Les cent premiers jours de Franklin D. Roosevelt
Partage international no 347 – juillet 2017
par Elisa Graf
Les cent premiers jours du premier mandat d’un président des États-Unis sont considérés comme un indicateur important du succès et des réalisations d’une présidence. On pense en effet qu’au cours de cette période, son pouvoir et son influence sont à leur maximum. En avril 2017, Donald Trump a déclaré qu’en comparaison à sa propre présidence, « aucune Administration n’avait accompli plus au cours de ces quatre-vingt-dix jours. » On dit que les comparaisons sont odieuses mais elles sont souvent révélatrices. C’est Franklin D. Roosevelt qui a inventé l’expression « les cent premiers jours ». Et ce sont les réalisations remarquables de ses cent premiers jours au pouvoir – la promulgation de 76 projets de loi dont quinze sont des textes de référence – qui constituent la norme sur laquelle encore de nos jours tous les présidents sont évalués. « Les États-Unis n’ont jamais eu un autre président de la qualité de Roosevelt, écrit Kenneth T. Walsh dans le magazine US News & World Report, en douze ans de présidence, bien plus longtemps qu’aucun autre président, il a eu un impact si profond sur la nation et le monde qu’il est reconnu comme une des personnalités qui a transformé le vingtième siècle et un des meilleurs présidents américains. » K.T. Walsh ajoute que l’une de ses plus importantes qualités en tant que leader était sa capacité à s’identifier à ses concitoyens, à montrer qu’il prenait soin d’eux et ferait son possible pour les aider. « Cela a renforcé son pouvoir politique en le reliant de manière irréversible avec le citoyen ordinaire, explique K. Walsh. C’est ce que les présidents ont essayé de faire depuis, mais peu l’on réalisé aussi bien que lui. »
F. D. Roosevelt a contracté la polio en 1921, à l’âge de 39 ans, et n’a jamais recouvré l’usage de ses jambes. Sa femme Eleanore a affirmé que l’expérience qu’il a vécue, celle de lutter contre une maladie sans parvenir à la vaincre, l’a forcé à briser l’isolement de la classe supérieure à laquelle il appartenait et qui lui aurait assuré une vie de confort et de privilèges.
Il a pris ses fonctions au cours de la période tumultueuse de la Grande Dépression, en janvier 1933, et les mesures législatives qu’il a prises immédiatement visaient à apporter une plus grande stabilité à l’économie américaine et à alléger le sentiment de désespoir qui étreignait la nation. C’était une période éprouvante pour un nouveau président. Dans Huffington Post, Zac Carter écrit : « Ce n’était pas une simple catastrophe économique. Le projet politique américain semblait être à l’agonie. » Des milliers de faillites bancaires ont réduit des millions d’Américains de classe moyenne à une pauvreté soudaine et choquante, tandis que des familles migraient de villes en villes à la recherche de travail et que les usines fermaient dans tout le pays. « Des fermiers venant des Dakotas, du Tennessee ou de l’État de New York, ajoute Z Carter, ont pris d’assaut les autoroutes, bloquant les transports de viande et de légumes dans une tentative désespérée de faire monter les prix des denrées alimentaires. A Le Mars (Iowa), un juge ayant ordonné quinze saisies de fermes fut traîné hors de la salle d’audience avec une corde autour du cou. »
Dans ce contexte préoccupant, la première mesure de Roosevelt en ce domaine, explique Z. Carter, fut de déclarer la fermeture de toutes les banques du pays et d’envoyer des inspecteurs pour examiner tous les livres de comptes. Par l’Emergency Banking Act (la loi d’assistance d’urgence aux banques), le gouvernement fédéral accepta de prendre en charge les dettes de toute banque solvable. Quelques jours plus tard, lorsque les banques ont rouvert, les déposants ont pu retirer leurs fonds, toute panique publique avait ainsi été évitée.
« La bonté humaine n’a jamais affaibli la vigueur ni ramolli la fibre d’un peuple libre. Une nation ne doit pas être cruelle pour être forte. »
Franklin D. Roosevelt
A la mi-juin 1933, continue Z. Carter, la menace de révolution avait été écartée. « La présidence américaine a été redéfinie et le rôle du gouvernement fédéral rapproché de la vie civile et réorienté politiquement comme jamais depuis la guerre de Sécession. Le pouvoir des grandes entreprises a été subordonné au vote du public pour les décennies à venir. » Au cours de ces premiers mois, Roosevelt a signé des lois qui ont sauvé le système financier grâce à de nouvelles réformes bancaires, protégé les familles des faillites, accordé des aides aux agriculteurs et aux ouvriers licenciés et créé de nouvelles agences gouvernementales pour employer directement les chômeurs désespérés.
Afin de mettre des millions de jeunes au travail et soutenir l’environnement, Roosevelt a fondé le Civilian Conservation Corps (Corps civil de conservation) ainsi que la Public Works Administration (Administration des travaux publics) pour construire des écoles, des barrages, des aéroports et d’autres infrastructures. Il a institué la Tennessee Valley Authority (TVA), qui a apporté l’électricité à une grande partie du Sud et a constitué un rempart contre les monopoles prédateurs du marché de l’énergie.
Afin de garantir l’épargne des citoyens contre les faillites bancaires, Roosevelt a créé la Federal Deposit Insurance Corp (FDIC), toujours opérationnelle de nos jours, comme on l’a vu lors des crises financières de 2008/2009. La Securities and la Exchange Commission (SEC) fut créée pour protéger les investisseurs contre les fraudes des entreprises. Pour prémunir les services bancaires traditionnels des opérations de négociations risquées, Roosevelt a institué le Glass-Steagall Act qui selon Z. Carter « a mis fin aux paniques bancaires pendant cinquante ans. »
Ces projets, bien qu’initiés pendant les cent premiers jours, ont pris des années à se mettre en place. Z. Carter l’affirme : « Ce rythme accéléré d’activité a permis d’apaiser un public anxieux. De nos jours, fait-il remarquer, nombre de ces idées et institutions sont une composante normale du gouvernement. Même les plus fervents conservateurs n’envisagent pas sérieusement de supprimer le FDIC ou le SEC, et la TVA reste un des plus grands producteurs d’électricité. »
Alors que les progressistes et les réformateurs ont réclamé ces mesures pendant des années, Z. Carter explique que leurs programmes n’avaient pas reçu le soutien des universitaires ni des intellectuels. « Roosevelt a financé son projet en suspendant la convertibilité du dollar en or – mesure radicale que les conservateurs qualifiaient encore de « communiste » dans les années 1950 – en lançant des emprunts et en imprimant de la monnaie. »
Bien que la politique de Roosevelt n’eût pas le soutien des capitaines de l’industrie de l’époque, son programme musclé a permis à l’économie de rebondir avant même que les dépenses qu’il avait approuvées commencent vraiment à bénéficier à l’économie. « Les cent premiers jours de Roosevelt ont rétabli la confiance des entreprises, comme le montre le remarquable rétablissement de la production qui a eu lieu, sans relance budgétaire, au cours du deuxième trimestre de 1933 », fait remarquer l’historien économique Robert Skidelsky.
Lorsque Roosevelt est mort à l’âge de 63 ans d’une hémorragie cérébrale, dans sa maison de campagne de Warm Springs (Géorgie), le 12 avril 1945, K. Walsh a déclaré : « […] un immense chagrin a envahi le pays. Ce n’était que quelques semaines après qu’il ait été autorisé à briguer exceptionnellement un quatrième mandat, et de nombreux Américains se demandèrent si on pourrait jamais le remplacer. K. Walsh raconte cette anecdote : Alors que son convoi funéraire traversait le pays, on demanda à un homme en pleurs au bord de la route s’il avait connu Roosevelt. Il répondit : « Je ne l’ai pas connu, mais lui, il me connaissait. » Tel était le sentiment partagé par des millions d’Américains. »
Ame : 2 ; personnalité : 4 ; mental : 1 ; astral : 2 ; physique : 1. Niveau d’évolution : 2,2.
[Source : la Mission de Maitreya, B. Creme]
Erratum – Voir la version imprimée de la revue Partage international n° 349, page 10.
Le niveau d’évolution de Franklin Roosevelt est 2,7 et non 2,2 comme indiqué ci-dessus.
