Des militants de l’environnement récompensés – [sommaire]
Prix Goldman pour l’Environnement 2011
Le prix Goldman pour l’Environnement est la plus prestigieuse récompense au monde pour les écologistes de terrain. Accordé chaque année depuis 1990, ce prix a été décerné à 145 personnes de 80 pays. Chacun des lauréats, choisi parmi les six régions continentales habitées de la planète, reçoit 150 000 dollars. Les lauréats de cette année ‑ originaires d’Allemagne, d’Indonésie, de Russie, du Salvador, des Etats-Unis et du Zimbabwe ‑ constituent « un groupe de leaders émergents courageux qui travaillent contre vents et marées pour protéger l’environnement et leurs communautés. »
Fournir de l’énergie renouvelable
Ursula Sladek, Allemagne – Il y a vingt-cinq ans, la catastrophe de Tchernobyl, en Union soviétique, a produit un nuage radioactif qui s’est rapidement propagé à travers l’Europe. A l’époque, l’Allemagne de l’Ouest comptait presque exclusivement sur l’énergie du nucléaire et du charbon pour faire fonctionner son économie. Un petit nombre de sociétés avait le monopole du marché de l’énergie, contrôlant la plupart des réseaux électriques.
Ursula Sladek, mère de cinq enfants de la petite ville de Schönau en Forêt-noire allemande, a été alarmée par des rapports sur des résidus radioactifs détectés dans les terrains de jeux, les jardins potagers et les terres agricoles de sa localité. En réponse, avec son mari et un petit groupe de parents, elle a entrepris des recherches sur l’industrie de l’énergie en Allemagne et a constaté que les citoyens n’avaient pas leur mot à dire dans les décisions relatives à la production d’énergie.
Le groupe a ainsi entrepris ce qui allait devenir un projet de dix ans, visant à prendre en charge le réseau local et permettre aux gens dans toute l’Allemagne de choisir une énergie sûre et produite durablement. Ce projet allait transformer Ursula, qui devint présidente de l’une des premières entreprises coopératives d’énergie verte en Europe.
Parallèlement, elle a lancé une entreprise qui fournit aujourd’hui de l’électricité à plus de 100 000 foyers et entreprises à travers le pays. L’objectif de la société est de fournir de l’énergie renouvelable à un million de clients d’ici 2015.
Nettoyer la rivière Surabaya
Prigi Arisandi, Indonésie ‑ A Surabaya, la deuxième ville d’Indonésie, les usines et autres installations industrielles sont situées au bord de la rivière Surabaya. Depuis 1980, l’industrie rejette régulièrement des milliers de tonnes d’effluents toxiques dans le fleuve. Près de 96 % de l’eau potable de la ville vient de la rivière Surabaya mais des études récentes montrent que la concentration de mercure y est 100 fois supérieure à la limite fixée par l’Organisation mondiale de la Santé. Prigi Arisandi, biologiste et écologiste, a fondé l’Observatoire écologique et une réserve (Ecoton) pour protéger les ressources en eau et les écosystèmes des zones humides de l’Indonésie. Depuis 2000, il a inspiré des milliers de personnes à devenir des défenseurs de la rivière Surabaya. Il a créé le premier programme d’éducation environnementale de la région, éduquant le public par des excursions fluviales. Le Programme Arisandi de surveillance de la rivière, présent dans plus de 50 écoles, enseigne aux enfants à surveiller la qualité de l’eau et à transmettre leurs résultats au gouvernement. En outre, Ecoton a développé un réseau scolaire national pour la protection des rivières.
Bien que des lois pour l’environnement existent en Indonésie, en pratique, l’attitude habituelle du gouvernement provincial de Java-Est a été de ne pas intervenir. En 2007, P. Arisandi et Ecoton ont poursuivi le gouverneur de Java-Est et l’Agence provinciale de gestion de l’environnement pour leur manque de surveillance de la qualité de l’eau de la rivière Surabaya. En avril 2008, la cour provinciale a rendu un jugement faisant jurisprudence pour l’environnement : le gouverneur est tenu d’appliquer les règlements fixant une limite quotidienne maximale pour les rejets de substances toxiques dans la rivière et il doit mettre en place un système de surveillance pour en assurer le respect.
Protéger l’île de Sakhaline
Dmitriev Lisitsyn, Russie – Sur l’île de Sakhaline, au large des côtes d’Extrême-Orient russe, les intérêts publics et les multinationales exploitent à coup de bulldozer et de forage les importantes ressources pétrolières du secteur. Pendant ce temps, une zone sensible de reproduction des baleines grises du Pacifique Ouest, en voie de disparition, ainsi que la plus importante frayère à saumon de l’océan Pacifique sont menacées par les nouvelles exploitations massives.
Dmitry Lisitsyn, habitant de l’île de Sakhaline depuis 1989, s’est constamment préoccupé de l’environnement. En 1996, il rejoignit l’Observatoire de l’environnement de Sakhaline en tant que bénévole, et un an plus tard, il prit la tête de l’organisation. Au cours des quinze dernières années, D. Lisitsyn et cet observatoire sont devenus les plus grands défenseurs de l’environnement de la région.
Au début des années 1990, au moment du lancement de plusieurs projets pétroliers majeurs, D. Lisitsyn a entrepris de faire pression pour obtenir des réglementations plus strictes, pour plus de droits et d’avantages pour les communautés autochtones de l’île, et pour l’arrêt du rejet des déchets dans l’océan. Les efforts de D. Lisitsyn ont également abouti à l’annulation des projets de la compagnie Shell qui voulait construire des pipelines sous-marins dans les zones de répartition de la baleine grise du Pacifique Ouest.
D. Lisitsyn a fait campagne pour créer la Réserve naturelle de Vostochny sur la côte orientale de l’île de Sakhaline, qui a conduit en 2007 à la protection de 67 000 hectares de forêts, de frayères à saumon et de la zone marine adjacente. D. Lisitsyn et ses collègues ont depuis établi un partenariat entre la population locale, les agences gouvernementales concernées, l’association de pêche locale et des ONG, afin de mieux protéger l’île de Sakhaline.
Stopper la pollution d’une mine d’or
Francisco Pineda, Salvador – On estime que 90 % des eaux de surface du Salvador sont contaminées et que les réserves d’eau ne cessent de diminuer. Avec l’Accord de libre échange d’Amérique centrale (Aléac), on a vu au Salvador proliférer les exploitations minières qui représentent la plus grande menace pour l’approvisionnement en eau du pays.
Francisco Pineda, agriculteur, a fondé le Comité pour l’environnement de Cabañas, une association locale de bénévoles. Il s’était aperçu que le ruisseau irriguant ses récoltes avait cessé de couler, les pompes du géant minier canadien Pacific Rim siphonnant l’eau en amont pour ses mines d’or et d’argent. Ayant informé les responsables des collectivités locales de leurs préoccupations, F. Pineda et ses voisins s’entendirent répondre que l’exploitation minière allait continuer malgré les protestations locales.
F. Pineda et ses collègues du Comité pour l’environnement de Cabañas visitèrent des communautés luttant contre l’exploitation minière au Honduras, et constatèrent les terribles effets de l’empoisonnement chimique. De retour au Salvador, ils se mirent à éduquer les citoyens locaux en faisant du porte-à-porte et en organisant des réunions communautaires. Depuis le mouvement s’est accru pour inclure 26 localités et reçoit un soutien à l’échelle nationale.
Grâce en grande partie au leadership de F. Pineda, le gouvernement salvadorien n’a pas accordé à la Pacific Rim l’autorisation d’extraction nécessaire pour poursuivre son projet, et l’entreprise a réduit sa zone d’exploration active de 50 %. Mais cette victoire n’est peut-être que temporaire. La Pacific Rim réclame 100 millions de dollars en justice en vertu de l’Aléac, affirmant que le Salvador viole l’accord en stoppant les projets de l’entreprise. La date de l’audience n’est pas encore fixée, mais il est prévu que l’affaire se poursuive en 2011.
A la recherche d’une justice environnementale
Hilton Kelley, Etats-Unis – Situé à proximité des installations de huit compagnies pétrochimiques et de traitement de déchets dangereux, le quartier Ouest de Port-Arthur (Texas), en grande partie afro-américain, enregistre certains des plus hauts niveaux de rejets atmosphériques toxiques de tout le pays. Le taux d’asthme et de cancer est parmi les plus élevés dans l’Etat, tandis que les niveaux de revenu de la population sont parmi les plus bas.
Hilton Kelley est né et a grandi dans le quartier Ouest de Port-Arthur. Il a passé plusieurs de ses premières années dans une cité HLM située le long de la ligne de clôture de la raffinerie de pétrole Motiva. Un passage dans l’US Navy l’a amené à la baie de San Francisco, où il a travaillé en tant que cascadeur et acteur. Au cours d’une visite à domicile en 2000, vingt et un ans après avoir quitté Port-Arthur, H. Kelley s’est aperçu que la population souffrait de la pollution industrielle, se trouvait aux prises avec la criminalité et au bord de l’effondrement économique total. H. Kelley a compris alors que sa véritable vocation était de revenir pour aider à reconstruire sa ville natale.
Selon lui, les questions économiques et sociales de Port-Arthur ne pourraient être traitées que si les problèmes environnementaux étaient réglés en premier. Il a appris tout ce qu’il pouvait sur les politiques régissant la pollution industrielle et est devenu le leader du mouvement local pour nettoyer Port-Arthur. Il a créé sa propre organisation, l’Association citoyenne pour le développement et entrepris la formation de résidents locaux pour surveiller la qualité de l’air.
En 2006, la société Motiva a annoncé qu’elle allait étendre ses installations de Port-Arthur afin qu’elles deviennent la plus grande raffinerie de pétrole du pays. Suite à une vaste campagne de sensibilisation et de défense organisée par H. Kelley, Motiva a installé un équipement de pointe pour réduire les émissions nocives. H. Kelley a négocié un accord de « bon voisinage » désormais célèbre avec Motiva qui offre une couverture santé pour les habitants du quartier Ouest pour trois ans et crée un fonds de 3,5 millions de dollars pour aider les entrepreneurs locaux à lancer de nouvelles entreprises.
Protéger le rhinocéros noir
Raoul du Toit, Zimbabwe – Face à la diminution de son habitat et à la menace permanente du braconnage, les rhinocéros noirs d’Afrique restent fortement menacés d’extinction.
Après avoir subi un braconnage dévastateur fin des années 1980, les rhinocéros ont été déplacés vers des zones dans le sud du Zimbabwe ; ils constituent une espèce reine pour la conversion de fermes d’élevage en zones de conservation de la faune. Il s’ensuivit une croissance importante de la population de rhinocéros.
Cependant, en 2000, le gouvernement a lancé une politique foncière radicale permettant l’expansion de l’agriculture de subsistance dans les zones de conservation. La réduction des forces de l’ordre dans ces zones entraîne une forte augmentation du nombre de rhinocéros abattus par des braconniers.
Raoul du Toit a été une figure centrale dans le développement des réserves de rhinocéros dans les années 1990 ; il est resté au Zimbabwe pour soutenir ces projets dans la période agitée des années 2000. Aujourd’hui, 350 rhinocéros noirs se trouvent dans la région du Lowveld, grâce aux initiatives que R. du Toit a coordonnées. Lui et sa petite équipe travaillent actuellement à surveiller les rhinocéros, soigner leurs blessures, accentuer les efforts pour lutter contre le braconnage, et sensibiliser la population à la nécessité de préserver les rhinocéros.
Source : GoldmanPrize.org
Sri Sathya Saï Baba (23 novembre 1926 ‑ 24 avril 2011) – [sommaire]
C’est avec grande tristesse que nous avons appris le décès de Saï Baba le 24 avril dernier. Sa mort a été relatée dans les quotidiens du monde entier.
Benjamin Creme disait souvent : « Saï Baba est l’Etre divin le plus réalisé qui honore cette planète de sa présence. »
Il est un Avatar, non pas issu de l’évolution de la Terre, mais un visiteur cosmique, pour ainsi dire. Saï Baba est un Régent spirituel, un représentant de la Divinité sur notre planète, et il incarne l’énergie de l’Amour cosmique, le principe christique à un niveau cosmique. Cette énergie continue à émaner de lui sur le monde entier.
Benjamin Creme a expliqué : « C’est une grande perte mais Saï Baba n’est pas parti ; bien qu’il ait quitté son corps physique, il continue son travail. »
Saï Baba était la deuxième des trois incarnations sur Terre d’un grand être spirituel : la première incarnation était en tant que Saï Baba de Shirdi, la deuxième en tant que Sathya Saï Baba, qui a lui-même prédit que sa troisième et dernière incarnation se ferait au début du 21e siècle en tant que Prema Baba, et qu’il naîtrait dans l’Etat de Karnataka.
La vie de Saï Baba fut une vie vouée au service ; et le service est au centre de tous ses enseignements. Parmi d’autres réalisations, on trouve des hôpitaux ultra modernes gratuits, des écoles et des universités, construits en Inde et dans d’autres pays sous sa guidance… ou bien l’approvisionnement gratuit en eau de plusieurs villages.
Ce grand Avatar assure également le rôle de stimulant de l’amour inné de l’humanité en général, ce qui ouvre le centre du cœur de ceux qui approchent la première initiation.
Comme le savent les lecteurs de Partage international, Saï Baba et Maitreya travaillent ensemble pour la régénération du monde, incarnant tous deux la même énergie ‑ Saï Baba, le principe christique au niveau cosmique, et Maitreya, le même principe au niveau planétaire. Lors des conférences publiques de B. Creme, Saï Baba et Maitreya adombrent ensemble B. Creme, montrant la connexion entre ces deux Grands Avatars.
Benjamin Creme a décrit comment Saï Baba avait initié ce processus, en 1982, lors d’une conférence dans une université américaine : alors qu’il répondait à une question sur la relation entre Maitreya et Saï Baba, Benjamin Creme sentit soudain une formidable énergie descendre en lui, « comme un train express, de plus en plus vite ». Il demanda à son Maître ce qui s’était passé, et ce dernier répondit : « Saï Baba a ajouté sa bénédiction pour le public. » Ce processus a continué depuis et nous comprenons qu’il se poursuivra.
Ces dernières années, on a pu observer se répandre ‑ provenant de certains milieux ‑ un dénigrement de la personne de Saï Baba, de ses activités et de leur valeur ; il a été accusé de tromperie et de mauvais usage de ses pouvoirs. Benjamin Creme a toujours défendu la valeur du travail de Saï Baba et la réalité des miracles qu’il accomplissait pour ses millions de fidèles à travers le monde. Comme l’exprime B. Creme : « Les plus grands arbres portent les meilleurs fruits mais ils attirent aussi les plus grosses pierres. »
Au fil des années, la revue Partage international a souvent publié des articles et des témoignages concernant Saï Baba. Nous voulons exprimer notre sympathie à tous ses co-workers et fidèles du monde entier.
Structure de rayons de sri Sathya Saï Baba (1926-2011)
A : 2 ; P : 4 (7) ; M : 1 (4) ; As : 4 (2) ; Ph : 3 (7)
Interview de Paul Gunter par Jason Francis,
Beyond Nuclear (Au-delà du nucléaire) est une ONG basée dans le Maryland, aux Etats-Unis. Elle met en place des actions pour éduquer le public à la nécessité d’abandonner à la fois l’énergie nucléaire et les armes nucléaires si l’humanité veut survivre. Le groupe prône l’utilisation d’énergies produites sans dommages pour l’environnement et de façon démocratique.
Paul Gunter est directeur du projet Surveillance des réacteurs pour Beyond Nuclear, et leur porte-parole pour les questions touchant aux dangers des réacteurs nucléaires et à la sécurité. En 1976, il a cofondé la Clamshell Alliance, une ONG antinucléaire non violente qui s’est opposée à la construction de la centrale de Seabrook, dans le New Hampshire, une action qui a lancé le mouvement anti-nucléaire aux Etats-Unis. Jason Francis a interviewé Paul Gunter pour Partage international.
Partage international : Quels sont les dangers de la production d’énergie par fission nucléaire ?
Paul Gunter : Fukushima montre clairement le danger inhérent à la production d’électricité par fission nucléaire. Pour obtenir de l’électricité, sous-produit éphémère de l’industrie nucléaire, nous acceptons un risque radioactif qui met en péril tous les systèmes biologiques ‑ en fait toute vie sur Terre ‑ pendant des milliers d’années. Les générations futures ne recevront pas un watt d’électricité mais seront contraintes d’assumer la responsabilité de nos déchets nucléaires toxiques. Elles devront faire face à cette menace radioactive en construisant sans cesse de nouvelles barrières de protection autour des barrières précédentes, et ainsi de suite, comme des poupées russes.
PI. Combien d’accidents y a-t-il eu dans des centrales ?
PG. Il est difficile de donner un chiffre ‑ en particulier celui des accidents évités de justesse ‑ car les industriels du nucléaire savent contrôler l’information. Dans l’ancienne Union soviétique, par exemple, un accident s’est produit en 1957 à Kyshtym, une usine de retraitement de combustible dans l’Oural, qui n’a pas été officiellement reconnu pendant de nombreuses années. Il y a eu aussi en 1966 l’accident de Fermi 1, une centrale nucléaire tout près de Detroit, dans le Michigan ; là non plus, l’information n’a pas filtré.
Si l’accident de Three Mile Island du 28 mars 1979 est aujourd’hui bien connu, ce n’est que trois jours plus tard que le gouverneur de la Pennsylvanie a conseillé aux femmes enceintes et aux enfants d’évacuer la zone dans un rayon de huit kilomètres autour du réacteur. Et ce n’est que des années plus tard que les autorités ont admis qu’il y avait eu un début de fusion du cœur du réacteur.
Et puis on a l’accident de Tchernobyl le 26 avril 1986 près de Kiev, en Ukraine, qui a été tenu secret jusqu’à ce qu’un ingénieur trouve des niveaux élevés de radioactivité au-dessus de la centrale nucléaire de Forsmark, en Suède. Après avoir déterminé que cette radioactivité ne venait pas de leur centrale, les Suédois ont transmis cette information aux médias. Les Soviétiques ont alors dû admettre qu’ils avaient eu un accident avec perte totale de contrôle du réacteur pendant environ trois jours. Lors du 1er mai à Kiev, les enfants qui défilaient ne savaient toujours pas qu’il y avait eu une explosion avec émission importante de matières radioactives dans l’atmosphère.
Aujourd’hui, avec le désastre de Fukushima, nous avons la preuve que l’industrie nucléaire et le gouvernement japonais ont essayé de dissimuler l’ampleur de la catastrophe.
De nombreux accidents ont eu lieu, non seulement dans des centrales nucléaires commerciales privées mais aussi lors de l’utilisation d’engins à propulsion nucléaire dans l’ex-Union soviétique et aux Etats-Unis. Il y a eu des problèmes avec des réacteurs de recherche aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Parmi les premières pertes humaines recensées, on a un accident nucléaire dans une centrale expérimentale de la marine américaine où trois hommes ont été tués. Un autre accident s’est produit à Tokai-mura, au Japon (une installation de retraitement d’uranium), en 1999, où des ouvriers ont perdu la vie.
PI. Au vu de Fukushima, quelle est l’efficacité des plans de secours si un accident se produit dans un réacteur ?
PG. Avec l’énergie nucléaire, la seule protection efficace est la prévention. S’il y a émission radioactive, elle se répandra par le vent, la pluie, les eaux. L’exposition à ce risque dépasse les possibilités actuelles des plans de secours. Les Etats-Unis ont des plans d’évacuation pour des zones allant jusqu’à 16 kilomètres autour d’une centrale, mais il s’agit d’une décision politique, parfaitement arbitraire. On sait que cette distance est inadéquate pour mettre les populations à l’abri de la radioactivité autour d’un accident.
Les plans prévoient d’évacuer des populations hors d’une zone de 16 kilomètres de rayon vers des centres d’accueil équipés pour la décontamination et le contrôle du niveau de radioactivité. Mais ces centres se trouvent entre 20 et 25 kilomètres de l’accident alors que les autorités ont établi une zone de danger de 80 kilomètres.
Lors de l’accident de Three Mile Island, des populations autour de Harrisburg, en Pennsylvanie, se sont elles-mêmes spontanément évacuées sans qu’il y ait eu un ordre des autorités. Il est naturel que les gens confrontés à une menace que l’on ne peut ni voir, ni sentir, ni goûter, réagissent spontanément en fuyant. Dans les grands centres urbains, il est plus que probable que les actions d’évacuation des populations proches de l’accident seront entravées par la fuite spontanée d’autres habitants de zones plus éloignées. On aura des embouteillages monstres dans les goulots d’étranglement géographiques qui rendront impossible l’évacuation des populations les plus proches du réacteur. A Three Mile Island, des équipes entières de docteurs et autres personnels médicaux de services d’urgences se sont spontanément évacuées dans un rayon de 40 kilomètres de la centrale.
La même chose pourrait se produire avec des membres des équipes de secours, comme les conducteurs de car de ramassage scolaire qui lors d’un accident, ont pour mission de récupérer les enfants à l’école pour les conduire vers les centres d’accueil. Ces personnels vont très probablement s’occuper en premier lieu de leurs propres familles et mettre au second plan leur travail ou simplement l’oublier. Nous en avons eu la preuve à la Nouvelle-Orléans avec la catastrophe de l’ouragan Katrina, où 25 pour cent des employés du ministère de l’Intérieur ont fui avec leur famille plutôt que d’intégrer les équipes de secours de la ville, comme c’était leur devoir.
La nature particulière d’un accident nucléaire ne pourra que renforcer ce genre de défaillances. La menace nucléaire est telle que même en l’absence de signes de danger tangibles ‑ on ne voit rien, on n’entend rien, on ne sent rien ‑, la peur qui s’emparera de la population entravera ou rendra impossibles les opérations de secours. On a pu le constater à Fukushima : on avait ordonné aux populations de s’abriter dans des lieux situés entre 20 et 30 kilomètres de l’accident, mais les convois de secours avec nourriture et eau n’entraient pas à moins de 30 kilomètres de la centrale. En conséquence, là où des mesures extraordinaires auraient dû être prises pour évacuer des femmes enceintes, des mères allaitantes et des enfants le deuxième jour de l’accident, beaucoup de ces catégories de population à risque élevé de contamination ont simplement été mises en quarantaine à l’intérieur de la zone de danger.
On a aussi vu des gens qui se sont auto-évacués de la zone des 20-30 kilomètres autour de la centrale de Fukushima et se sont vu refuser des soins médicaux à l’extérieur de cette zone par crainte de la radioactivité dont ils pouvaient être porteurs. On leur a dit qu’ils devaient avoir un certificat de décontamination ou de non contamination avant de pouvoir être soignés. Voilà le genre de circonstances extraordinaires qui entraveront, retarderont ou font échouer les opérations de secours autour d’un accident nucléaire.
PI. Certains soutiennent que le nucléaire est une façon de faire face au réchauffement climatique. Que pensez-vous de cet argument ?
PG. Cet argument ne tient pas. Il est vrai que les centrales nucléaires n’émettent pas de fumée et que la production d’électricité par le nucléaire possède une empreinte carbone (66 grammes de carbone par kilowattheure) plus petite que la production d’électricité à partir de combustibles fossiles (environ 750 grammes de carbone par kilowattheure). Mais cet argument ne tient pas compte de la question sans réponse du stockage des déchets, ni des accidents graves qui surviennent régulièrement dans des centrales.
Mais si le nucléaire produit moins d’émissions de carbone que le pétrole, les énergies renouvelables en produisent encore beaucoup moins : 5 à 8 grammes de carbone par kilowattheure produit avec l’éolien.
La solution au problème du réchauffement climatique passera par l’adoption des solutions les plus efficaces en termes d’émissions de carbone. Remplacer simplement les émissions de carbone par les déchets radioactifs, c’est un peu comme si un fumeur allait voir son médecin pour une toux et se voyait prescrire de l’héroïne. On ne gagne rien à remplacer un inconvénient par un autre.
PI. Quel est le niveau de subvention dont bénéficie l’industrie nucléaire ?
PG. On n’aurait pas de centrales nucléaires si les gouvernements ne les construisaient pas. Le secteur privé n’est pas intéressé par la construction de centrales. Lisez les commentaires des grandes agences de notation financières comme Standard & Poor’s, Fitch Financial Services, et Moody’s Investment Services. Elles affirment depuis les années 1970 que l’énergie nucléaire est trop chère. Cette absence de rentabilité avait déjà sonné le glas de l’énergie nucléaire bien avant les accidents de Three Mile Island et Tchernobyl. Le risque financier a définitivement fermé la voie à une industrie nucléaire basée sur les lois du marché et l’investissement privé. Le marché du nucléaire nécessite donc le cordon ombilical des subventions pour survivre ‑ aux frais du contribuable.
Il suffit de voir l’exemple de la France, que l’on présente souvent comme un modèle dans le nucléaire, pour se rendre compte que l’industrie nucléaire est simplement la propriété du gouvernement français, une industrie publique. Ici au Maryland (E.-U.), la compagnie Constellation Energy s’était associée avec EDF ‑ propriété du gouvernement français ‑ pour former une société appelée Unistar Nuclear et construire une nouvelle centrale sur la rive ouest de la baie de Chesapeake. Mais quand Constellation a fait ses comptes, elle s’est aperçu que le coût des emprunts nécessaires au démarrage de la construction était simplement trop élevé et ils se sont retirés du projet. On voit donc que ce que l’on a proclamé comme « renaissance du nucléaire » est plutôt une « débandade nucléaire ».
Education, militantisme et action directe
PI. Quels sont les actions de votre groupe Beyond Nuclear ?
PG. En premier lieu, nous faisons de la sensibilisation et de l’éducation. Nous informons le public des dangers de la puissance nucléaire et des armes nucléaires, et de la nécessité de les abandonner tous les deux. Nous apportons un éclairage sur la violation fondamentale des droits de l’homme touchant les peuples indigènes confrontés aux opérations d’extraction d’uranium au Niger, au Kazakhstan, au Saskatchewan (Canada) et même au sud-ouest des Etats-Unis. Nous attirons l’attention sur les problèmes permanents qui sont la conséquence des accidents nucléaires et sur le stockage des déchets nucléaires par ensevelissement ou dans des décharges.
Beyond Nuclear défend les populations qui doivent faire face à la construction de nouvelles centrales ou au renouvellement de licences de centrales existantes. Nous aidons aussi les riverains à faire face aux dangers des émissions radioactives « ordinaires » et aux rejets accidentels de gaz et d’eaux radioactifs provenant des centrales. Nous participons à l’organisation de forums éducatifs, et d’auditions publiques contre la Commission américaine de régulation du nucléaire. Nous sommes chefs de file lors d’actions directes non violentes ‑ pétitions, rassemblements divers ‑ et nous encourageons à la désobéissance civile.
PI. Quels sont vos soutiens, et vos opposants ?
PG. Les émissions radioactives incontrôlées provenant de Fukushima montrent l’urgence qu’il y a à abandonner le nucléaire. La seule protection efficace est la prévention. On ne peut attendre d’autres Three Mile Island, d’autres Tchernobyl ou Fukushima car ce pourra être le tour d’une centrale nucléaire tout près de chez vous. Les gens se réveillent. C’est souvent face au malheur que l’on apprend les leçons de la vie, mais sur le sujet du nucléaire je regrette que les gens puissent si facilement désapprendre et oublier la gravité de la menace.
Nous continuons à lancer un appel vibrant pour en finir avec le nucléaire, éliminer les armes nucléaires et démanteler les infrastructures nucléaires dans le monde entier. Nous pourrons ensuite commencer à nous atteler à la tâche colossale que représente le traitement des déchets nucléaires existants, dont personne ne sait quoi faire. Notre audience et nos soutiens augmentent mais en même temps l’industrie du nucléaire est bien retranchée au Congrès, à la Maison Blanche et au Pentagone. Elle fera tout pour contrecarrer les efforts des opposants en propageant des informations lénifiantes pour banaliser la menace de la radioactivité à tous les niveaux ‑ en suggérant par exemple l’équivalence du risque d’irradiation pour un homme de 25 ans ou un fœtus de trois mois ou une mère allaitante. Le lobby nucléaire est expert en campagnes de désinformation coûteuses qui influencent les élus politiques et permettent à ce mastodonte d’avancer toujours plus.
PI. Quel rôle pourrait jouer un public instruit et informé dans l’opposition à ce mastodonte, et pour en finir une fois pour toutes avec les industries de l’énergie et de l’armement nucléaire ?
PG. Comme on a pu le voir en Egypte et ailleurs, les peuples aspirent à la démocratie. Il faut maintenant démocratiser les politiques énergétiques. C’est crucial et cela nécessitera que les citoyens s’élèvent contre une politique énergétique qui ne sert que les intérêts de quelques-uns. Nous avons maintenant la technologie permettant de décentraliser la production d’électricité, et faire adopter une politique énergétique sans émission de carbone et non nucléaire pour le 21e siècle. Les énergies renouvelables sont l’avenir. Mais il faudra d’abord arracher le pouvoir financier et politique des mains des industries des énergies fossile et nucléaire qui nous ont dominé jusqu’à ce jour. De véritables guerres ont été menées pour le contrôle de l’approvisionnement énergétique ; aujourd’hui, c’est par une guerre non violente que nous démocratiserons la politique énergétique.
Pour plus d’informations : www.beyondnuclear.org