Partage international no 293 – février 2013
Interview de Leslie Kean par Jason Francis
Journaliste d’investigation indépendante, Leslie Kean couvre le sujet des ovnis depuis l’année 2000. En 2002, elle a cofondé la Coalition pour la liberté de l’information, un mouvement pour encourager une ouverture accrue du gouvernement sur les informations relatives aux ovnis, et une couverture responsable de la part des médias. En 2007, L. Kean a co-organisé une conférence de presse internationale historique à Washington sur les enquêtes officielles concernant les ovnis, qui a bénéficié d’une couverture médiatique dans le monde entier. Elle est l’auteur d’un best-seller du New York Times : Ovnis : des généraux, des pilotes et des officiels témoignent (Harmony Books, 2010), qui a servi de base à un documentaire télévisé sur la chaîne History Channel. Jason Francis a interviewé Leslie Kean pour Partage international.
[Note de la rédaction : Depuis sa création, Partage international a présenté davantage d’informations détaillées et concrètes sur l’existence des ovnis qu’il en est traité dans cette interview. Cependant, nous reconnaissons la valeur de l’approche de Leslie Kean pour contacter un public plus étendu et élargir la conscience des médias sur les ovnis et de leurs missions.]
Partage international : comment vous est venu cet intérêt pour les ovnis en tant que journaliste d’investigation ?
Leslie Kean : Tout a commencé en 1999, alors que je travaillais dans une station de radio publique en Californie et qu’un collègue m’a envoyé de France une traduction en anglais du rapport Cometa. Ce rapport a été élaboré par un groupe de retraités militaires français, dont quatre généraux et un amiral, ainsi que l’ancien chef du Centre national d’études spatiales (Cnes) en France, l’équivalent de la Nasa aux Etats-Unis, et un groupe de scientifiques et d’ingénieurs – un impressionnant ensemble de personnalités de haut niveau. Le rapport Cometa a examiné les données officielles sur les ovnis. Il a exploré les implications en matière de sécurité nationale des cas exceptionnels qui ont été officiellement étudiés. Le comité a examiné environ 5 % de toutes les observations – pour lesquelles il existe suffisamment d’informations pour déterminer qu’elles ne peuvent pas être expliquées par des moyens conventionnels. La plupart des observations peuvent être expliquées, mais pour les 5 % qui ne peuvent pas l’être, l’hypothèse la plus plausible, la plus rationnelle, était ce qu’ils appelaient « l’hypothèse extraterrestre ». Ils ont présenté quelques cas dans leur rapport et en ont examiné les implications.
En tant que journaliste, j’ai été saisi par le fait que des généraux et un amiral déclaraient que nous étions susceptibles d’être visités par des vaisseaux spatiaux extraterrestres. Ils disaient que ce n’était qu’une hypothèse, et qu’elle ne pouvait pas être prouvée. Néanmoins, je pensais que c’était énorme que des gens aussi importants fassent une telle déclaration.
J’ai effectué des recherches sur des cas similaires aux Etats-Unis, et j’ai publié un article à propos de ce rapport dans le Boston Globe, au printemps 2000. Le rapport Cometa m’a conduit à m’intéresser aux ovnis.
PI. Le rapport Cometa a-t-il été rendu public, et si oui, quelle a été la réaction du public à la probabilité qu’un pourcentage des ovnis soient des véhicules d’une autre planète ? Aux Etats-Unis, on nous affirme que les gens paniqueraient.
LK. Le texte intégral du rapport a été publié dans un numéro spécial d’une revue française. Il s’est très bien vendu. Le point que vous soulevez est important parce que dans d’autres pays, des officiels, des gouvernements ou des fonctionnaires retraités ont fait des déclarations de ce genre et les gens ne paniquent pas. Ils continuent leur vie quotidienne. Cela s’est passé dans d’autres pays comme en France. C’est arrivé en Belgique, au Royaume-Uni et dans de nombreux pays d’Amérique du Sud où les autorités ont reconnu la réalité de cas particuliers inexpliqués. Ici, notre propre gouvernement ne veut pas reconnaître cette part d’inexpliqué et même en admettre l’hypothèse. Au contraire, ils fournissent des explications stupides.
Des ovnis à l’aéroport de Chicago
PI. A propos d’explications stupides que le gouvernement américain donne pour expliquer des observations d’ovnis, pourriez-vous nous parler de l’un des cas que vous décrivez dans votre livre, l’apparition d’un ovni à l’aéroport international O’Hare de Chicago, en 2006 ?
LK. Le cas O’Hare est une très bonne illustration de la façon dont le gouvernement américain gère ces situations, contrairement à d’autres gouvernements dans d’autres pays. L’incident s’est produit le 7 novembre 2006 à environ quatre heures et demie, cinq heures de l’après-midi. Un objet à l’aspect métallique et en forme de disque s’est mis soudainement à planer au-dessus de la porte C17 du terminal de l’United Airlines. Les pilotes, les agents de maintenance, les équipages, et les gens qui changeaient d’avion en allant d’une piste à l’autre, l’ont vu depuis le sol. Les responsables ont été alertés, les gens sont sortis et ont levé les yeux, et beaucoup de gens ont vu cette chose à l’aspect étrange qui planait. Il existe de fait un enregistrement audio d’un responsable d’United Airlines appelant la tour de contrôle et demandant s’ils avaient capté cet objet qui était en cours d’observation. Malheureusement, le radar n’a rien enregistré. Mais il y avait de nombreux témoins et l’observation a duré environ cinq minutes, peut-être même plus. L’objet était en vol stationnaire juste au-dessous d’un banc de nuages denses situé à environ 500 à 600 m d’altitude. Tout à coup, il a jailli droit vers le ciel, opérant une perforation nette dans le banc de nuages au contour de l’objet. Si vous étiez juste en dessous de ce trou vous pouviez vraiment voir le ciel bleu à travers le banc de nuages, comme l’ont signalé certaines personnes.
Évidemment, il ne s’agissait pas d’une sorte d’avion conventionnel parce que nous n’avons pas la technologie qui peut nous propulser vers le haut en un clin d’œil et faire un trou dans un nuage. Le problème était que les témoins n’avaient nulle part où aller avec leurs observations. Aucun intérêt du gouvernement, aucune enquête. Deux témoins ont fait part de leurs observations à un groupe civil de recherche sur les ovnis, et leurs témoignages arrivèrent jusqu’au Chicago Tribune.
Un journaliste du Chicago Tribune a mené une enquête plus approfondie et elle a été publiée en première page du journal. L’association du Dr Richard Haines, le Centre national d’information sur les phénomènes aériens anormaux, a réalisé une enquête encore plus approfondie qui a duré quelques mois. Dans leur rapport, ils ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas expliquer la nature de l’objet, et ont conclu qu’il s’agissait de quelque chose d’anormal.
La réponse du gouvernement a été intéressante. Ils ont informé le public que le phénomène était dû à la « météo », ce qui est absolument ridicule car il est évident que ces observateurs expérimentés s’y connaissaient en météo. Il y avait de la bruine à ce moment-là et rien de spécial à signaler concernant le temps. J’ai appelé le porte-parole de la FAA (Administration fédérale de l’aviation), qui avait affirmé que la météo était à l’origine du phénomène et lui ai demandé : « De quel phénomène météorologique parlez-vous exactement ? » Il m’a répondu : « Ma meilleure hypothèse est que c’était une perforation nuageuse. » Une perforation nuageuse est un phénomène très rare, mais cela arrive. C’est un trou qui se forme quand des cristaux de glace venant d’un nuage situé à un niveau supérieur tombent dans un nuage situé en dessous.
J’ai appelé plusieurs météorologues, des physiciens et des spécialistes et j’ai cherché à connaître les conditions nécessaires à la formation d’une perforation nuageuse. J’ai appris qu’il ne faisait pas assez froid ce jour-là à O’Hare pour qu’une perforation nuageuse puisse se former. Il aurait fallu être en dessous de zéro pour qu’un tel phénomène se produise. En réalité, il faisait beaucoup plus chaud – environ 10°C.
Donc, nous n’avons qu’une explication bidon de la FAA évoquant un phénomène qui ne pouvait pas se produit ce jour-là, et ils en sont restés là. Pour moi, ce qui est important à propos de ce cas, c’est d’observer de quelle façon ridicule le gouvernement américain gère ce genre de situations – et de mettre en avant que cela se passe différemment dans d’autres pays1.
Des ovnis sur l’Europe
PI. Y a-t-il d’autres cas d’ovnis dans votre livre que vous trouvez particulièrement convaincants et crédibles ?
LK. Oui, comme la vague des observations au-dessus de la Belgique, qui a eu lieu en 1989 et 1990. La plupart des observations d’ovnis sont un événement ponctuel, mais dans ce cas, les objets sont revenus à plusieurs reprises pendant un an, un an et demi. Beaucoup de gens ont pu les voir.
Le gouvernement a été mobilisé, en particulier l’Armée de l’air, pour comprendre la nature de ces objets. Cela n’a pas été gardé secret vis-à-vis du public. En fait, le gouvernement s’est impliqué activement et ouvertement. Il existe une quantité incroyable de données sur les objets observés et la façon dont ils se sont comportés. Les scientifiques ont été associés au gouvernement pour collecter les données auprès des témoins. J’ai mis dans mon livre des dessins de témoins et les détails sur ce sujet. Bon nombre des témoins étaient des policiers et des militaires.
Le général Wilfried de Brouwer, qui a rédigé un chapitre de mon livre sur cette affaire, était colonel à l’époque et était chargé de l’enquête par l’Armée de l’air. Il a contacté le gouvernement des Etats-Unis pour savoir s’il s’agissait d’un de nos avions et on lui a répondu que ce n’était absolument pas le cas. De toute façon, nous n’avions pas la technologie démontrée par ces objets, personne ne l’avait à l’époque, et nous ne l’avons toujours pas aujourd’hui. Cette affaire n’est toujours pas résolue. J’ai toujours aimé ce cas, car il était si bien documenté, en partie parce que les objets revenaient et qu’il était facile d’enquêter.
Un autre cas fascinant et important est celui de la forêt de Rendlesham. Il a eu lieu en 1980 sur une base de l’US Air Force en Angleterre, avec l’atterrissage effectif d’un engin2. Trois policiers de la sécurité ont vu quelque chose atterrir. L’un d’eux [le sergent Jim Penniston] s’est approché très près et l’a touché. Il a consigné la rencontre dans son carnet et a réalisé des dessins de l’objet. C’était un objet triangulaire inhabituel, qui a finalement décollé à très grande vitesse et a zigzagué à travers les arbres. Il a laissé toutes sortes de preuves matérielles au sol, qui ont pu être étudiées, recueillies et consignées : des trous dans le sol, des niveaux de radiation élevés, et des branches d’arbres cassées quand il est descendu à travers le feuillage des arbres.
Deux jours plus tard, d’autres ovnis ont été observés au même endroit, dans la même base. Le commandant adjoint de la base, le colonel Charles Holt, est sorti avec un magnétophone et a enregistré les événements en direct. C’est un enregistrement célèbre qui décrit toutes sortes d’objets étranges. Certains d’entre eux ont lancé des rayons très près de ses pieds. Il y avait des objets elliptiques en groupes, qui se sont scindés en fragments de différentes tailles, c’est absolument extraordinaire. Ici, tout se passe dans une base de l’US Air Force et les informations viennent des militaires. Deux des témoins ont écrit des chapitres à ce sujet dans mon livre. Ce sont deux cas exceptionnels et bien documentés, mais il en existe aussi d’autres dans le livre.
PI. Depuis que vous avez écrit votre livre, avez-vous eu connaissance d’autres rencontres d’ovnis particulièrement remarquables ? Et avez-vous enquêté sur ces événements comme vous l’avez fait pour les observations décrites dans votre livre ?
LK. Un certain nombre de personnes m’ont écrit depuis la sortie du livre. Souvent, il s’agit d’un ancien militaire qui écrit pour dire : « J’ai fait une observation dans les années 1970 et n’en ai jamais parlé à personne, mais depuis que j’ai lu votre livre, je tiens à la partager avec vous. » J’ai eu beaucoup de courriels et de dialogues de ce genre avec les gens. Je me suis aussi intéressée aux travaux en cours au Chili. Je suis allée deux fois au Chili et j’ai écrit deux articles l’année dernière sur un cas intéressant qui a eu lieu là-bas. Il comprend des vidéos d’objets filmés lors d’un spectacle aérien sur une base de l’Armée de l’air en 2010.
Le Chili a une agence officielle, le Comité pour l’étude des phénomènes anormaux aériens, avec quatre personnes à temps plein qui dépendent de l’Autorité de l’aviation civile, l’équivalent de notre FAA. Le pays tout entier prend la question au sérieux. Tous les services du gouvernement sont en rapport avec ce bureau particulier. Tout est consigné et considéré par tous là-bas comme étant réel et digne d’être étudié. Il s’agit d’une agence intéressante, et le Chili est le pays qui fait le meilleur travail au monde en ce moment en matière de traitement de ces dossiers. J’ai consulté beaucoup de cas dans leurs fichiers et quelques-uns plus récents. En fait, je suis sur le point d’écrire à propos d’un autre cas qui s’est produit récemment au Chili. [Cet article, et une mise à jour ultérieure, ont depuis été publiés dans le Huffington Post.]
Aller au fond des choses
PI. Dans les cercles du gouvernement américain ou ailleurs, êtes-vous au courant d’un quelconque appel à une enquête sérieuse sur le phénomène ovni ?
LK. Je suis la seule personne que je connaisse qui se démène. Je me démène avec une coalition de gens avec qui je travaille, pour obtenir un tout petit bureau au sein du gouvernement américain. Cela a impliqué d’amener des gens à Washington et d’organiser des rencontres et des séances d’information avec des personnes en position d’autorité qui sont prêtes à aborder le sujet. Cela a consisté à essayer de faire passer le message et d’éduquer les gens à Washington sur l’importance de la question et sur ce que nous devrions faire à ce sujet. C’est un processus lent. Presque personne à Washington ne s’intéresse à ce sujet. Ils ont trop de choses à faire. Ils ne sont pas informés sur les ovnis. La tâche de ceux qui veulent qu’il y ait une sorte de changement structurel, et un changement dans la politique, est d’informer les responsables sur ce qui se passe. C’est l’essentiel de la motivation que j’avais à écrire mon livre. Je veux qu’il soit utilisé pour essayer d’apporter des changements parmi ces gens.
PI. Que faut-il pour amener le gouvernement américain à admettre la vérité derrière les ovnis ?
LK. Il y a beaucoup d’autres gouvernements qui ont déjà officiellement enquêté sur ce phénomène, et ils reconnaissent qu’il est réel. De nombreux gouvernements en Amérique du Sud ont fait cela, l’agence française l’a fait, le Royaume-Uni a fait des déclarations. Ces gouvernements veulent que les Etats-Unis rallient le reste du monde dans un effort international. Ce qui nous freine, c’est la réticence des Etats-Unis à s’impliquer. Si nous pouvions mettre en place ce petit bureau au sein du gouvernement américain, semblable à ceux d’autres pays (j’ai appris beaucoup de choses sur la façon dont ces autres organismes gouvernementaux fonctionnent) – cela pourrait changer tout le climat de la recherche entreprise au niveau mondial et permettre d’accomplir beaucoup plus de travail.
PI. Après avoir passé plus d’une décennie à étudier le phénomène ovni, à quelles conclusions êtes-vous arrivée ?
LK. J’en ai conclu que, premièrement, il s’agit d’un phénomène physique réel. Nous savons qu’il est physique, car il apparaît sur le radar, laisse des traces sur le sol, a été photographié et a interféré avec les avions. Il ne fait aucun doute qu’il y a là quelque chose de physique.
L’autre conclusion est qu’il semble être la plupart du temps sous contrôle intelligent dans la façon dont il fonctionne. Il semble également démontrer une technologie que nous n’avons pas ou que nous ne saurions pas utiliser. Nous avons des hypothèses quant à ce dont il pourrait s’agir, mais nous n’avons pas une explication scientifique définitive pour le moment. C’est ce que nous devons résoudre, mais nous avons ici un véritable mystère qui doit être pris en charge par nos meilleurs scientifiques.
Plus d’informations : www.ufosontherecord.com
[1. Le Maître de Benjamin Creme a confirmé dans les numéros de janvier/février et mars 2007 de Partage international que l’ovni observé au-dessus de l’aéroport international O’Hare de Chicago, le 7 novembre 2006, était un vaisseau spatial martien. 2. Le Maître de Benjamin Creme a confirmé dans le numéro de mai 2003 de Partage international que l’objet qui a atterri dans la forêt de Rendlesham en Grande-Bretagne en 1980 était « un « capteur » et enregistreur d’informations plutôt qu’un vaisseau spatial. Il entreprenait ce qu’on pourrait appeler une « étude scientifique ». Sa base est Mars. »]
