Un appel à la guerre contre la pauvreté et la dégradation de l’environnement

Partage international no 161février 2002

Le monde doit mener une guerre mondiale contre la pauvreté et la dégradation de l’environnement, aussi énergique et bien financée que la guerre contre le terrorisme. C’est ce qu’affirme le rapport 2002 sur la situation mondiale, publié par le World watch Institute : un organisme de recherche établie à Washington (Etats-Unis).

« Dix ans après le sommet mondial de Rio, nous sommes encore loin de voir la fin de la marginalisation économique et environnementale dont souffrent des milliards d’individus, déclare Christopher Flavin, président de l’institut. Dans nombre de pays, le fossé qui sépare les riches et les pauvres s’élargit malgré la prospérité des années 1990, ce qui met en péril leur stabilité sociale et économique. Et les pressions sur les systèmes naturels du monde, depuis le réchauffement planétaire jusqu’à l’appauvrissement et la dégradation de ressources, telles que les réserves de pêche et d’eau potable, aggravent davantage la déstabilisation des sociétés. »

Ce numéro spécial du rapport sur l’état du monde met l’accent sur les thèmes concernés par le sommet mondial sur le développement durable, qui se tiendra en août/septembre 2002, à Johannesburg (Afrique du Sud), sous l’égide de l’ONU. Ce sommet apportera aux leaders mondiaux une chance historique de conclure un nouvel accord pour un monde économiquement, socialement et écologiquement durable, une chance qu’ils ne pourront pas se permettre de laisser passer. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, affirme dans la préface du rapport que « nous devrions tous comprendre que nous sommes non seulement confrontés à des menaces communes, mais qu’il existe aussi des opportunités communes à saisir si nous voulons relever le défit en tant qu’une seule et même communauté humaine ».

Le rapport met en relief certaines avancées sociales et environnementales accomplies depuis le sommet mondial de Rio, comme la diminution de la mortalité consécutive à la pneumonie, à la diarrhée et à la tuberculose, ainsi que l’arrêt de la production des chorofluorocarbones (destructeurs de la couche d’ozone) par les pays industriels.

Mais beaucoup d’autres facteurs importants continuent de s’aggraver. Les décès dus au sida se sont multipliés par six au cours des années 1990 ; les émissions de dioxyde de carbone à effet de serre ont augmenté de plus de 9 % ; et 27 % des récifs coralliens sont gravement menacés, contre 10 % à l’époque du sommet de Rio.

Ce rapport 2002 sur l’état du monde met en exergue plusieurs obstacles qui, au cours des dix dernières années, ont freiné les progrès vers l’instauration d’un monde durable :

– La politique de l’environnement reste une priorité mineure : le nombre croissant de traités écologiques et autres initiatives souffrent d’engagements et de financements insuffisants. Le Programme pour l’environnement de l’ONU a dû se battre pour maintenir son budget annuel d’environ 100 millions de dollars. Pendant ce temps, les dépenses militaires engagées par les gouvernements s’élèvent à plus de deux milliards de dollars par jour.

– Les dépenses consacrées à l’aide étrangère stagnent. Malgré l’accroissement de plus de 30 % de la production économique depuis Rio, l’aide a considérablement diminué, chutant de 69 à 53 milliards entre 1992 et 2000.

– La dette du tiers monde s’aggrave. Malgré les engagements de Rio, la dette des pays en développement et en transition s’est accrue de 34 % depuis 1992, atteignant 2 500 milliards de dollars en 2000.

L’accroissement de l’aide financière et politique pour les programmes sociaux et environnementaux est nécessaire, mais non suffisante pour permettre la transition vers un monde durable. Les auteurs du rapport affirment que l’engagement d’autres grands acteurs internationaux, les organisations non gouvernementales (ONG) et le milieu des affaires, est également essentiel.

Depuis le sommet de Rio, les ONG ont pris l’habitude d’utiliser les nouveaux moyens de communication pour organiser des opérations transfrontalières. Aujourd’hui, plus de 24 000 ONG opèrent à l’échelon international. Au cours des années 1990, les ONG ont intéressé des millions de personnes à de grandes campagnes, y compris celles concernant le Protocole de Kyoto, relatif au changement climatique, la suppression des mines antipersonnel ou la création du Tribunal criminel international.

« L’Afrique du Sud est la preuve vivante du pouvoir des peuples, qui œuvrent ensemble pour amener des changements, déclare Gary Gardner, directeur de recherche. La fin de l’apartheid est le parfait exemple d’une transformation rapide pratiquement impossible à imaginer. »

Les auteurs du Rapport 2002 sur l’état du monde exposent les changements techniques et politiques nécessaires pour créer une économie durable. « Conduire le monde vers un régime socialement et économiquement durable est une tâche ardue, affirme Hilary French, directrice de projet. Mais l’Histoire montre que la coopération peut surmonter des obstacles paraissant insurmontables. Johannesburg nous aidera à déterminer si les nations sont capables de s’attaquer ensemble aux problèmes urgents, ou si nous resterons sur le chemin de la destruction, lequel conduit à la pauvreté, au déclin de l’environnement, au terrorisme et à la guerre. »


Sources : Source : Worldwatch Institute
Thématiques : Société, environnement, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)