Un appel au sens de la moralité de nos leaders pour combattre la vague populiste

Partage international no 343mars 2017

Au moment où s’ouvrait le Forum économique mondial de Davos, le 17 janvier 2017, Mary Robinson, ex-présidente de la République d’Irlande, faisait une déclaration qui résonne dans le cœur des oubliés du progrès : « Des millions de personnes dans le monde qui souffrent et luttent pour leur survie estiment que le système mondialisé actuel ne leur est d’aucun secours. Depuis les anciens ouvriers de l’industrie de l’acier aux Etats-Unis, jusqu’aux habitants des petits Etats insulaires du Pacifique Sud où les moyens de subsistance sont menacés par le changement climatique, les gens sont désespérés de voir que les gouvernements et les conseils d’administration des grandes entreprises les ignorent. »

Selon Mary Robinson, l’histoire nous montre que « le populisme ne propose pas de vraies solutions ; il crée seulement de faux espoirs et blâme des boucs émissaires. Et de nombreux politiciens exploitent cyniquement de véritables revendications populaires pour parvenir à leurs propres fins. » L’année 2017 a débuté dans « l’incertitude et l’inquiétude à tous les niveaux de la société. Des bouleversements profonds dans la gouvernance des Etats, non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Europe, en Iran, en Inde et dans certaines parties de l’Afrique, pourraient perturber les institutions démocratiques et les processus multilatéraux.

Nous observons partout la montée de la xénophobie et de l’intolérance, un raccourcissement de la vision politique et la promotion des intérêts claniques. C’est comme si le couvercle d’une marmite en ébullition avait été soudainement ôté. Les tensions et le mécontentement sont exacerbés. Des idées sur la race, le sexe et la religion qui, il y a seulement quelques années, étaient jugées inacceptables sont maintenant monnaie courante. Au cours de la dernière année, nous avons vu comment le discours public peut être terni par une rhétorique violente et sinistre. On le voit encore plus sur Internet, où les femmes et les minorités sont la cible d’insultes lâches et d’intimidations. »

Certains politiciens prétendent que cette réaction est une révolte populiste contre les élites mondiales, dit M. Robinson. Beaucoup affirment, écrit-elle, « que le système de gouvernance internationale installé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, y compris l’Onu, doit être entièrement réformé. Je dirais que les valeurs qui forment la base de l’Onu et de la Déclaration universelle des droits de l’homme sont aussi pertinentes aujourd’hui que dans les années 1940 et que notre défi est de les défendre. » Mais nous devons également changer le système de gouvernance internationale, poursuit-elle, afin qu’il soit plus représentatif et capable de s’adapter aux circonstances géopolitiques changeantes de 2017 ainsi qu’aux « défis complexes à long terme, y compris le changement climatique, les migrations de population et les inégalités.

Si nous voulons faire des progrès constructifs en 2017 et arrêter cette vague de colère qui se transforme en nihilisme destructeur, tous les politiciens responsables, la société civile et les chefs d’entreprise doivent être forts et réaffirmer nos valeurs communes, fondamentales : une vie dans la dignité pour tous. Je suis heureuse de constater que beaucoup de dirigeants, d’organisations et de citoyens sont déterminés à agir ensemble pour assurer un avenir durable à tous les peuples et à notre planète. »

Dans le cadre de sa Fondation Mary Robinson pour la justice climatique, elle est optimiste quant à l’engagement des nations à l’égard des objectifs et des accords de la COP21 à Paris et un an plus tard à Marrakech. Elle a également insisté sur l’urgence de mettre en œuvre toutes les mesures prises lors de ces rencontres pour faire en sorte que l’augmentation des températures mondiales soit limitée au maximum à 1,5° C ou moins, une condition préalable absolue à la justice climatique.

« C’est seulement en adoptant une approche globale que nous pourrons mettre en œuvre avec succès non seulement l’Accord de Paris, mais aussi les Objectifs de développement durable des Nations unies. Pris ensemble – ce qui est absolument essentiel, car sans action sur le changement climatique, le reste de l’Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable ne sera pas réalisable – ils ont le potentiel d’améliorer la vie de millions de personnes à travers la planète. »

Il faut procéder du bas vers le haut ; les dirigeants et les élus politiques doivent faire preuve d’humilité et être à l’écoute du peuple, qui vit dans sa chair les conséquences du changement climatique, de la pauvreté, la violence et l’injustice.

Ce n’est pas le moment d’afficher un optimisme naïf ; les défis à venir sont particulièrement sombres et les voix hostiles sont fortes. Mais je reste inspirée par les mots de Nelson Mandela qui disait en 2003 : « Ceux qui se conduisent avec moralité, intégrité et cohérence n’ont pas à craindre les forces de l’inhumanité et de la cruauté. »

Mary Robinson conclut son article en affichant sa propre détermination : « En tant que membre du groupe The Elders [Les Anciens], œuvrant pour la paix et les droits de l’homme, je me souviendrai au cours de cette année de ces mots de Nelson Mandela [cofondateur de The Elders]. Ils continueront à inspirer les citoyens du monde entier à faire confiance à leurs meilleurs instincts et à travailler ensemble pour la justice. »


Date des faits : 17 janvier 2017
Sources : theelders.org
Thématiques : Société
Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)