Une patrouille américaine refuse une mission

Partage international no 196décembre 2004

Une patrouille composée de réservistes a été arrêtée par les autorités américaines pour avoir refusé une « mission suicide » en Irak.

Stationnée à Tallil, au nord de Bagdad, elle avait reçu l’ordre de convoyer des camions citernes ni protégés ni armés. Les camions, dont plusieurs connaissaient des problèmes mécaniques, ne pouvaient pas dépasser 65 km/h. Le convoi ne devait être escorté ni par l’infanterie ni par des hélicoptères.

Selon le Washington Post, six mois après l’attaque américaine de mars 2003, 51 000 soldats et administrateurs civils en Irak n’étaient pas équipés de protections corporelles et autres armes défensives. Les email et les appels téléphoniques avaient mobilisé les familles qui avaient dû acheter des vêtements protecteurs pour leurs enfants sur le terrain. Les gilets pare-balles étaient envoyés en Irak par courrier. Au même moment, les gradés se plaignaient d’un manque général d’équipement et de préparation. Les appels téléphoniques et email des troupes en Irak vers le pays sont révélateurs de mécontentements et de la faiblesse du moral, alors que les critiques à l’encontre du gouvernement continuent à s’amplifier.

La mère de l’un des membres de la patrouille qui a refusé l’ordre (mi-octobre) de conduire le fuel à travers la région nord de Bagdad, connue pour ses embuscades, a rapporté à Associated Press les paroles de sa fille au téléphone : « Nous avions des camions hors services, des véhicules non blindés, et nous transportions du fuel contaminé. Ils nous retiennent contre notre volonté. Nous sommes prisonniers. »

Beverly Dodds, de Vandiver (Alabama), rapporte au magazine Salon qu’elle a reçu un appel de son fils, le 13 octobre, se plaignant d’avoir « de gros ennuis ». « Nous avons refusé l’ordre car les véhicules étaient en trop mauvais état. L’endroit où ils voulaient nous envoyer était dangereux. Nous devions y aller sans armes. On a tous refusé. On ne peut risquer sa vie comme cela. »

Les soldats affirment également que le gouvernement Bush leur a menti à la fois sur les raisons d’aller faire la guerre en Irak et sur le niveau de risques que la troupe devrait affronter.

Les protestations de « vétérans » de la guerre d’Irak continuent d’augmenter. Un vétéran de l’armée de l’air ayant servi au Moyen Orient a déclaré : « Je me sens complètement trahi par cette administration. J’ai été élevé en croyant qu’être militaire était la chose la plus honorable qui soit. Mais j’ai appris que cela n’avait rien de glorieux, et que le comportement de notre pays n’était pas à la hauteur de ce que je croyais – notre politique étrangère mettra des dizaines d’année à s’en remettre. » 

Le Support Network for an Armed Forces Union (SNAFU) (Réseau de soutien des forces armées) est une organisation qui soutient la résistance au sein de l’armée. D’après le SNAFU : « Ces soldats ont été mis en danger par la politique du gouvernement des Etats-Unis qui crée un climat de haine à travers le monde arabe et musulman. La guerre illégale contre l’Irak, les brutalités envers le peuple palestinien, les bombardements des civils à Fallujah et à travers l’Irak, et les séances de torture d’Abu Ghraid et d’ailleurs sont perçus, à juste titre, comme un véritable outrage à travers la région. 

Le Pentagone et le commandement militaire ont fait preuve, à plusieurs reprises, de leurs mépris de la vie humaine : en brutalisant et en tuant des Irakiens, et en négligeant la sécurité et le bien-être de leurs propres troupes. Les officiels du Pentagone et le corps des officiers considèrent les troupes du front, issues principalement de communautés pauvres et peu favorisées, comme étant sacrifiable, de même qu’ils considèrent les Irakiens comme moins que des humains […] Nous soutenons la décision de ces soldats qui ont refusé aux ordres et nous appelons les autres à agir pour stopper la guerre. »

Etats-Unis
Sources : Washington Post, Etats-Unis ; IPS
Thématiques : politique
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)