avait-il d’ordonner à son pays d’envahir le Tibet ? (2) Pourquoi cela est-il arrivé, de toute manière ? Pourquoi le Tibet ne put-il pas être laissé en paix, et avoir la chance d’évoluer lentement, à sa propre manière ? (3) Les Tibétains s’éteindront-ils ? Si oui, pourquoi ? (4) Pourquoi leurs livres scientifiques et religieux, datant de milliers d’années, furent-ils détruits ? Pourquoi cette destruction fut-elle autorisée ? Leur science médicale était bien plus avancée que la médecine occidentale ne l’est aujourd’hui. (5) Quel est l’avenir du Tibet et du peuple tibétain ?

Partage international no 9mai 1989

(1) Mao Tsé-toung n’avait bien entendu aucun droit d’envahir le Tibet. On doit comprendre qu’un initié du troisième degré n’est pas un Maître parfait, ayant atteint la réalisation divine, mais un être humain et, s’il est à la tête d’un grand pays de 900 millions d’habitants, un individu assumant de grands pouvoirs mais également de grandes responsabilités. Examinons les raisons de cette invasion : après que la Grande-Bretagne se fût retirée de l’Inde, le pouvoir au Tibet fut l’objet d’un vide, que seules deux puissances pouvaient combler : l’Union Soviétique et la Chine. La Chine se sentait déjà à découvert et menacée (le long de sa frontière nord-ouest) par les missiles soviétiques, et l’annexion du Tibet paraissait être aux Chinois la seule manière naturelle de protéger ce flanc. Que cette occupation ait été accompagnée d’atrocités et de la destruction de trésors culturels anciens est une tragédie, mais la motivation première de la Chine n’était pas un simple accroissement de territoire. On devrait également examiner les liens ayant existé entre la Chine et le Tibet tout au long de l’histoire. Il s’agit en effet de deux peuples bien distincts, mais chacun a envahi le territoire de l’autre maintes et maintes fois au cours des siècles. Il fut un temps — il y a des siècles, c’est vrai — où l’armée tibétaine se tenait aux portes de Pékin. Ainsi, de leur point de vue, les Chinois pouvaient justifier l’annexion du Tibet en la considérant comme la réoccupation d’une lointaine province. J’ai, pour certaines raisons, des souvenirs marquants des événements de 1959, époque où l’invasion commença, et je fus alors stupéfait et chagriné de son acceptation aisée par le reste du monde. (2) Le lecteur demande : Pourquoi cela fut-il autorisé? Pourquoi la destruction d’une science et d’une culture anciennes fut-elle autorisée ? Autorisée par qui, puis-je vous demander ? N’a-t-on pas vu, maintes et maintes fois, des cultures anciennes être colonisées puis anéanties, des peuples être dispersés ou massacrés ? Le lecteur semble penser que Dieu ou la Hiérarchie auraient dû s’opposer, d’une manière ou d’une autre, à l’invasion du Tibet, et ainsi préserver son patrimoine ancestral. Une telle attitude, je le crains, aurait représenté précisément le type de comportement que la Hiérarchie ne s’autorise jamais, c’est-à-dire la transgression du libre arbitre de l’humanité. Le ferait-elle, que l’homme n’apprendrait ni ne grandirait jamais. (3) Le peuple tibétain ne s’éteindra pas, et ceux qui ont fui à l’étranger pourront bientôt, s’ils le souhaitent, retourner dans leur pays. (4) Quel est leur futur ? Ce que les Tibétains en feront. Ils ont certainement des talents et du courage à revendre afin de rebâtir leur vie au Tibet.

Réponses données par Benjamin Creme