Q : Acceptez-vous l’interprétation selon laquelle Lucifer serait l’ange déchu du mal ?

Partage international no 17février 1990

Non, je ne suis pas d’accord avec cette interprétation. Il s’agit là, selon moi, dans l’enseignement chrétien, d’une incompréhension totale de ce qu’est Lucifer. Le terme « Lucifer » signifie littéralement « lumière ». Le mot provient de la racine latine : lux, lucis, la lumière, et fer, ferre, apporter. Il signifie donc « celui qui apporte la lumière ». C’est le nom de la planète Vénus, l’étoile du matin. Il s’agit de pure lumière et c’est donc loin d’être mauvais. Dans l’enseignement ésotérique, Lucifer est le nom donné à la grande Entité angélique qui, sur le plan de l’âme, incarne le règne humain. En tant qu’âmes, nous sommes, chacun d’entre nous, une partie individualisée de cette sur-âme. Même si cette notion peut nous paraître difficile à saisir, il n’existe en vérité pas d’âme séparée. Cela n’existe pas. L’enseignement chrétien soutient que Lucifer – assimilé à Satan, le chef des anges rebelles – a été expulsé du paradis pour avoir été trop frondeur et s’être querellé avec Dieu. Cette explication est vraiment simpliste et révèle une méconnaissance complète de la réalité. Elle est en outre bien évidemment symbolique. C’est le symbole d’un tournant tout à fait significatif pris dans l’évolution de l’humanité il y a 18,5 millions d’années. A cette époque, le premier homme-animal avait atteint le stade où l’énergie du Mental allait pouvoir être insufflée dans son mental naissant. L’homme-animal n’avait pas encore de corps mental. L’énergie du Mental, provenant de la planète Vénus, fut dirigée sur l’homme-animal. Ce processus stimula le mental de ces êtres presque humains à un point tel que les âmes humaines, qui attendaient sur le plan de l’âme, purent venir en incarnation pour la première fois. Le premier homme-animal était si peu développé que l’énergie du mental, et au moins le noyau d’un corps mental, devaient être présents avant que cette incarnation puisse avoir lieu. Pour la première fois, les âmes humaines furent individualisées. L’âme étant parfaite, le plan de l’âme est une sorte de paradis. Le mythe d’Adam et Eve symbolise cette descente du paradis vers l’incarnation. L’âme n’étant capable de se manifester que de manière imparfaite au moyen des véhicules inférieurs que sont le mental, l’astral et le physique, l’incarnation est en quelque sorte une descente dans l’imperfection, ou le « mal », ainsi qu’on le dénomme dans la Bible. Il ne s’agit pas d’un mal dans un sens manichéen du terme – le mal contre le bien – mais dans le sens d’une imperfection relative en comparaison avec le niveau de l’âme. Pour les Maîtres, il n’y a que perfection et imperfection. Il n’existe rien qui puisse être appelé péché. Ce que nous appelons péché n’est qu’une imperfection relative. Mais les groupes chrétiens ont tout focalisé sur les notions de péché, de bien et de mal. La descente de l’âme dans la matière physique conduisit à une expression imparfaite de cette âme. Le voyage de l’évolution se poursuit bien entendu jusqu’à ce que les véhicules physiques soient suffisamment affinés pour permettre la manifestation parfaite de l’âme en incarnation. C’est le processus de retour. L’involution est la descente de l’âme dans la matière (la rébellion au paradis). L’évolution est le voyage de retour.

Réponses données par Benjamin Creme