Partage international no 441 – mai 2025
Interview de Eric Leskowitz par Jason Francis
Psychiatre à la retraite, le Dr Eric Leskowitz a passé plus de 30 ans à étudier la guérison énergétique, la méditation et l’hypnose. Il a fondé et dirigé le Projet pour une médecine intégrative à l’hôpital Spaulding de Boston dans le Massachusetts (Etats-Unis) où il a exercé pendant 25 ans dans le service de traitement de la douleur. Il consultait également au sein des services de psychiatrie des universités de Harvard et de Tufts.
La pratique médicale du Dr Leskowitz intégrait le soin énergétique, la méditation et l’hypnose dans l’approche pluridisciplinaire du programme contre la douleur de l’hôpital Spaulding.
Dans la première partie de l’entrevue de Jason Francis avec le Dr Leskowitz pour Partage international, celui-ci explique comment l’énergie vitale ou biofield est reconnue dans de nombreuses traditions de soin à travers le monde. Il affirme qu’un changement de paradigme est en cours au sein de la médecine occidentale : elle commence à comprendre les énergies et à les intégrer dans son modèle de santé.
Dans la deuxième partie de cette entrevue, Eric Leskowitz souligne la contribution dans ce domaine des premiers pionniers occidentaux, comme Franz Mesmer et Wilhelm Reich, qui ont exploré le rôle des forces invisibles en matière de santé et comment leurs travaux continuent d’influencer les thérapies modernes.
L’énergie vitale « connecte chacun à son corps »
PI. Dans votre dernier livre vous écrivez : « L’énergie vitale est le lien manquant qui connecte chaque personne à son corps, l’ingrédient qui transforme les pensées et les émotions en messages chimiques et nerveux qui changent véritablement la forme et la fonction du corps. » Vous parlez de la limaille de fer qui répond à la force magnétique invisible d’un aimant et faites la comparaison avec la division des cellules appelée mitose. Quelle est la théorie ou l’idée exposant la manière dont l’énergie subtile interagit (ou se manifeste) effectivement avec le corps physique dense ?
EL. C’est dans cette direction que j’aimerais voir la recherche se diriger. Quelle est la véritable nature de cette interface entre l’énergie et le corps physique ? L’analogie avec la limaille de fer et l’aimant est très parlante. Au niveau macroscopique, c’est en quelque sorte la manière dont le corps physique s’organise autour du modèle invisible. C’est en lien avec le ressenti des membres fantômes. Quel est l’impact de ce flux d’énergie sur les cellules ? Je pense qu’il y a un composant magnétique dans cette énergie subtile. Nous découvrons que les cellules sont extrêmement sensibles à leur environnement électromagnétique et combien la fonction cellulaire est régulée par le voltage dans les canaux de la membrane de la cellule permettant l’entrée et la sortie de beaucoup d’ampères (unités de courant électrique). Des modifications extérieures dans les champs magnétiques peuvent influer sur ce qui se passe à l’intérieur d’une cellule. Il est possible que les champs d’énergie transmis par le soignant affectent le champ magnétique de chaque cellule.
Des études spécifiques sur les cellules ont été réalisées dans le cadre de Therapeutic Touch (toucher thérapeutique) et de la méthode développée par le Dr Bill Bengston. Des cellules musculaires et osseuses d’animaux ont été placées dans des éprouvettes ou des boîtes de Pétri et le Dr Bengston, en émettant de l’énergie avec les mains, stimulait ces cellules afin d’accélérer leur croissance. L’ADN et les processus de croissance peuvent être affectés lorsque quelque chose survient directement au niveau cellulaire. Ces types particuliers d’interactions cellulaires sont mis en évidence bien qu’elles puissent survenir parce que les mitochondries, les composants producteurs d’énergie ou les organites sont affectés. Cela n’est pas encore déterminé. Il n’y a donc pas de réponse parfaite à votre question.
Il existe une école de psychothérapie appelée psychologie énergétique, basée sur les méridiens d’acupuncture, dans laquelle le patient stimule ses propres points d’acupuncture tout en intégrant ses émotions négatives. Il émet un soupir de soulagement lorsqu’une émotion est libérée ; il se sent mieux et n’est plus autant perturbé émotionnellement par cette émotion. Mais on note également d’importants changements dans la fonction cérébrale dans les études effectuées grâce à l’IRM fonctionnelle (imagerie à résonance magnétique), qui montrent que les régions cérébrales sont activées ou désactivées par ces thérapies énergétiques. C’est une preuve vraiment importante que quelque chose de tangible survient dans le corps. Nous commençons à localiser quelles sont les zones du cerveau affectées par les différents types d’intervention énergétique. J’espère que nous comprendrons à terme plus précisément comment cette interaction se produit.
Franz Mesmer et le magnétisme animal

Franz Mesmer
PI. Un des premiers scientifiques occidentaux ayant découvert cette énergie vitale subtile ou éthérique est le médecin allemand Franz Mesmer (1743-1815). Quelle est sa contribution à la compréhension de l’énergie subtile et quelles techniques de soin a-t-il développées ?
EL. F. Mesmer est une personnalité clé dans le développement de la médecine intégrative holistique. A la fin des années 1700, l’Europe montrait un grand intérêt pour ces forces électriques et magnétiques que les scientifiques découvraient et sur lesquelles ils travaillaient. Benjamin Franklin faisait voler son cerf-volant pour capter l’électricité des éclairs. On découvrait que certaines pierres, les magnétites, avaient une force magnétique qui pouvait être sentie de manière tangible. Franz Mesmer, un médecin allemand, s’intéressait à ces forces invisibles. Il les a transposées au corps humain pour savoir s’il pouvait contenir une sorte de « magnétisme animal », nom qu’il utilisait pour désigner ces forces. Il a fait beaucoup de recherches et a écrit des traités définissant 27 principes majeurs. Certains d’entre eux décrivent l’énergie comme s’écoulant à travers les fluides dans le corps et pouvant être transmise d’une personne à une autre. Théorie très proche de l’acupuncture, bien qu’il en ignorait tout, en l’absence de connexion à l’époque entre l’Orient et l’Occident. Il a développé cette théorie de manière indépendante et cela témoigne de son universalité et de sa validité.
F. Mesmer s’est installé à Paris et s’est marié avec une riche veuve parisienne. Il avait ses entrées dans la haute société et sa pratique commença à attirer nombre de patients fortunés, surtout après la création d’un groupe avec lequel il magnétisait des récipients d’eau. Il ne travaillait pas individuellement avec chaque personne. Tous les participants s’asseyaient autour d’une bassine en tenant une tige en fer qui sortait du récipient d’eau magnétisée. Plusieurs dizaines de personnes étaient ainsi traitées à la fois. Les descriptions de certaines de ces séances sont assez spectaculaires. Une vague d’émotions se répandait, des gens s’évanouissaient, des rires convulsifs et toutes sortes de crises émotionnelles surgissaient.
Ces thérapies étaient tellement populaires que l’ordre des médecins, inquiet, a convaincu le roi Louis XVI de créer une commission royale pour enquêter sur le mesmérisme. Les grands scientifiques de l’époque se sont réunis, parmi lesquels Benjamin Franklin et Antoine Lavoisier (qui a découvert l’oxygène), mais aussi un célèbre chirurgien, le Dr Guillotin, qui n’a pas en fait inventé la guillotine mais lui a donné son nom.
La technique de F. Mesmer impliquant l’utilisation des mains du thérapeute pour « lisser » le magnétisme autour du corps, la commission a bandé les yeux des patients pour voir s’ils savaient être mesmérisés. Parfois F. Mesmer pouvait toucher physiquement. La commission finit par conclure que les effets étaient dus au pouvoir de suggestion. Ils n’ont cependant pas fait leurs observations avec Mesmer lui-même, mais avec un de ses étudiants sceptique, dont on avait menacé de compromettre la carrière médicale s’il le soutenait. Des messages contradictoires utilisés dans leur protocole ont conduit au discrédit de F. Mesmer. L’establishment médical de l’époque l’a presque chassé de la ville avec une campagne de dénigrement par des tracts qui était leur version d’internet. Son nom fut calomnié. C’est toujours le cas aujourd’hui où la plupart des gens le perçoivent encore comme un charlatan.
Cependant il y avait à travers l’Europe des établissements médicaux et des revues consacrés au mesmérisme. Il existe une célèbre étude d’un chirurgien naval britannique qui utilisait le mesmérisme pour anesthésier des patients lors des opérations. Il se passait véritablement quelque chose, mais cela s’est éteint presque totalement au milieu des années 1800, quand fut introduite à Boston l’anesthésie avec une substance chimique, l’éther, produite en seulement quelques minutes. L’anesthésie mesmérique, elle, nécessitait deux heures. L’anesthésie à l’éther ne demandait pas de formation particulière et elle fonctionnait. Elle a pris le relais très vite. Depuis, F. Mesmer a été quelque peu oublié, jusqu’à très récemment, alors qu’on commence maintenant à explorer le domaine des champs magnétiques autour et à l’intérieur du corps. Je pense qu’il faut réhabiliter son nom pour sa contribution positive aux arts du soin.
Wilhelm Reich et l’orgone
PI. Pouvez-vous nous parler un peu des autres chercheurs occidentaux qui se sont attachés à attirer l’attention du public sur la réalité de l’énergie éthérique ?
EL. Il y en a eu un courant constant. Ils sont en général excommuniés. L’un d’eux, dont je parle dans mon livre, était psychiatre et un des étudiants principaux de Sigmund Freud à Vienne. Il s’appelait Wilhelm Reich. Il est allé plus tard aux Etats-Unis et a établi un centre de recherches dans le Maine. Une partie de son travail est fascinante parce qu’il a inventé des appareils très simples pour recueillir et concentrer une énergie invisible qu’il a appelée orgone. L’un de ces appareils, la boîte à orgone, est une boîte normale, comme un placard, dans laquelle on peut s’asseoir. Elle est composée de bois, de métal et de coton, ce qui selon nos critères ne sont en rien des isolants. A l’intérieur les gens se sentaient rechargés.
Le travail de W. Reich a été assez populaire pendant quelque temps dans les années 1950. Les gens à Hollywood ont commencé à travailler avec lui et avec ses élèves. Mais il allait à l’encontre de l’establishment médical et il fut accusé d’avoir transporté du matériel en dehors des frontières de l’Etat alors qu’il en avait l’interdiction, délit inventé de toute pièce.
Au début des années 1950, ses livres ont été les premiers et les seuls, à être brûlés par le gouvernement fédéral. Ce fut le seul évènement de cet ordre autorisé par le gouvernement dans l’histoire américaine. Il a été emprisonné et est mort tragiquement en prison juste avant son audience de libération conditionnelle. Il fut ainsi, dans une certaine mesure, un martyr pour la cause.
Mais ses théories sur la manière d’aider l’énergie à circuler dans le corps ont véritablement changé le centre d’attention de la psychothérapie. Il disait qu’on ne peut pas juste penser au soin, mais qu’il faut l’incarner dans son corps. Il a développé avec ses élèves des schémas de mouvements pour activer cette énergie et la conserver pour qu’elle ne reste pas bloquée par ce qu’il appelait la « cuirasse musculaire ».
Il existe de nos jours diverses formes de thérapies centrées sur le corps. Un des plus influents parmi les récents livres de psychiatrie, écrit par le Dr Bessel Van Der Kolk sur le stress post-traumatique, illustre par son titre, Le corps n’oublie rien (2018), une notion proche des théories de W. Reich. C’est une autre manière de dire que le trauma est stocké dans le corps, exactement comme l’a fait F. Mesmer. Comme celui de Mesmer, le nom de Reich est dénigré, mais ses contributions sont pourtant établies.
[Pour plus d’information : themysteryoflifeenergy.com]
Auteur : Jason Francis, collaborateur de Share International basé dans le Massachusetts (Etats-Unis).
Thématiques : Sciences et santé
Rubrique : Entretien ()
