par Benjamin Creme,
Extrait de conférences données à San Francisco, E.-U., et à Ubbergen, Pays-Bas, en juillet et septembre 1986.
Cet article* aborde la peinture d’un point de vue inhabituel, car il traite de la structure de rayons de quelques grands maîtres à leur époque. Le lecteur y trouvera un aperçu du rôle joué par les rayons dans le style et les caractéristiques de ces peintres. Ceux-ci ont été choisis pour cette étude car tous, sans exception, sont maintenant des Maîtres — ne travaillant plus nécessairement dans ce monde, sur le plan physique, mais sur des niveaux supérieurs.
A l’époque où ils produisirent leurs œuvres, les peintres dont il est question ici furent inspirés par des Maîtres. Des initiés d’un tel niveau sont littéralement inspirés par leur Maître, non pas d’une manière vague, mais par une inspiration impliquant une relation particulière entre disciple et Maître, ce genre d’inspiration qui caractérise l’ultime étape de cette relation.
Initialement, le disciple est maintenu à distance et n’est jamais vraiment autorisé à s’approcher intimement. Ce début de relation est appelée : « le chélah sur le fil. » Progressivement, le disciple est attiré davantage vers son Maître jusqu’à ce qu’il se trouve dans l’aura de ce dernier. Il est ensuite attiré encore plus intimement jusqu’à ce que se produise la « fusion des lumières », lorsque l’esprit du Maître et du disciple sont unifiés. Le disciple sait alors instantanément tout ce que son Maître veut lui communiquer. Il y a fusion de la lumière de leurs deux esprits. C’est là que l’inspiration prend place. Ce processus est le résultat d’un adombrement jusqu’au point d’inspiration où le Maître agit réellement à travers le disciple. Les étapes conduisant à cette relation n’impliquent qu’une simple impression mentale.
Le Maître D. K. a écrit (par l’intermédiaire d’Alice Bailey) qu’il existe des artistes sur tous les rayons, mais que la combinaison du 7e et du 4e rayon en produit les meilleurs exemples. Ceux qui ont étudié la liste des quelques 800 initiés, parue dans la Mission de Maitreya, tome I, auront constaté, qu’à de rares exceptions près, les rayons 4 et 7 prédominent dans la structure de tous les peintres.
Lorsqu’on étudie l’œuvre de ces peintres, il est également intéressant de noter l’influence des rayons de la nation où ils ont vu le jour. Les rayons du pays influencent toujours l’œuvre d’un artiste ou d’un musicien, quels que soient ses rayons individuels. Rappelez-vous aussi que ce ne sont pas les rayons qui font la grandeur ou l’insignifiance d’un individu, mais bien son niveau d’évolution, lequel déterminera la manière dont il utilisera ses rayons.
Cimabué (1240-1302)
Cimabué était très avancé pour son époque : il était un initié de degré 2,35. De nos jours, il serait l’équivalent d’un disciple avancé actif, par exemple d’un éminent homme d’Etat, ayant sous ses ordres un vaste groupe de personnes. Sa structure de rayons était intéressante :
Ame : 6 ; Personnalité : 6, 6 ; Mental : 4, 4 ; Astral : 6, 2 ; Physique : 7, 7.
Cimabué avait une âme de 6e rayon, caractéristique répandue chez les initiés du XIIIe siècle. Un grand nombre de peintres italiens avaient une constitution où prédominaient le 6e et le 4e rayon. Dans le cas des initiés, il faut toujours garder présent à l’esprit qu’ils représentent l’aspect âme de leur pays (soit pour l’Italie, le 6e rayon de l’Idéalisme et de la Dévotion). Quand aux masses dans leur ensemble, elles expriment le rayon de la personnalité de leur pays, en l’occurrence le 4e pour l’Italie.
Bien qu’il travaillât loin de Byzance, Cimabué fut influencé par la tradition byzantine : son œuvre est hautement stylisée, irréaliste, presque totalement dépourvue de perspective ; certaines de ses œuvres laissent juste entrevoir l’esquisse d’une perspective. La structure de Cimabué comprend quatre 6e rayons, ce qui ne pouvait faire de lui qu’un homme exprimant particulièrement la dévotion. Outre ses nombreux 6e rayons (qui conférèrent leur aspect dévotionnel à ses peintures), il possédait également deux 4e et deux 7e rayons, qui ont fait de lui un artiste hors pair.
L’empreinte de la dévotion est manifeste dans ses œuvres, par exemple dans ses Vierges à l’Enfant ; ce sont réellement des icônes, des visions d’une conception divine et très abstraite de la Vierge à l’enfant, généralement entourée d’anges. Il s’agit plutôt d’objets de culte que de tableaux à admirer, et bien sûr, ils ont été créés pour des églises. Aujourd’hui encore, au sein des églises orthodoxes grecques et russes, l’icône est promenée parmi la foule des fidèles qui peuvent l’embrasser. Elle est censée être chargée d’énergie divine, car elle est la représentation d’un être divin. C’est exactement ce que l’on peut attendre des tableaux de Cimabué : des icônes rayonnant une énergie divine dans l’église et focalisant l’aspiration des fidèles. Seul un peintre du 6e rayon, d’une grande piété, pouvait exprimer un tel idéalisme abstrait dans ses œuvres. Cimabué est à présent un Maître hautement évolué, de sixième degré, un Maître ascensionné. Il travaille sur l’un des sept globes supérieurs de cette Terre.
Aucune reproduction ne peut exprimer d’une manière adéquate l’extraordinaire pouvoir des tableaux de Cimabué. Ce pouvoir émane en partie de leur dimension, mais aussi de l’intense concentration d’énergie de 6e rayon, qui fait irradier le tableau tout entier de la pieuse adoration caractéristique de ce grand initié.
Giotto (1266-1337)
Giotto fut le principal élève de Cimabué, et son œuvre se situe entre le XIIIe et le XIVe siècle. L’un étant l’instructeur de l’autre, il existe une similitude de style, reflétant les mêmes conventions artistiques, caractéristiques de l’époque à laquelle vivaient ces deux peintres.
Giotto possédait pratiquement les mêmes rayons que son instructeur (cependant répartis différemment), ceci expliquant, bien entendu, leur attirance réciproque. En observant leurs tableaux, nous constatons que cette différence dans la répartition de leurs rayons explique les différences de caractère, de sensibilité et d’atmosphère de leurs œuvres. La structure de rayons de Giotto était la suivante :
Ame : 6 ; Personnalité : 4, 4 ; Mental : 6, 6 ; Astral : 2, 4 ; Physique : 7, 7.
Alors que les tableaux de Cimabué sont grands et abstraits, froids et puissamment religieux, ceux de Giotto, bien que religieux, sont moins abstraits et évoquent les prémices artistiques d’un rayonnement humaniste plus direct et beaucoup moins froid. Giotto était un initié de degré 2,4, donc d’un niveau pratiquement identique à celui de Cimabué. Il est maintenant un initié de sixième degré.
Au lieu du double 6e rayon de Cimabué, Giotto présente sur la personnalité l’indispensable (double) 4e rayon du peintre. Bien qu’intimement lié au style italien « primitif » issu de Byzance, Giotto a développé un style beaucoup plus humaniste et narratif, comme s’il racontait une histoire. Son double 4e rayon de personnalité le pousse à communiquer, à exprimer ses connaissances, en l’occurrence de l’histoire et des concepts chrétiens. En évoluant, ses œuvres se firent de plus en plus humanistes et moins abstraites. Il est le grand précurseur de l’art humaniste à venir.
Rembrandt (1606-1669)
Rembrandt van Rijn est l’un des Hollandais les plus connus de tous les temps. C’était un initié de troisième degré, qui vécut de 1606 à 1669. Il naquit en tant qu’initié de deuxième degré et termina son existence sur le troisième échelon de la Hiérarchie. Sa structure de rayons était la suivante :
Ame : 2 ; Personnalité : 4, 6 ; Mental : 3, 1 ; Astral : 4, 4 ; Physique : 7, 3.
Rembrandt avait un 7e et trois 4e rayons. Une prépondérance de 4e rayons indique un amour de la couleur, ainsi qu’un désir de communiquer avec le public et de se rapprocher de lui. Le 4e rayon procure le rayonnement, la beauté de la couleur et de la lumière chez le peintre, ou de la mélodie chez le musicien. Le 7e rayon, de son côté, donne à l’artiste la faculté de dessiner, de concevoir, de structurer l’architecture de son œuvre.
Lorsqu’il quitta Leiden, sa ville natale, pour Amsterdam, Rembrandt acquit très rapidement une grande notoriété. Plus tard, il se ruina, essentiellement en raison de son extravagance (probablement due aux trois 4e rayons inclus dans sa structure). Si l’on ajoute à cela un mental de 3e rayon, avide de possessions, il ne pouvait qu’être porté à avoir l’esprit d’un collectionneur. A cette époque, ses merveilleuses collections de tableaux, de bijoux, d’épées, d’armures et de costumes précieux furent vendues publiquement pour une bouchée de pain. Il dut quitter sa grande et belle demeure du quartier chic d’Amsterdam pour aller dans un quartier très pauvre. Sa belle demeure initiale est à présent ouverte au public.
Il revêtait ses modèles de costumes orientaux, d’armes et d’armures, afin de donner un rayonnement riche, romantique et mystérieux à ses tableaux. En même temps, c’était un Hollandais très terre-à-terre, passionné par le réalisme. Son art révèle la synthèse d’une extraordinaire attirance pour le réalisme, avec un besoin de dessiner les choses telles qu’elles sont en réalité, allié au désir de tout ce qui est exotique, spectaculaire, rayonnant, inhabituel et mystérieux. En tant qu’initié de troisième degré, telles étaient les qualités qu’il percevait dans le monde de la signification. Son âme de 2e rayon dominait réellement les autres aspects de sa nature. L’essence du second rayon dans sa plus haute expression est la qualité d’amour magnétique qui attire tout à soi, en créant une synthèse unifiante. Cela permit à Rembrandt de synthétiser toutes les qualités disparates de sa propre structure : réalisme, romantisme, ferveur religieuse, tragédie. Je pense que c’est l’une des principales raisons pour lesquelles Rembrandt est devenu universellement le symbole du grand artiste. Les gens reconnaissent toujours la qualité d’amour qui les attire magnétiquement.
Si Rembrandt a réalisé nombre d’auto-portraits, ce n’était pas sous l’effet de la vanité ; il les considérait comme un outil d’introspection, pour déterminer le mobile de ses actes et mesurer l’effet du temps sur la vie. Dans son œuvre de maturité, la qualité emphatique de l’amour et de l’aptitude à s’identifier aux autres est présente dans tous ses tableaux. L’initié du troisième degré est déjà un individu exprimant la déité. L’âme infuse la personnalité, ce qui apparaît clairement dans son auto-portrait de la collection Frick, à New York. Il s’agit d’une œuvre de grande maturité, réalisée vers 1658. Voilà un homme qui vient juste d’être ruiné, qui a tout perdu : sa réputation, ses biens, sa maison, et qui va mourir dans la pauvreté et être enterré dans une fosse commune. Que voit-on sur ce portrait ? Un homme d’une puissance, d’une souplesse et d’une noblesse extraordinaires. Il exprime un calme et une sereine estime de lui-même, qui est la marque de l’homme qui sait qui il est, ce qu’il fait, d’où il vient, sans aucun étalage extérieur. Il s’agit d’une pose très simple, où l’on voit Rembrandt assis sur une chaise, tenant une canne et regardant le spectateur, droit devant lui, calmement, impassiblement, permettant à qui il est et à ce qu’il est de se manifester.
Rembrandt semblait avoir la faculté de voir le cœur de ses modèles. Il pouvait peindre un mendiant et le faire ressembler à un saint. Non pas en l’idéalisant ; en lui maintenant intégralement son réalisme, mais en conférant à ses sujets, sans aucune exception, sa propre nature d’âme de deuxième rayon, belle et aimante. La Fiancée juive, à Amsterdam, est incontestablement l’une des plus grandes démonstrations d’amour tendre de toute la peinture. Indéniablement, on ne peut mieux peindre l’anatomie, en tant que véhicule empreint d’émotion, que dans l’extraordinaire tendresse qui transparaît dans ce tableau. Seul un petit nombre de peintres possède cette faculté de peindre la réalité comme si elle était en train de se produire ; tout est dans l’imagination et non pas dans les yeux. Il est possible qu’il n’ait pas délibérément voulu créer un tableau plein d’amour et de tendresse. Il est probable qu’il ait été totalement absorbé par les difficultés techniques de réaliser la vision intérieure de son âme de 2e rayon.
A la maturité de son style, la couleur devient extrêmement restreinte, composée à partir d’une étroite palette de tons bruns et jaunes, avec quelques touches rouge et or. Bien qu’il employât des couleurs très simples, il fut en mesure d’introduire un rayonnement dans toute son œuvre. En fait, grâce aux trois 4e rayons de sa structure, il ne pouvait être qu’un merveilleux coloriste.
Un sentiment de communion émane de la Ronde de nuit, qui se trouve également à Amsterdam : une action se déroule devant nos yeux. Cette scène représentant une compagnie de garde, réalisée comme un portrait de groupe, était très populaire à l’époque de Rembrandt. Seul Frans Hals,un peintre hollandais, put un tant soit peu traiter ce sujet, ce qu’il fit plusieurs fois et plutôt bien. Mais les conventions en vigueur à cette époque voulaient que pour un tel portrait de groupe, on aligne une série de personnages ennuyeux à l’extrême. En appréhendant ce sujet, Rembrandt le considère comme un événement spectaculaire, mais aussi d’une circonstance quotidienne tout à fait réaliste.
Le tableau représente la fin d’une ronde de nuit, lorsque la compagnie de gardes apparaît dans le soleil matinal. La lumière est utilisée pour mettre en relief les visages d’une manière naturelle, mais hautement expressive, directe et vivante. Le côté naturel de la scène est accentué par l’apport de personnages extérieurs traversant le groupe, tels qu’une jeune fille se rendant au marché, un petit chien en train de fureter, etc. Ce fut probablement le tableau le plus ambitieux du point de vue de la taille et de l’envergure que Rembrandt ait peint jusqu’à cette époque, mais il marque le début de sa disgrâce auprès de ses contemporains, et à partir de là sa popularité déclina. A mesure que sa peinture s’améliorait, sa pauvreté s’accrut, ce qui est tout dire du public hollandais de cette époque et de son goût artistique !
Rembrandt possédait un cerveau de 7e rayon, et cela apparaît dans cette composition complexe. Sa facture est absolument naturelle, chaque personnage occupant sa place d’une manière heureuse et logique ; cependant, la composition est très élaborée et soigneusement conçue.
Il est probable que la qualité essentielle de Rembrandt est sa faculté de conférer un sentiment d’unité. Il existe un tableau à la National Gallery, à Londres, représentant une femme qui prend son bain. Il illustre à nouveau, malgré l’utilisation d’une palette de couleurs très limitée, son merveilleux sens rayonnant des couleurs, typique du 4e rayon, le recours à des tons or, rouge, blanc, alliés à la teinte fraîche de la chair. La pose du personnage révèle la modestie d’approche du 2e rayon, l’harmonie calme alliée à la douceur des gestes.
On trouve à Munich un magnifique portrait du Christ peint par Rembrandt. Il est probable qu’un simple voisin qui était aussi loin d’être le Christ que vous ou moi, ait servi de modèle. Cependant, Rembrandt, avec son empathie d’âme de deuxième rayon, fut en mesure de lui conférer une extraordinaire noblesse de caractère et une tragique beauté, le genre d’attributs que l’on associe à un initié tel que le Christ. Ayant le discernement d’un grand initié, Rembrandt contemple toujours le monde de la forme à travers son amour, sa tendresse et sa patience d’âme de deuxième rayon.
Léonard de Vinci (1452-1519)
Léonard de Vinci était un homme extraordinaire à tous points de vue. Il était peintre, sculpteur, architecte, biologiste, inventeur militaire, bref, le modèle même de l’homme de la renaissance. Il eut une immense influence sur son époque. Il inventa le mortier, arme de guerre si souvent utilisée de nos jours, et une catapulte très efficace. Il fut engagé par les autorités de Florence pour mettre au point les fortifications de la ville et en assurer l’indépendance. Inutile de dire qu’il avait cheminé longuement sur le sentier initiatique et qu’il est le plus avancé de tous les peintres que nous connaissons ; c’était un initié de degré 4,4. Etant donné qu’il est nécessaire d’atteindre le cinquième degré pour être un Maître, Léonard de Vinci n’était pas encore un Maître.
Ce que nous constatons chez lui, c’est le détachement de l’initié de quatrième degré, qui est réellement totalement détaché du monde, qui disséque des cadavres pour la science afin de révéler les structures internes du corps. Il a passé des centaines d’heures dans sa cave à disséquer des corps et à dessiner le résultat de ses observations, ce qui permit les premières études anatomiques. Un horrible passe temps, mais qui lui plaisait.
En fait, il n’était pas du tout originaire de notre évolution. Il venait de la planète Mercure ; c’était vraiment un avatar humain. Il ne se trouve plus dans notre système solaire, mais dans celui de Sirius. Il est à présent, selon nos termes, un initié de huitième degré, comme le Bouddha. Sa structure de rayons était extraordinaire, surtout si l’on considère que la combinaison du 4e et du 7e rayon est l’indice du type d’artiste le plus élevé :
Ame : 4 ; Personnalité : 7, 4 ; Mental : 7, 3 ; Astral : 4, 4 ; Physique : 7, 7.
Il ne pouvait être qu’un artiste de la plus grande classe. Il a réalisé son œuvre à la perfection, au niveau le plus élevé, tant dans la couleur que dans la forme.
Léonard de Vinci ne se sert pas de couleurs éclatantes ou criardes. Toutes ses œuvres donnent l’impression d’être achevées et complètes. Il n’est pas possible d’en dire plus que lui, dans aucune de ses peintures. Chacune d’entre elles semble transmettre une signification presque cosmique, ne pouvant être représentée qu’à travers le rayonnement de cette peinture. Elles s’emparent de notre imagination et imposent à notre esprit leur extraordinaire beauté sensuelle, mais abstraite.
Il doit bien exister une raison expliquant pourquoi la Joconde exerce une telle emprise sur l’imagination de millions de personnes dans le monde, dont la plupart n’en ont vu que des reproductions. Quelle en est l’explication ? A mon avis, c’est notre réponse au fait que Léonard de Vinci était un initié de degré 4,4, presque un Maître. On ressent qu’il ne travaille plus dans les trois mondes (physique, astral et mental) où vit l’humanité ordinaire. Ses tableaux représentent la beauté de la Réalité au sens spirituel, voire cosmique, s’exprimant à travers l’activité des 4e et 7e rayons, c’est-à-dire à travers la relation entre la couleur et la forme.
Dans la Vierge aux rochers, à Londres et à Paris, on trouve une composition d’une extraordinaire complexité, exprimant l’abondance des 7e rayons de Léonard de Vinci. Seul un être fortement influencé par le 7e rayon aurait l’impulsion, ou la faculté, de porter à un tel degré la structure et les rythmes créant les formes dans l’espace sur ses tableaux. C’est la capacité du 7e rayon de concevoir et d’organiser les matériaux qui crée une telle unité au sein de la composition globale complexe. Mais Léonard de Vinci possédait trop de 4e rayon pour composer d’une manière dure ou sèche. Il avait recours au clair-obscur, relation entre la lumière et l’obscurité, et à la manipulation des contours de chaque forme, les laissant se chevaucher, permettant ainsi à l’œil de glisser aisément de l’une à l’autre. Il en résulte ce sentiment de totalité, d’achèvement, si caractéristique de son expression.
Raphaël (1483-1520)
Tout le monde aimait Raphaël, en raison de la douceur exceptionnelle de sa nature. On l’appelait « le Divin ». En considérant sa structure de rayons, nous pouvons comprendre pourquoi :
Ame : 2 ; Personnalité : 4, 6 ; Mental : 7, 7 ; Astral : 6, 4 ; Physique : 7, 2.
C’était un initié de troisième degré, donc spirituellement polarisé. Il possédait un corps physique hypersensible et sa vie fut brève ; il travailla tout au long de son existence et mourut à l’âge de 37 ans. Il fut très influencé par Léonard de Vinci et par Michel-Ange.
Ce qui rend l’œuvre de Raphaël à ce point attirante, c’est l’harmonie qui se dégage de chacun de ses tableaux. Tous les mouvements au sein de la composition ont été conçus de manière à créer une harmonie absolue, un calme sans inertie, une harmonie pleine d’allant. Ses portraits ont une classe incomparable. Prenez, par exemple, le portrait du pape Jules II (qui se trouve à la National Gallery de Londres), c’était un tyran, une parfaite fripouille et un type de 3e rayon très intelligent. En examinant le portrait de Raphaël, vous pourriez le prendre pour un Père Noël bienveillant, dont la sévérité de la bouche ne serait dû qu’à l’absence de dents. Raphaël était peut-être nanti d’une nature douce, mais il n’était pas stupide ; il pouvait peindre autre chose que ce qu’il voyait. Cependant, il s’agit là aussi de l’expression d’une inclusivité et d’une bonne volonté dues au 2e rayon.
L’extraordinaire géométrie de ses vastes compositions de personnages fut élaborée et structurée grâce au recours de son mental et de son cerveau de 7e rayon. C’est là l’indice d’un merveilleux sens des proportions. Tout est réalisé avec discrétion, sans aucune trace d’exagération, caractéristique de l’art italien fondé ultérieurement sur son œuvre. Ce qui a fait de Raphaël l’un des plus grands peintres c’est cet équilibre entre la couleur et la forme, le rayonnement et la structure, l’atmosphère et l’architecture.
Michel-Ange (1475-1564)
Michel-Ange était surtout un sculpteur, mais il était aussi peintre, bien qu’il considérât la peinture comme un art très inférieur (c’est là un mirage partagé par beaucoup de sculpteurs !). Cela ne l’a pas empêché, en fait, d’être un peintre aux qualités exceptionnelles. Sa structure de rayons était la suivante :
Ame : 1 ; Personnalité : 4, 6 ; Mental : 4, 3 ; Astral : 6, 6 ; Physique : 1, 7.
C’était un initié de degré 3,3. Il peignait ses personnages comme des pièces de sculpture, comme s’il travaillait à partir d’un bloc de pierre. Il émane de ses personnages une extraordinaire énergie rythmique s’élevant et descendant en spirales. Ses contours sont « durs », technique plutôt prisée par le peintre de 1er rayon, car le contour dur exprime plus l’énergie que la douce nuance estompée. Bien que ses personnages ne soient pas aussi réalistes que ceux de Rembrandt, par exemple, ils renferment une extraordinaire présence physique, du fait qu’ils portent l’empreinte de la propre puissante personnalité de Michel-Ange, infusée par son âme de 1er rayon. Ses peintures représentent des concepts abstraits (du Christ ou de la divinité), dans un sens hautement symbolique de 1er rayon. C’est l’ample conception du monde du 1er rayon, vue à travers les yeux d’un initié de troisième degré. Bien que Michel-Ange ait possédé deux 4e rayons, sa couleur n’est pas très caractéristique du rayonnement du 4e rayon. Elle peut être un peu sèche ou pâle et douce, mais dans certains cas, fort puissante. Michel-Ange fut plus intéressé par la forme que par la couleur. Cependant, il est intéressant de noter que ses couleurs sont splendides et décoratives dans ses fresques de la chapelle Sixtine, comme le récent nettoyage l’a fait apparaître. Michel-Ange se trouve à présent sur Sirius et il est l’équivalent (dans notre système solaire) d’un initié de septième degré.
Véronèse (1528-1588)
Véronèse était un initié de troisième degré. Il était à la fois un brillant coloriste et un superbe organisateur des formes, comme nous pouvons le voir à partir de sa structure de rayons :
Ame : 7 ; Personnalité : 4, 7 ; Mental : 7, 4 ; Astral : 6, 2 ; Physique : 7, 3.
Ses deux 4e rayons le gratifièrent de la qualité de coloriste somptueux, hautement caractéristique et originale. Il mania merveilleusement les couleurs, surtout le rose, l’or, le bleu et la couleur chair. L’énergie du 7e rayon lui était spécifique et ceux qui sont intéressés par la peinture peuvent trouver de l’inspiration à partir de la couleur et de l’ordonnancement de tous ses tableaux. Son art révèle un sentiment de bien-être, la clarté, l’envergure alliée à la simplicité ; de même qu’une splendeur captivante dans le sens vénitien : luxe, confort et grandeur. Cela est dû à son âme de 7e rayon et à sa personnalité 4/7, qui lui permirent de réaliser des compositions extraordinaires, telles que les Noces de Cana, qui comprend plusieurs dizaines de personnages et que l’on peut admirer au Louvre, à Paris.
Véronèse était un initié de troisième degré. Il est à présent un Maître du 7e rayon et sera très actif dans le monde, dans le nouvel âge. Il sera responsable et inspirateur de l’architecture des 70 ou 80 prochaines année et il influencera ainsi puissamment l’architecture des 150 ans à venir. Il a d’ores et déjà commencé à élaborer ses plans à cet égard.
Le Greco (1541-1614)
« Le Greco » signifie « le Grec », Son véritable nom était Domenikos Theotokopoulos, et il signait ses tableaux de ce nom. C’était également un initié de troisième degré, mais avec une âme de 1er rayon.
Ame : 1 ; Personnalité : 4, 6 ; Mental : 7, 7 ; Astral : 6, 6 ; Physique : 1, 7.
Né en Crête, il se rendit à Venise lorsqu’il fut jeune homme, pour étudier avec le Tintoret, et au premier coup d’œil, certaines de ses œuvres précoces font fortement penser à ce peintre qui l’influença énormément durant cette période. Son propre sens inné des couleurs lui est venu de sa personnalité 4/6 et de son double 6e rayon astral. Cette faculté a été renforcée, aiguisée et structurée par son expérience vénitienne près du Tintoret qui était lui-même un grand coloriste. Le Greco réalise vraiment ses compositions avec la couleur, la laissant fournir le matériau de base, à l’aide duquel le tableau est créé. Dans ses tableaux ultérieurs, les formes en flamme constituent la caractéristique dominante, avec un allongement et une distorsion des personnages jusqu’à un degré conférant à son œuvre une force d’expression et une intensité gothiques.
Le pouvoir, la vitalité, l’extraordinaire impact de tout ce qu’il peignait fut l’expression de son 1er rayon, le rayon du pouvoir et du dessein. La caractéristique ardente, en forme de flamme, est en quelque sorte sa signature, son sceau. Elle reflète réellement sa connaissance ou son intuition de la nature de l’énergie qu’il incarnait. Il devait certainement savoir, sur le plan de l’âme, qu’il était une âme de 1er rayon, et la nature du feu que toutes ses œuvres majeures révèlent est l’aspect du 1er rayon : le feu électrique issu du Soleil spirituel central. Cela peut être comparé à l’œuvre de Raphaël et de Rembrandt qui manifestaient une qualité de feu de deuxième rayon : le feu solaire.
Le Greco était un grand peintre religieux qui exprimait une authentique ferveur religieuse, ce qui confère à son œuvre sa qualité extatique, contrairement à de nombreux peintres de la Haute Renaissance italienne qui suivaient vraiment les clichés à la mode ; par exemple, les peintres religieux traditionnels trouvaient suffisant de montrer des personnages levant les yeux au ciel.
Il est intéressant de considérer l’influence du rayon d’un pays sur sa peinture. Comme nous l’avons vu, l’Italie a une âme de 6e rayon et une personnalité de 4e rayon, et beaucoup de peintres italiens ont ces mêmes rayons. Ainsi en Italie, les peintures revêtent souvent une mise en scène théâtrale. Elles peuvent avoir des dimensions excessives, les personnages et les formes sont comme suspendus dans les airs, ou les gestes sont exagérément amples. Dans le cas du Greco, ce sont les énergies du 1er et du 7e rayon qui sont à l’œuvre, conférant à ses tableaux une intégration rythmique, linéaire, tout au long de ses compositions, ainsi qu’un sérieux et un dessein absolus. Il est à présent un Maître, un initié du sixième degré, travaillant sur les plans intérieurs, à partir du niveau atmique.
Albrecht Dürer (1471-1528)
Dürer était un peintre allemand du XVIe siècle, ayant une âme de 1er rayon. Initié de degré 2,4, il se trouvait à mi-chemin entre la deuxième et la troisième initiation, au seuil de la polarisation spirituelle. Sa structure de rayons était la suivante :
Ame : 1 ; Personnalité : 7, 4 ; Mental : 7, 4 ; Astral : 4, 6 ; Physique : 1, 7.
Ses tableaux présentent de façon typique une qualité dure, linéaire, sèche, la vitalité du 1er rayon exprimée en lignes. Coloriste peu éloquent, c’était un grand dessinateur et un graveur. Sa technique consistait à couper directement dans l’acier, gravant une ligne à la fois, et il en résulte une vitalité dure, solide, physique, impossible à obtenir d’une autre manière. Ses dessins ne présentent aucune nuance, mais ils expriment un extraordinaire réalisme, dû à ses origines nordiques. Chez lui, il y a toujours une touche d’expressionnisme, ainsi que nous qualifions ce genre de nos jours, que l’on peut déceler par exemple dans sa représentation des mains, traduisant une expression légèrement torturée. Ses dessins renferment une tension dans les lignes, signe d’une certaine agitation, d’une tension intérieure. Il s’agit là du reflet de son âme de 1er rayon, s’exprimant puissamment à travers sa personnalité, non encore entièrement infusée par l’âme. Dürer fut un brillant dessinateur et une puissante personnalité de l’art allemand, un de ceux qui l’ a certainement le plus influencé. Il ne plaît pas à tout le monde, parce que les gens sont un peu effrayés par l’expression du 1er rayon dans toutes ses œuvres. Dans le domaine artistique, une telle expression s’observe chez Dürer, le Greco et Michel-Ange. Dürer est maintenant un Maître qui se trouve sur Vulcain, la seule planète sacrée de 1er rayon.
Vélasquez (1599-1660)
Vélasquez était un peintre espagnol du XVIIe siècle, un initié de degré 2,4. Il est connu parmi ses pairs comme étant « le peintre des peintres ». C’est le genre de peintre que tout peintre aime. Sa technique est si merveilleuse que sa peinture semble ne jamais avoir été manipulée ni touchée, comme s’il l’avait projetée sur la toile avec son souffle. Ses couleurs sont toujours exquises, comme le lui permettaient les nombreux 4e rayons de sa constitution : gris, noirs et roses, alliés à de subtiles teintes chair. Sa structure de rayons était la suivante :
Ame : 4 ; Personnalité : 7, 6 ; Mental : 1, 7 ; Astral : 4, 4 ; Physique : 7, 3.
Son mental de 1er rayon lui procura sa puissance, sa largeur d’esprit, son style, sa grandeur, et son 7e sous-rayon mental lui donna une certaine réserve, un pouvoir d’organisation, un état de raffinement. Il ne commit aucun excès, contrairement à la tendance des peintres italiens. Son double 4e rayon astral conféra à son œuvre sa chaleur et son éloquence, cependant bridées par sa personnalité de 7e rayon et de sous-rayon 6.
Les rayons de l’Espagne sont le 6e au niveau de l’âme et le 7e au niveau de la personnalité, et il est indéniable que les rayons de la nation influencent l’œuvre d’un artiste, quelque soient ses rayons individuels. Vélasquez travailla à la Cour d’Espagne durant la plus grande partie de sa vie. Il possédait le style, la grandeur et la beauté discrète d’un parfait peintre de cour. Il est à présent un Maître se trouvant sur l’une des sphères supérieures de notre planète, la 5e sphère, et il travaille avec les dévas, comme cela semble le cas pour la plupart des Maîtres du 4e rayon. Son but est de se rendre sur Mercure !
Rayons d’aspect
1er rayon du Pouvoir, de la Volonté ou du Dessein
2e rayon de l’Amour-Sagesse
3e rayon de l’Intelligence active, créatrice
Rayons d’attribut
4e rayon de l’Harmonie par le conflit, de la Beauté ou de l’Art
5e rayon de la Science concrète ou de la Connaissance
6e rayon de l’Idéalisme abstrait ou de la Dévotion
7e rayon de l’Ordre cérémoniel, de la Magie, du Rite ou de l’Organisation
* Pour plus d’informations sur les Sept Rayons, consulter les ouvrages d’Alice Bailey, notamment Psychologie ésotérique, volume I, ainsi que les chapitres sur les rayons dans la Mission de Maitreya, tomes I et II, de Benjamin Creme, où sont cités les rayons des initiés et des nations.